MME DE GRAMMONT
Pourquoi cela? Est-ce qu'elle n"a pas sa part?
MADEMOISELLE CLAIRON. loi
31^'-'^ CLAIRON
Pardonnez-moi, j"ai ma part, madame, mais deux mille éciis qu'elle rapporte, boîi an, mal a?i^, sans aucune grâce particulière de la cour, suffisent à peine aux besoins de première nécessité, et puisque la légèreté de M. le maréchal m'y oblige, je lui ferai la honte d'avouer que je suis dans le besoin.
BpiE DE GRAMMONT.
Monsieur le maréchal, c'est affreux.
M. LE MARÉCHAL
C'est sa faute, madame, ce n'est pas la mienne. Pourquoi refuse-t-elle de faire comme les autres? Elle pourrait rouler sur l'or, mais on
l. Les parts des Comédiens, en ce temps, allaient de 6 000 à 8 000 livres, mais ne dépassaient guère cette somme. A quelques années de là, Lekain se plaignait, dans le foyer de la Comédie, que la part de l'année entière n'était pas montée à 8 000, et qu'avec les habits de théâtre, qui lui mangeaient les deux tiers de cette somme, il n'avait pas de quoi vivre honnêtement. C'est même à propos de cette plainte, qu'un bourru d'officier se permettait de dire, tout haut : Parbleu^ voilà un plaisant faquin qui n'a pas assez de huit mille livres ! Moi, je suis couvert de blessures, et j'ai huit cents livres de pension ! Lekain se retournait et lui disait avec une extrême politesse : Ah ! Monsieur, ne comptez-vous pour rien le propos que vous avez osé me tenir !
ne veut qu'un sentiment délicat et pur : c'est de l'amour, de la constance, des procédés de l'autre monde ! On refuse toutes les offres avantageuses, et l'on meurt de faim avec Céladon.
m"" clairon.
i Mais, monseigneur, passons à ce qui me regarde personnellement : vous venez d'avoir la bonté de dire que j'avais do très grands talents, et je puis me permettre de croire qu'on pense comme vous, dans quelques parties de l'Europe. L'impératrice Elisabeth m'a fait offrir 40000 fr. d'appointements par an, une maison meublée, un carrosse, un couvert pour six personnes, soir et matin : j'ai refusé et vous avez trouvé que je faisais bien. Cet état était pourtant plus sûr, plus avantageux, plus honorable que celui de lille entretenue, et j'ai dû penser qu'un aussi grand sacrifice, connu de mes supérieurs et du Roi même, ne me laisserait plus l'horrible alternative ou de manquer de pain ou de m'avilir pour en avoir, mais tout ce que ce sacrifice m'a valu, est l'honneur de voir entourer mon tableau de Médée d'un cadre ordonné par le Roi, et de votre part, monseigneur, toutes les preuves de légèreté, d'inconsidération, d'inhumanité possible... Sachez, monseigneur, qu'il est impos-
MADEMOISELLE CLAIRON, liJS
sible d'êlre une grande actrice sans avoir une grande élévation d'âme : je suis chargée de représenter ce que l'univers a déplus respectable; je ne puis être tout à la fois Sémiramis et Marion de Lorme.
M. LE BIARÉCnAL.
Je vous assure que...
J\P'E D£ LAUP.AGUAIS.
Taisez-vous, monsieur le maréchal, il n'y a rien à répondre à tout cela.
BP'E DE GRABIMONT.
Non, rien du tout, elle a toute sa raison. Mais, mademoiselle, je sais cependant que vous êtes trop fière. Mon frère m'a dit qu'il vous avait offert des secours, et que vous les aviez refusés . . . Pourquoi ?
M"-'= CLAIRON
Soyez mon juge, madame. M. le duc de Choiseul est un grand seigneur par lui-même, il est roi de France au moins en second, il a tout, l'esprit possible, l'amabilité, la naissance ; la grâce qu'il unit à tout ce qu'il dit, atout ce qu'il accorde, en fait, ce me semble, un des plus séduisants personnages du monde. Je suis sen-
sible, si je joignais le devoir à la reconnaissance, à tous les sentiments qu'il m'inspire, il se pourrait que cela me menât trop loin*... mais pour vous prouver que ma fierté ne m'aveugle pas, M. le maréchal vient de vous dire que je n'avais pas de robe : daignez m'en donner une, et je m'honorerai de la porter.
