XL
En ces années, M."° (Ihiiion ost l'objel; des cajoleries de Voltaire, qui, loiil. Vollairo qu'il csl, est très préoccupé (Je se faire jouer, et a une certaine peur des manœuvres do la toutepuissante tragédienne, jalouse de la préférence secrète accordée par l'auteur dramatique; à sa rivale Dumesnil.
Aussi, pour capter ta bu:nv<dU(iiu:e de l'ombrageuse femme, la prose et la poésie de l'homme de Ferney épuisent toutes leurs llatl(!ri(!s' et toutes
1. Tout eu la flattant en public, Voltaire, dans l'intimité, riait des pif<5tentions de M"" Clairon, et même dans ses lettres à des amis slirs et dont il ne redoutait ijas les indiscrétions, il ne se gênait pas, pour égratigner la divine Clairon. On connaît ses ironies à propos de l'échafaud shakespearien que la tragédienne française réclame pour Tanoukok, on connaît ses supplications irritées quand il lui demande en grâce de rétablir les vers qu'elle a supprimés, écrivant en même temps à d'Argental : « Elle est accoutumée à couper bras et jambes aux pièces nouvelles, pour le ?;r« aller plus vite. »
leurs caresses, à l'endroit de la belle Melpomènc, de ]adivi>ie Clah'OJi, Et dans sa correspondance, que de louanges énormes, que de compliments hyperboliques, adressés directement à l'actrico, ou à travers des amis chargés de lui faire tenir!
Dans cette lettre à Diderot, il s'écrie bien haut « qu'il n'y a qu'une Clairon au monde ». Dans cette lettre à Factrice, « le pauvre vieillard lui sera toujours attaché avec des sentiments aussi vifs que s'il était jeune » ; dans cette autre lettre, il lui dit : u qu'elle a rendu à TEarope le théâtre d'Athènes, et porté la pitié et la terreur dans l'àme des Français, sans le secours d'un amour impertinent et d'une galanterie de ruelle » ; enfin l'ennemi de Fréron assure, tout le temps, la victime de Fréron, de l'admiration et du tendre attachement du Claironien et de l'anti-Fréronien.
Et il lui dédie la tragédie de Zerline avec cette enorgueillissante dédicace :
« Cette tragédie vous appartient, mademoiselle , vous l'avez fait supporter au théâtre. Les talents comme les vôtres ont un avantage assez unique, c'est celui de ressusciter les morts. »
Et les vers et les versiculets, donc ! Écoutez-
le, dans le Pantaodei ou les Étrennes à mademoiselle Clairon :
Belle Daphné, peintre de la nature, Vous l'imitez et l'embellissez !
Je crois vous voir sur ce brillant théâtre. Où tout Paris, de votre art idolâtre, Porte en tribut son esprit et sou cœur.
Vous arrivez, conduite par l'amour,
Ou vous présente à la reine, aux princesses,
Aux vieux seigneurs, qui dans leurs vieux propos.
Vont regrettant le chant de la Duclos.
Vous recevez compliments et caresses.
Chacun accourt, chacun dit : la voilà !
Pour l'achever, quelque compilateur.
Froid gazetier, jaloux d'un froid auteur, Quelque Fréron de l'Ane littéraire Vient Fentamer de sa dent mercenaire.
À l'aboyeur il reste abandonné.
Comme un esclave aux bêtes condamné ^
Et lorsqu'au printemps de 1763, l'éternelle mauvaise santé de Clairon, cette santé qui ne
1. Ces Etrennes étaient suivies, quelques années plus tard, après la retraite de la tragédienne, de YÉpitre à M'^^ Clairon:
Le sublime en tout genre est le don de plaire.
Toi -qui peins la nature, en osant l'embellir,
Souveraine d'un art que tu sus embellir.
Toi, dont un geste, un mot m'attendrit et m'enfiammo.
lui avait permis de jouer que trente-sept fois dans l'année théâtrale où fut représenté Tan- CRÈDE, cette santé devenue tout à fait déplorable, fait annoncer qu'elle va partir pour Genève, consulter Tronchin, Voltaire lui envoie cette galante invitation à prendre logis aux Délices :
« M. Tronchin, mademoiselle, m'a dit que votre état demande les plus grands ménagements... Vous avez mandé qu'on vous louât un appartement à Genève, dans le voisinage de M. Tronchin. Non seulement il n'y en a point, mais s'il y en avait, il serait d'une cherté excessive... Nous sommes actuellement, M™® Denis et moi, aux Délices. C'est une maison de campagne assez agréable. Vous choisirez l'appartement qui vous conviendra le mieux. M"* Denis est malade, je le suis. M. Tronchin viendra, dans notre hôpital, pour nous trois. Nous irons passer la belle saison dans le château de Ferney. »
A cette invitation M^^^ Clairon répondait par ce billet enthousiaste :
«... Vous et Corneille, êtes mes dieux. Jugés combien votre offre m'est agréable, jugés duplaisir que f éprouverais en allant vous rendre mes hommages. Je vous entendrois tous les jours, je
pourvois témoigner ma reconnoissance à M. Trouchin à qui je suis sûre que je vais devoir la vie, j^aurois pour compagne votre nièce et celle de Corneille. Il me paroît impossible que rien ne m'arrête^.. »