CHAPITRE XXII
Favait laissée assez loin derrière elle, et ses rapides progrès auraient certainement étonné papa s'il se fût informé à ce sujet, mais il était trop mécontent, trop chagrin pour songer à questionner tante Uranie. Ses affaires l'occupaient plus que jamais et, à son retour du bureau, la santé délicate de sa jeune femme l'absorbait tout entier.
Ceux que le malheur a une fois frappés deviennent méfiants et craintifs, et M. Délie ne faisait point exception à la règle ; il tremblait à chaque instant pour sa jolie plante exotique, à laquelle le rude climat de ses montagnes ne paraissait pas tout à fait convenir.
Pendant ce temps, le presbytère s'était fait aussi tout triste et silencieux. Théo et Raymond, comme deux oisillons dont les ailes ont achevé de pousser, avaient pris leur vol pour s'en aller dans la cité où l'on étudie le grec et le latin. Et M rae Rose avait beau prêter l'oreille, elle n'entendait plus de dégringolades dans l'escalier, plus de coups de sifflets retentissants ; elle avait beau regarder, elle ne voyait plus d'oisillon perché sur quelque tronc d'arbre ou tapis dans un coin, le nez sur un livre.
Elle avait beau attendre, ils ne venaient plus réclamer ses caresses ni lui en donner, mais il venait quelque chose à leur place ; une fois par semaine, une enveloppe bien remplie venait lui apprendre que ses oisillons étaient en bonne santé et travaillaient ferme, et quand petite Alex faisait
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«no courte apparition, M mc Rose cherchait vite l'enveloppe et lui en lisait le contenu, plus encore pour se faire plaisir à elle-même qu'à sa petite visiteuse, que le départ de ses amis n'avait guère affectée ; son pauvre cœur était beaucoup trop malade pour qu'il put y avoir place pour une nou : velle souffrance, et le monde entier aurait pu déménager sans qu'elle en prit souci.
Pauvre petite Alex, elle était très malheureuse, d'autant plus malheureuse qu'elle s'obstinait à n'écouter ni la voix de sa conscience, qui pour : tant criait bien fort, ni les sages conseils de nourrice, ni les regards inquiets de papa, ni le sourire si triste de sa jeune maman.
Ainsi s'écoula une longue, longue année, au bout de laquelle un minuscule petit bonhomme vint prendre place au foyer de M. Délie et absorber complètement l'attention de père et de mère, qui étaient bien persuadés (comme ils le sont tous) que jamais encore la terre habitable n'avait eu le privilège de posséder une semblable merveille.
Un matin qu'ils étaient occupés à contempler le petit chef-d'œuvre, M, Alphonse fit son apparition, mais, cette fois, sa bonne figure ronde n'était pas souriante du tout.
— Tiens, c'est toi, Alphonse, s'écria M. Délie, tu viens juste à point: Rita s'inquiète au sujet du bébé, qui n'a pas dormi cette nuit aussi bien que de coutume.