A Marseille, quand elle se présentait à la Comédie, tout
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retour à Paris pour la fin de l'automne.
Pendant toute cette longue absence de Paris, à Genève, à Ferney, en Provence, il y avait une incessante correspondance entre M^'" Clairon et ses amis, au sujet de sa retraite.
Un de ses affectueux correspondants était le duc d'Aumont, auquel elle avait fait la concession de ne pas se retirer immédiatement, sur l'assurance qu'il lui aurait son ordre de retraite, à la première demande qu'elle ferait.
Toutefois, il avait essayé de lui ôterle désir de cette demande par les offres les plus avantageuses. Il lui aurait proposé de la faire payer par le Roi, et de n'avoir plus rien à démêler avec les comédiens, de ne jouer que quand bon lui semblerait, sans autre exigence que celle d'écrire à l'assemblée : « Je désire telle pièce pour tel jour. » Si cela était tout à fait vrai, la proposition était belle, tellement belle qu'elle fit peur à Clairon : elle craignit, dit-elle, de se faire encore de nouveaux ennemis, en s'affranchissant des servitudes de son état, d'une façon aussi orgueilleuse.
le parterre se levait et demandait : Le Siège de Calais et M^^^ Clairon! he duc de Villars, gouverneur de la province, était obligé de faire dire : que M^^ Clairon était venue pour rétablir sa santé et non pour jouer, que cependant il ferait tous ses efforts pour l'engager à donner cette satisfaction au public.
Le duc s'adressait à son idée fixe, caressait son dada;\[ lui parlait de la gloire qu'elle aurait à relever la Comédie, de l'abaissement de l'excommunication, et lui offrait de l'aider dans cette glorieuse entreprise.
Là-dessus, elle était partie sans avoir dit ni un oui ni un non. Pendant son voyage elle apprenait que M"^ Dubois se trouvait dans un état intéressant si visible, qu'elle ne pourrait pas jouer, au mois de novembre, à Fontainebleau. Prise d'un beau moment de générosité cornélienne, elle écrivait au duc d'Aumont qu'elle s'offrait de tenir le répertoire de la cour, quel qu'il fût, ajoutant qu'il lui était doux de se venger de M. de Richelieu, en le tirant de peine, et de prouver respectueusement sa reconnaissance au Roi, pour tout ce qu'il avait daigné lui faire dire de flatteur sur sa personne et son talent*. Le duc d'Aumont, enchanté d'une offre qui facilitait les arrangements, allait trouver le
1. Voltaire avait écrit à Clairon, sur une lettre de Richelieu, que tout le monde à Versailles voulait savoir de ses nouvelles, « le Roi tout le premier», gracieuseté à laquelle la tragédienne avait répondu en disant à Tronchin, lorsqu'il lui avait défendu de remonter sur le théâtre, que, « toute forcée qu'elle était d'obéir à ses ordonnances, néanmoins toutes les fois que le Roi voudrait l'entendre, elle ferait comme ses autres sujets, qu'elle hasarderait sa vie pour lui plaire ».
maréchal de Richelieu qui lui disait : « Non, cela ferait de la peine à la petite Dubois : nous ferons comme nous pourrons. » Et le duc, qui laissait percer dans sa lettre son étonnement de l'étrange conduite du maréchal, la terminait par cette phrase : « Ne songez pour le moment qu'à ralTermir votre santé ; on est indigne de reflort que vous voulez faire'. »
Enfin M"' Clairon était de retour à Paris, le 1" novembre, et ne s'expliquait pas encore sur sa rentrée au théâtre. En attendant, c'était chez elle, tous les jours, des consultations de' jurisconsultes et des réunions de comités, au milieu desquolles s'élaborait un mémoire, qu'on disait devoir apporter de grands changemcuts à la Comédie-Française. On prétendait qu'elle serait érigée en Académie royale dramatique, parlettres patentes enregistrées au Parlement. L'excommunication était encore trop ancrée dans les mœurs, pour la faire lever, et celte Académie était le moyen de donner des droits civiques, un état légal aux comédiens et aux comédiennes, que l'on voulait faire, en même temps, valets de chambre du Roi et femmes de chambre de la Reine, en vertu d'un vieux titre, que l'on pré-
i. Mémoires de M^^e Clairon, Paris, Ponthieu, 1822.
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tendait avoir été retrouve, et oii les comédiens étaient qualifiés de valets de chambre du Roi. A ces conditions, M"* Clairon consentait à reprendre son service, à oublier les duretés du maréchal de Richelieu, et les horreurs de la prison deFor-l'Évêque'.
Or le bruit de la rentrée de M"" Clairon prenait une consistance d'autant plus grande, qu'on savait qu'il y avait eu, sur cette question, division d'opinion entre M"^ Clairon et M. de Valbelle, son amant. Le goût naturel de l'actrice pour la scène, l'ambition de maintenir sa célébrité, des raisons peut-être d'argent, l'avaient décidée à passer par-dessus la satisfaction, qu'elle se croyait en droit d'attendre, pour un châtiment qu'elle ne s'était attiré que pour des motifs aussi nobles que louables. M. de Valbelle, plus susceptible sur le point d'honneur, prétendait qu'il fallait tout sacrifier, plutôt que de s'abaisser à une concession. Et la dispute avait été assez vive, pour que le bruit d'une rupture entre les deux amants courût dans le public. Mais des amis communs avaient décidé le couple à s'en rapporter à un comité de gens à cheveux blancs, et la majorité avait été pour que