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Mémoires secrets de la République des Lettres, vol. IL

MADEMOISELLE CLAIROX. 223

ment que AI. de Valbelle a bien voulu occuper. \'ous ne trouverez dans cette maison que des partisans, des admirateurs et des amis. On y honore les beaux-arts et surtout le vôtre, on y déteste ceux qui en sont les ennemis : c'est un temple oii l'encens fume pour vous. »

Le 12 juillet, Voltaire renouvelle l'invitation dans ces termes flatteurs :

« Il n'y a, Mademoiselle, que le plaisir de vous voir et de vous entendre qui puisse me ranimer, vous serez ma fontaine de Jouvence. »

Et au commencement d'août, lorsque enfin Voltaire possède sa tragédienne', dont il ne

1. Voici une amusante peinture de la première entrevue de Clairon et de Voltaire, que donne une lettre de Cailhava à Garrick, en date du 22 août 1763 :

« ...Mi'e Clairon nous menace, en effet, du coup affreux que vous redoutez avec tous les gens de goiit; elle a commencé de vendre sa garde-robe, elle a même écrit de chez Tronchin auprès de qui elle est, que l'Hippocrate moderne la condamnait à la mort la plus prompte, si elle jouait encore. J'espère cependant que tout cela est fait pour nous rendre plus précieux le jour heureux, oii elle daignera embellir notre scène. Elle a dit, avant de partir, que le seul moyen qu"il y avait pour l'y déterminer était de ranger les comédiens dans la classe des citoyens, en les faisant jouir des privilèges qu'a le dernier des mécaniques. On ramasse, pour y réussir, toutes les pièces qui prouvent qu'un comédien ne déroge pas... Avant de finir l'article de notre Melpomène,il taut que je vous fasse part d"une aventure qui lui est arrivée chez M. de Voltaire : elle entre chez lui, on lui dit que le doyen des poètes était presque anéanti entre son

connaît encore le talent que de réputation, et par ouï-dire, et qu'il Fa vue et entendue jouer, à ses côtés, sur son petit théâtre, Tancrède et Oreste, il écrit à d'Argental qu'elle a joué supérieurement Amcnaïde, mais que dans Electre « elle aurait ébranlé les Alpes et le Mont Jura ». Et il écrit encore au marquis d'Argence de Dirac, à propos de ces deux représentations : « J'ai vu la perfection en un genre, pour la première fois de ma vie. »

Pendant le séjour de la tragédienne chez lui, Voltaire et sa muse font à la Clairon toutes les fêtes imaginables. On connaît les vers :

Dans la grand'ville de Paris On se lamente, on fait des cris ; Le plaisir n'est plus de saison, La comédie n'est plus suivie;

Plus de Ctfiiron.

Melpomène et le tendre amour La conduisirent tour à tour; En France elle donnait le ton,

Paris répète :

Que je regrette

Notre Clairon M

médecin, son chirurgien, etc., mais que si elle voulait lui réciter quelques-uns de ses vers, elle le ressusciterait; elle s'y prête de bonne grâce, et déclame avec tant de force son rôle dans VOrplielin de la Chine, que l'auteur enchanté, ravi, oublie sa maladie. »

i. Chanson portant, dans les pièces mêlées de Voltaire, ce

Et dans une lettre il nous peint ]a regrettée malade, qu'il compare au phénix qu'on ne voit qu'une fois dans sa \'ie, partant de Ferney « couchée dans son carrosse, et soutenue par son courage » et emportant la moitié de l'édition des versiculets du vieux poète, en son honneur.

Sur cette villégiature de M"^ Clairon à Ferney, Monnet, le directeur de l'Opéra-Comique, qui me paraît un connaisseur en humanit-é, écrit à Garrick : « M"® Clairon, comme vous le savez, est à Genève pour sa santé, sous la direction du docteur Tronchin ; elle a déclamé chez M. do Yoltaire qui nous a écrit qu'elle l'a rajeuni de vingt ans : le médecin lui sera plus essentiel que M. de Voltaire, car celui-ci a souvent gâté ceux qui ont eu la faiblesse de se fier à ses compliments ou, pour mieux dire, à sa fausseté*. »

De Ferney, M"* Clairon allait retrouver M. de Valhelle à Marseille ^ d'oii elle annonçait son

titre : Couplets d'un jeune homme, chaatés à Ferney le 11 auguste 1765, veille de Sainte-Claire, à M^e Clairon.

1. Cette lettre de Monnet est du 14 août. Le 18, il écrivait encore à Garrick : « ...A propos d'appartement, M^'e Clairon a quitté le sien pour en prendre un, rue Vivienne, prés le Palais- R-oyal, et pour surcroit de bonheur M. Valbel {sic), son ami vient de faire un gros héritage de son frère, qui est mort depuis huit jours.

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