CHAPITRE XXII
— Je repasserai auprès de l'enfant dans un instant, répondit le docteur, en prenant la main que lui tendait la jeune maman, mais j'aimerais auparavant dire deux mots à Edouard.
— A ton service, mon cher, passons dans ma bibliothèque.
Et M. Délie précéda son ami.
— Voyons ce que tu as à me dire.
— Seulement ceci, répondit le médecin en se tournant brusquement vers lui, c'est qu'Alex est malade, bien malade, je le crains.
— Alex! s'écria M. Délie en pâlissant, mais elle a déjeuné avec nous ce matin.
— N'importe, si tu ne le vois pas, toi, son père, je le vois, moi, son oncle. Voici ce qui en est, poursuivit impitoyablement M. Alphonse, Alex se meurt de jalousie.
— De jalousie, répéta M. Délie consterné.
— Exactement.
— Mais, je ne comprends pas...
. — Tu ne comprends jamais rien, s'écria M.
Alphonse en sautant sur ses pieds, tu ne comprends pas que pendant des années tu as choyé, adoré, idolâtré ta fille, tu ne pouvais t'en passer une heure durant, tous ses caprices, toutes ses volontés faisaient ta loi, ta religion, tu n'avais de pensée que pour elle, d'yeux que pour elle, de bonheur qu'avec elle et puis, tout à coup, plus rien.
— Gomment, plus rien, mais c'est faux ! s'écria M. Délie, mon affection pour elle est la même, absolument la même; quant à ma femme, poursuivit-il avec chaleur, toutes ses tentatives, tous ses efforts pour s : en faire aimer ont été jusqu'ici complètement infructueux.
— Je le crois sans peine, comment veux -tu qu'avec le joli tempérament que tu lui as légué, Alex s'attache à sa belle-mère , puisque c'est à elle que tu donnes une partie de l'affection qui lui revenait tout entière autrefois?
— Mais, si elle voulait...
— Mon cher, Alex n'est qu'une enfant, une pauvre enfant qui a le tort d'aimer son père jusqu'à l'idolâtrie et de ne vouloir le céder à personne, ce qu'elle veut, c'est toi, toi tout entier, et si injuste et égoïste que soit ce désir, il consume tout simplement la vie de ta fille.
En disant ces mots, M. Alphonse se rassit et croisa résolument les bras tout en regardant son ami qui s'était levé et demeurait immobile, le front appuyé contre le carreau de la fenêtre.
— As-tu un conseil à me donner, Alphonse ?demanda-t-il enfin, sans changer de position.
— Voici ce que j'ai pensé : il faudrait que tu partes avec elle (tout seul, bien entendu) et que tu lui fasses faire un beau voyage, et puis, quand tu auras vu ses joues s'arrondir et se colorer de nouveau, tu lui chercheras une pension où elle