Catalogue de lettres autographes du IS janvier
Au moment de ses triomphes, en dépit de sa santc'', M''^ Clairon demeure belle. Son buste et ses portraits nous la montrent, avec son petit front de volonté que bossue la mémoire audessus des sourcils, avec la délicate courbure aquiline du nez, avec son ovale grassouillet, avec sa bouche aux lèvres charnues. Est-ce belle qu'il faut dire? Non, je crois que l'expression jolie est plus juste, appliquée à ses yeux, oii, comme le dit Dussault, respire le tempéramenl le plus délicieusement prononcé, à cette coquine de bouche au mouvement le plus lascif, et qui semble appeler le baiser, — enfin à tous ces dons de nature donnant chez elle à l'expression de l'amour, le caractère du désir
Ce visage de grisette, — une disgrâce presque pour une tragédienne, — et que M"^ Clairon, au théâtre, était condamnée, tout le temps, à
ennoblir et à spiritiialiser, ce visage fut plus attaquable qu'un autre, par l'action des années.
A quarante ans *, M"' Clairon est toujours la belle, la jolie Clairon, et cependant écoutez le curieux aveu qu'elle fait dans un coin de ses Mémoires :
« J'étais parvenue à l'âge de quarante ans, sans m'être aperçue d'aucune dégradation dans ma figure. Soit que l'extrême parure, nécessaire à mes rôles, favorisât l'illusion des autres, soit qu'elle fût soutenue par la variété des personnages que je représentais, soit qu'on fût maîtrisé par les passions que je m'efforçais de bien peindre, ou par l'optique du théâtre, tous mes amis me trouvaient charmante, et mon amant m'aimait à la folie ; bref, je ne doutais de rien. Un jour, plus vivement pressée du désir de plaire, je voulus ajouter à mes charmes le secours de ces parures élégantes, que nous avons toujours en réserve, et qui font faire : « Ah ! . . . » quand on nous voit. Me regardant continuellement au miroir pour voir, si mes cheveux allaient bien, il me sembla que ma femme de chambre se néghgeait, qu'elle oubliait l'air de mon visage, qu'elle avait l'intention de me