>P'^ 1>K GRAMMONT, attendrie et embrassant MH« Clairon.
Vous êtes charmante ! Vous êtes charmante ! Demain vous en aurez une. Je vous remercie de cette préférence... Mademoiselle, toutes les fois que vous allez à Versailles, vous allez voir mon frère, arrangez-vous, vous deux, comme vous voudrez, mais donnez-moi quelques-uns de ces moments-là... On n'a pas plus d'esprit, plus d'éloquence... Je veux causer avec vous; promettez-moi que vous viendrez... Quand venezvous à Versailles ?
1. M"« Clairon avoue dans ses Mémoires, en un de ses fréquents moments où elle voulait donner sa retraite, avoir reçu — sans doute postérieurement à cette rencontre — avoir reçu 40 000 livres de M. le duc de Choiseul et de M. de la Borde, qu'ils envoyèrent chez le notaire Truttat, en faisant demander à la tragédienne comment elle désirait qu'on les plaçât. Est-ce par acte du 17 mai 1763, l'inscription prise sur la vie d'une rente viagère de 4 600 livres, constituée au profit de M'ie Claire de Latude Clairon, moyennant un capital versé de 46 000 livres. (Inter-médiaive du 23 mai 1883.)
iMADEMOISELLE CLAIRON. lo5
M'^'-^ CLAIRON
Jeudi prochain.
JP"= DE GRA.AOIONT.
Je vous attendrai.
Je n'y manquerai pas.
Dans cette jolie scène qui a la tournure d'un proverbe, M"*" Clairon parle d'offres à elles faites par Timpératrice Elisabeth, pour l'attirer en Russie : elle dit vrai, et voici ce qui avait amené ces offres.
En cette grande existence, aux dessous de misère, où la femme manque d'une robe habillée, dans la position gênée, nécessiteuse, où se trouva l'illustre tragédienne, tout le temps qu'elle fut au théâtre, et surtout depuis qu'elle était la maîtresse de M. de Valbelle, M"* Clairon faisait la connaissance de la princesse Galitzin, femme du ministre plénipotentiaire de Russie à la cour de Vienne. La princesse russe était prise pour elle d'une de ces passions, que nous avons vues se produire, dans tous les temps, chez les très grandes dames, pour une comédienne en vue, — une passion qui ne lui permet-
lait pas (( de passer deux heures sans lavoir ou lui écrire >•>. On se figure Tinlimité qui s'établissait entre les deux femmes ^ La princesse lui
i. Cette intimité donna lieu à des suppositions méchantes, et quand la princesse mourait, le Journal de Sai-tines dit, à la date du 6 novembre 1761 : « La demoiselle Clairon est inconsolable de la mort de la princesse Galitzin, elle en est même tombée malade, et il faut convenir que cette perte est cruelle pour elle. Cette princesse faisait un cas particulier de ses talents, et la comblait d'honneurs et de présents, sans compter un doigt d'estime, que difficilement elle réparera. Peut-être aussi lorsqu'elle aura pris le dessus, y gagnera-t-elle un peu d'embonpoint. » A ces allusions très peu enveloppées, Favart dans ses Mémoires répond r " Cette pauvre princesse n'est plus ; elle est morte, la semaine dernière. Les mauvais plaisants disent à ce sujet que Miie Giaison est veuve. L'amitié dont la princesse l'honorait avait fourni matière à nos épigrammistes. J'ai connu beaucoup M"o de Galitzin : c'était une femme respectable... sa morale était pure autant que ses mœurs. »
A propos de cette princesse Galitzin, et d'une demoiselle de compagnie formée par M'^'' Clairon, il existe une curieuse lettre de Jamerai Duval, garde du cabinet des médailles de Vienne, à Dufresne-Daubigny, le gendre de Ducange (lettre écrite le l<=r juin 176a, au temps de l'apparition du médaillon de Clairon, et presque au sortir de son emprisonnement au Fort-l'Évéqne).
