‹ Mademoiselle DafnéChapitre 11 sur 13 · DE LA. MA.AOUISE · texte numérisé non relu

DE LA. MA.AOUISE

Le comte a bien quarante ans passés ; il a été ce qu'on nomme un roué, un homme à bonnes fortunes, un coureur d'aventures sous le règne de l'autre roi.

Il est parfait pour sa femme ; mais, comme il avait ailleurs une affaire réglée, un engagement formel, son intimité avec Éliante n'a jamais été bien sérieuse, et la jeunecomtesse jouit de toute la liberté désirable, le comte n étant nullement susceptible de jalousie et autres préjugés gothiques.

La figure d'Éliante n'a pas de ces régularités grecques dont on s'accorde à dire qu'elles sont parfaitement belles, mais qui au fond ne charment personne ; elle a les plus beaux yeux du monde et un jeu de prunelles supérieur, des sourcils finement tracés qu'on prendrait pour l'arc de Cupidon,un petit nez fripon et chiffonné qui lui sied à ravir; une bouche à n'y pas fourrer le petit doigt : ajoutez à cela des cheveux à pleine main , et qui ,

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lorsqu'ils sont dénoués, lui vont jusqu^au jarret ; des dents si pures, si bien faites, si bien rangées, qu'elles forceraient la douleur à éclater de rire pour les montrer; une main fluette et potelée à la fois, un pied àchausserla pantoufle deCendrillon, et vous aurez un ensemble d'un régal assez exquis. Éliante, dans toute sa mignonne perfection, n'a de grand que les yeux. Le principal charme d'Éliante consiste dans une grâce extrême et une manière de porter les choses les plus simples. La grande toilette de cour lui va bien ; mais le négligé lui sied davantage.

Quelques indiscrets prétendent qu'elle est encore mieux sous le linge. Cette opinion nous parait ne pas manquer de probabilité.

Dl LA HAKOUISE. 3S9

POMPAOOUn

Éliante est appuyée sur son coude, qui s'enfonce à moitié dans un oreiller de la plus fine toile de Hollande, garnie de point d'Angleterre. Elle rêve aux perfections de rinimaginable Fanfreluche; elle soupire en pensant au bonheur de la marquise; Éliante donnerait volontiers trois mousquetaires et deux petits collets en échange du miraculeux bichon.

Pendant qu'elle rêve, jetons un coup d*œil dans sa chambre à coucher,d'autant que cette occasion de décrire la chambre à coucher d'une jolie femme du temps ne se présentera pas de sitôt, et que le Pompadour est aujourd'hui à la mode.

Le lit de bois sculpté, peint en blanc, rehaussé d'or mat et d'or bruni, pose sur quatre pieds to\irnésavecun soin curieux.

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l'ordinaire.

Les dessus de portes, eu camaïeu lilas tendre, représentent des aventures mythologiques et galantes. Le peintre a mis beaucoup de feu et de volupté dans ces compositions, qui inspireraient, par la manière î!^;rL'nble et leste dont elles sont touchées, des idées amoureuses et riantes à la prude la plus rigide et la plus collet monté.

La tenture, semblable aux rideaux, est ^«tenue par des ganses, des cordes à uils et des nœuds d'argent. Cette laçlserie a /'avantage, par Vexltèrcvft^T^VOcvKvix

des coings, ë^' r toujours dans

cadres rocaille des croisées > de glaces dans \ femme ; mais itiers celles qui de sots visages.

>sez de voir une ieille douairière

ée de magots de ùscuit et de por-

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duchesse

tambour ce côté. ^

Chine, tout c^^^^^^^^

aigrettes, de ^"^ \

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sur le poing, ^^^v I coulis de pénétra %v — I Grâces ; un lap'. \^^\ .

par M. le coitvt.^ ' t>\>^ \v Vv ^

ce côté.

Un paravent en véritable laque de Chine, tout chamarré de hérons à longues aigrettes, de dragons ailés, d'arbres palmistes, de pêcheurs avec des cormorans sur le poing, empêche le perfide vent coulis de pénétrer dans ce sanctuaire des <y races ; un tapis de Turquie, apporté P^^r M. le comte qui fui av\lvelo\?. ^vc^^'ojï»- ^^^(feurprès la Sublime PorVc, avcvo^NAV\e»

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bruit des pas, et de doubles volets matelassés empêchent les sons extérieurs de pénétrer dans cet asile du repos et de Tamour. Telle était la chambre à coucher de la comtesse Éliante.

Nous espérons que, par la littérature de commissaire-priseur où nous vivons, Ton nous pardonnera aisément cette description un peu longue, en songeant qu'il ne tenait qu a nous qu'elle le fût deux fois plus, et que personne n'aurait pu nous faire mettre en prison pour cela.

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