‹ Mademoiselle ClaironChapitre 34 sur 70 · Mémoires secrets de la Réx>ubliaue des Lettres, voL III · texte numérisé non relu

Mémoires secrets de la Réx>ubliaue des Lettres, voL III

Le moment était favorable pour présenter le mémoire, mais la crainte de déplaire à M. de Saint-Florentin arrête tout à coup le zèle du duc, et il se contente de répondre que l'ennui d'être excommuniée empêche M^^® Clairon de rentrer au théâtre. « Cela est assez ridicule, en effet, dit Louis XV, nous verrons quels sont ses moyens : je ferai tout ce que je pourrai... » Le duc de Duras, la tête perdue, ne trouve rien à dire.

Enfin, arrive le jour où l'on doit prononcer définitivement sur les prétentions de la tragédienne. Le conseil, à sa fin, voyant tous les portefeuilles fermés, le Roi daigne dire :

— Apprenez-moi donc ce que veut ]\r'^ Clairon.

— Forcer la main de Votre Majesté comme le Parlement, dit le duc de Praslin K

1. D'après le dire de M'^e ClairoQ, le duc de Praslin était l'amant d'une de ses camai'ades retirées, et qui ne pouvait la souffrir, parce qu'elle avait refusé d'épouser un de ses frères. Cette camarade trouvait de la dernière insolence à la Clairon, de vouloir être plus qu'elle n'avait été, et avait fait partager son indignation à son amant, qui obtint du rapporteur qu'il demanderait le contraire des conclusions de la demanderesse, t le duc de Choiseul, malgré les promesses faites à Clairon, lui avouait qu'il n'avait vraiment pas pu contredire son cousin au conseil. La camarade dont parle M^ie Clairon était Dangeville, qui vécut plus de trente ans avec le duc de Praslin, et qui avait sur son amant xine influence assez grande pour avoir fait nommer Duclairon, l'auteur de la tragédie de Cromwell, en qualité de consul et de commissaire de marine à Amster-

— Je la sais trop sagft pour cela, reprit le Roi, sachons ce qu'elle désire.

Alors M. de Saint-Florentin lut, sur un petit bout de papier, que M"* Clairon demandait à Sa Majesté la réimpression de la déclaration de Louis XIII, confirmée par elle, cette déclaration qui dit : Nous voulons que l'exercice des comédiens qui peutdivertirinnocemmentnos peuples, c'est-à-dire détourner nos peuples do diverses occupations mauvaises, ne puisse leur être imputé à hlâme, ni préjudiciable à leur réputation dans le commerce public.

Louis XV, qui ne connaissait pas plus cette déclaration que le Mémoire de Clairon, crut tout faire en ordonnant la réimpression de la déclaration.

Clairon ayant conscience qu'elle avait des ennemis dans le conseil, et sentant l'inutilité de revenir à la charge, demandait définitivement se retraite*.

Et voici l'ordre de retraite do M"^ Clairon :

« Nous, maréchal duc de Richelieu, pair de France, premier gentilhomme de la chambre du Roy :

dam, et (le faire également entrer dans la diplomatie Rochon do Chabannes.

Page 1