«... Vous me demandez ce que signifie l'affectueux coup de bec que j'ai donné à l'effigie de mademoiselle Clairon. N'estce donc qu'à Paris qu'on ignore que c'est elle qui a formé la belle Anastasie dans l'art de plaire et d'embraser les coeurs, jusqu'au milieu des glaces de l'âge et de la philosophie. Se peut-il qu'on n'y sache pas que la princesse Troubestkoï, après avoir tiré une Psyché des bords du Tanaïs, pour la conduire sur ceux de la Neva, la céda à sa fille, feue Mme la princesse Galitzin et que celle-ci l'ayant menée à Paris, elle la confiait à mademoiselle Clairon chaque fois qu'elle allait aux eaux de
ouvrait son cœur, M"* Clairon lui confiait ses embarras. La princesse était riche et généreuse, et SCS offres de secours furent dignes de sa richesse et de sa générosité, mais M"^ Clairon repoussa ses offres, et affirme n'avoir accepté d'elle que le tableau de la Médée, une petite robe qu'elle porta plus de vingt ans, et une garniture de dentelle, qu'elle s'engagea à garder toute sa vie. Alors la princesse eut l'idée de lui faire une position en Russie et eut le crédit d'obtenir que le ministre de Russie, en France, lui transmit les propositions énoncées plus haut.
Et la collection de M. Alfred Morrisson, de Londres, possède une intéressante lettre au comte Schouwaloff, au sujet de ces propositions :
Monsieur,
<( Si j'étais maîtresse de moi-même, Pétersbourg serait bientôt ma jmtrie, l'admiration de
Barèges et de Bom-bon. C'est donc par les soins, et sous la direction de cette Muse, qu'en fait d'agréments, mon aimable Circassienne est devenue un véritable chef-d'œuvre des cieux, et voilà ce qui a fait, en présence même du monarque (l'Empereur d'Autriche), que je n'ai pu m'empécher de baiser le portrait de celle à qui ma Bibi, du bout de l'Europe, a tant d'obligations. Si quelques courtisans en ont plaisanté, c'est qu'en eux la reconnaissance n'est souvent que l'ombre d'un sentiment vague et superficiel Après l'incartade de l'ai-
MADEMOISELLE CLxVIRON. 159
toute VEurope pour votre auguste souveraine, la tendresse vive et respectueuse que je vois sans cesse pour elle dans le cœur de tous les Busses, que j'ai le bonheur de connaître, ce que j'entends publier tous les jours de son qoût pour les arts et les talents, de sa justice, de sa bienfaisance, de son humanité, tout me fait croire que c'est sous ses lois qu'il faut vivre pour être parfaitement heureux.
« Quel serait mon bonheur, si mes faibles talents pouvaient un jour l'intéresser, ou du moins la distraire ! L'excès de moji zèle me permet de l'espérer : c'est une gloire c/u'il faut que je vous doive, monsieur, mais pour réussir, il faut prendre une autre route que celle que vous me proposez.
« Quoi qu on vous ait mandé, je ne suis point libre., et je ne puis cpuitter le spectacle ni ma patrie, sans la permission du Roi. Il est vrai que, lassée de m,on peu de fortune, et des dépenses immenses que je suis forcée de faire, j'ai menacé de quitter tout à fait, si on ne faisait pas mon sort plus heureux.
« Lorsqu'un sujet important demande sa retraite., il faut, pour l'obtenir, cpi'il promette de
tière autorité euvers la Melpomèue française, cette muse a très bien fait de préfe'rer une prison à l'ignominie de figurera côté d'un faussaire et d'un ingrat... »
ne jamais jouer ailleurs^ ou l'on refuse de soulager sa misère.
« Je 11 ai rien voulu jjromettre.
« Mes 2:)laintes ont été sues du Roi, qui, en m'accordant une somme d'argent, a daigné me faire dire par mes supérieurs que mes talents lui étaient agréables, qu'il ne voulait pas m' accorder mon congé, et qu'après la guerre il s'occuperait de mon sort.
« Cet espoir et de nouvelles marques de bonté me forcent à prendre patience, il n'est qiiun seul moyen de me servir.
« Depins deux ans, par des raisons trop affligeantes à rappeler, le Moi n'est pas venu au spectacle, et selon toutes les apparences n'y viendra de longtemps : on ne le prive donc d'aucun plaisir en me demandant.
« C'est à lui que j'appartiens immédiatement et non au public, il lui est donc possible de me prêter.
(( On a déjà fait des démarches infructueuses, me direz-vous? Cela est tout simple. M. de l'Bôpitcd a écrit à M. de Bernis que l' Impératrice aimait le spectacle, et qu'il croyait qu'on ferait bien de me donner la p>ermission d'aller en Russie. Cela était beaucoup trop vague pour être accordé. Il faut, pour obtenir mon congé, faire écrire ou
parler à M"'" de Pompadour, et dire j^ositivement que r Impératrice me désire.
« Cette voie seule peut me faire avoir la liberté de m' absenter un an. Si je l'obtiens, f ose vous demander. Monsieur, qu'il ne soit pas question du marclié. je veux prouver que l'amour de la gloire peut beaucoup plus sur moi que l'intérêt. Si j'ai le bonheur de réussir, il sera bien plus flatteur pour moi de tenir un bienfait des bontés de V Impératrice, que ne devoir mon bienêtre, quel qu'il soit, qu'à un engagement. Quant aux sieurs Lekain et Préville, il m'est impossible de me mêler d'eux, je m,e perdrais dans l'esprit de mes supérieurs . D'ailleurs je n'ai point oui dire qu'ils voulussent quitter, ils ne le pourraient pas plus c^ue moi, et je suis sûre qu'en demander plusieurs, empêcherait qu on en accordât aucun.
(( Je réclame l' amitié que vous avez bien voulu me témoigner. Monsieur, pour obtenir la préférence sur tous mes camarades : vous le devez- à l'attachement que je vous ai voué, et à la reconnaissance éternelle que je vous promets.
(f J'ai l'honneur d'être. Monsieur, votre très humble et très obéissante servante.
« Clairon. »
« A Paris, ce 20 février I7S0. »
1G2 MADEMOISELLE CLAIRO'rT.
Au fond, M"" Clairon hésitait à s'expatrier, à cause de son amour pour Yalbelle, mais le comte dans le moment, dégoûté de la France par des tracasseries de la cour, lui conseillait d'accepter les conditions qui lui étaient faites, et lui montrait l'envie de la suivre. Cette proposition alarmait sa délicatesse, elle voyait l'avenir de son amant compromis, perdu par elle. iVlors la princesse Galitzin mandait en Russie ce qui se passait dans l'âme des deux amants, et la réponse fut que, si le comte voulait épouser M"'' Clairon et la suivre, il lui serait accordé le même grade qu'il avait en France, et les émoluments nécessaires pour le soutenir, et la princesse leur offrait sa maison pour être la leur. Le comte acceptait, et l'idée qu'il lui devrait sa fortune, avoue M"'' Clairon, la séduisit un moment.
Mais elle tombait malade, et dans son lit, toute à ses réflexions, elle songeait qu'elle était âgée de plus de sept ans que son amant, et qu'elle ne pouvait se flatter que ses charmes dureraient autant que les besoins de son cœur et de ses sens ; elle pensait avec une certaine terreur à ce que les infidélités qu'il lui avait déjà faites, lui annonçaient pour l'avenir; elle se représentait une famille irritée, l'accu-
sant de torts abominables ; 'elle se demandait même si un jour son amant ne lui reprocherait pas de lui être redevable de sa position, — et elle ne donnait pas suite à son projet d'expariation '.
i. Mémoires de M"« Clairon.
M"^ Clairon trouva cliez les femmes de la g-raiide société, qu'elles fussent étrangères ou françaises, trouva, tout le cours de sa vie, des égards, des attentions, des prévenances, une sympathie particulière, et même parfois de ces attachements, enfiévrés, fanatiques, déraisonnables, ainsi que lui en témoigna un, M""* de Sauvigny, la fille de Durey d'Harnoncourt.
Parmi toutes ces femmes, une seule, Marie de Luxembourg, duchesse de Montmorency, princesse de Robecq, fut dure pour la comédienne, et se permit à son égard une offense vraiment blessante.
La comédie des Philosophes de Palissot venait d'être jouée par le crédit, auprès de M. de Ghoiseul, de cette jeune, frêle, jolie femme, l'implacable et batailleuse ennemie de l'Encyclopédie, et qui, n'ayant plus qu'une quinzaine
de jours à demeurer sur la terre, avait demande à Dieu seulement la grâce de vivre jusqu'au jour de la première représentation.
A quelques jours de là, Morellet lançait dans Paris la Vision de Charles Palissot, où se trouvait ce passage dirigé contre la princesse de Robecq :
« Et on verra une grande dame, bien malade, désirer pour toute consolation, avant de mourir, d'assister à la première représentation, et dire : C'est maintenant, Seigneur, que vous laissez aller votre servante en paix, carmes yeux ont vu la vengeance.
« Et cette grande dame fera un legs pieux, par son testament, pour acheter à perpétuité tous les billets de parterre aux représentations de la comédie, et ils seront distribués pour l'amour de Dieu, à des gens qui s'engageront à applaudir. «
Le pamphlet paru, les familiers de la princesse ne lui laissaient pas ignorer la répulsion que Clairon avait hautement témoignée pour cette représentation, qui mettait en scène des hommes de lettres, des auteurs, des amis de la Comédie \ Et la princesse elle-même n'ignorait
1. D'Alembert écrivait à Voltaire le 22 septembre 1760 : « ... Vous saurez de plus qu'elle (Mi'= Clairon) est philosophe,
pas la reconnaissance de Clairon pour Diderot, qui, dans la préface du Fils Naturel, à côté d'une allusion méchante à l'encontre de la princesse, avait placé le plus flatteur éloge du talent de la tragédienne.
Puis il ne faut pas oublier que Lekain devait aux conseils, aux encouragements, à la protection de la princesse, de n'avoir pas abandonné la France, et peut-être le théâtre, et qu'il était écouté par Faltesse, et qu'il était bien capable de lui avoir monté la tête contre la camarade,, qu'il n'aimait pas.
Le fait est qu'on ne sait pas sur les conseils de qui, et à la suite de quoi, la princesse adressait à M"* Clairon ce billet humiliant :
« M"^ la princesse de Robecq désire ardemment d'avoir la Vision; on lui a dit que M"^ Clairon en vendait ; elle la prie de lui en envoyer un exemplaire. »
Sur ce billet, traitant l'orgueilleuse reine de théâtre à la façon d'une pauvre diablesse faisant un petit commerce de brochures déshonnêtes, M"^ Clairon répondait par cette lettre,
qu elle a été la seule, parmi ses camarades, qui se soit déclarée ouvertement contre la pièce de Palissot, et qu'elle a pris une grande part au succès de TÉcossaise, quoiqu'elle n'y jouât pas »
OÙ la méprise qu'on faisait de sa personne et de son caractère, était retournée contre la princesse, sous des formes affectant l'humilité, avec une hauteur du plus heureux tour :
« Madame^
« Absente de Paris depuis douze jours ^ je ne reçois que dans ce moment le billet que j'ai l7io?ineur de vous retourner : vos bontés qui me sont à jam,ais présentes et 'précieuses, ne me permettent pas de croire qu'il ait été apporté par votre ordre. Une bassesse, quelle qu'elle soit, est si fort éloignée de mes principes et de ma façon d'agir, que je craindrais de manquer à tout ce que je vous dois, si je vous croyais assez injuste pour in accuser d'une infamie avec tant de légèreté. Mais^ madame, j'en suis <^ûre, ce billet n'est pas de vous, mon respect et, je l'ose dire, mon attachement, vous sont connus : il ni est sans doute adressé par quelquun cT aussi obscur que vil, qui ne sachant ni ce qu'on doit au rang, ni ce qu'on doit aux âmes vertueuses, dans quelques clauses qu'elles soient, s'est osé servir de votre nom pour m' affliger. Je souhaite ardemment que récriture vous serve à connaître son auteur. Si jamais voiis le découvrez, j'ose me flatter, Madame, que vous me vengerez d'une imputation qui m'affecte d'autant
phis, qu'elle me parait vous compromettre, et vouloir jeter des doutes sur le profond respect avec lequel je serai toute ma vie\ »