‹ Mademoiselle DafnéChapitre 12 sur 13 · POURPARLER · texte numérisé non relu

POURPARLER

FA NC II ON NETTE, la feninie de chambre de madame Élianta, entre sur la pointe dn pledi s'avance timldemaat jusqu'auprès du lit, et voyant qu^Éllanta ne dort pins :

Madame...

ÉLIANTE

Eh bien: Fanchonnetle, qu'y a-t-il?

DE Là MARQUISE. 27S

est-ce que le feu est à la maison ? tu as l'air tout effaré.

FANCHONNETTE

Non, madame, le feu n'est pas à la maison, c'est pis que cela : M. le duc Alcindor qui fait pied de grue depuis deux heures, et qui voudrait entrer.

ÉLIÂNTE.

II faut lui dire que je ne suis pas visible, que j'ai une miprraine affreuse, que je n'y suis pas.

FANCHONNETTE

Je lui ai dit tout cela, il ne veut pas s'en aller; il prétend que, si vous êtes sortie, il faudra bien que vous rentriez, et que, si vous êtes chez vous, il faudra bien que vous finissiez par sortir. Il est décidé à faire le blocus de votre porte.

ÉLIANTE

Quel homme terrible !

FANCHONNETTE

Il va se faire apporter une tente et

ladera plutât la feaËtre.

Quelle étrange fantaisie I cela est d'une folie qui ne rime à rien 1 Que peutil donc avoir à me dire? Fanchonnette, comment suis-Je aujourd'hui ? Je me trouve d'une laideur affreuse i il me semble que j'ai l'air de madame de B*".

:, madame n'a jamais été plus charmante ; elle a le leint d'une fraîcheur admirable.

Rajuste un peu dire au duc que je <

LU HUILLE O'tLKNTI

ÉLIANTB, Li DUC ALCIOD

ALCIMDOR.

Incomparable Éliaote, vous ' nt TOUS le plus humble de ^ e le grand désir qu'il avait d

itne 11 iioussé Jusqu'il lu dure se rendre importun.

ËLIAItTE.

Duc, je vous ferai observer q uchée et non sur un trûne, t manderai en mâme temps i

.^..âont que de ce côté-la je suis

uvert. Je vous ferai voir...

ÉLIANTE

1 ne veut point voir.

ALCINDOR, prenant un litre sor la table.

n'est ceci ? encore une production velle ? quelque rapsodie ? Messieurs .uteurs sont vraiment des animaux

aisants. Est-ce que vous recevez de

spèces-là ?

ÉLIANTE

nDieu! non. J'ai deux poètes qui lent à récurie et mangent à roffici^A

de vous donner un démenti, mais cela est de la plus insigne fausseté. Dusséje me couper la gorge avec vous, je ne me rétracterai pas.

KLIANTE.

Je dois avoir la figure toute renversée; je n'ai pas fermé l'œil.

ALCINDOR

Vous avez une fraîcheur de dévote et de pensionnaire. Je vous trouve les yeux d'un lumineux particulier. Est-ce que vous étiez d'un petit souper chez la baronne ? On dit que tout y a été du der-

•nintt wiiaiiY I.'îïhhfi Riirtniit Mait im-

ortant d'ici de ne l'avoir pas deviné.

ÉLIANTE

La marquise y est venue avec un pet chien que je ne lui connaissais pas, u bichon de la plus belle race, je n'en î jamais vu un pareil! il s'appelle Fanfn luche. l'amour de chien ! Duc, quel!

est donc la cause qui vous faisait tai désirer de me voir ?

ALCINDOR

Je voulais vous voir ; n'est-ce pas !

excellent motif? '

^-^ ÉLIANTE

282 LE PETIT CHIEX

ÉLIANTE

Vous extravaguez, duc ; \ous savez tout aussi bien que moi que vous n'êtes pas amoureux le moins du monde.

ALCINDOR

Ah I belle Éiiante, figurez-vous que j'ai le cœur percé de part en part ; regardez plutôt derrière mon dos, vous verrez la pointe de la flèche.

ÉLIANTE

Une physionomie intéressante au possible ; des soies longues comme cela, des marques de feu, des pattes torses. Oh!

mon Dieu ! je crois que je deviendrai folle, si je n'ai un bichon pareil ; mais il n'en existe pas !

ALCINDOR

Je vous aime, là, sérieusement.

ÉLIANTE

Une queue en trompette.

ALCINDOR

Je vous adore !

Des oreilles frisées.

ALCINDOR

O femme divine !

ÉLIANTE

charmant animal I L'abbé dit q parle hébreu. Mon Dieu ! que je j malheureuse ! il danse si bien ! Je teste cette marquise ; c'est une ir gante, et elle a de faux cheveux.

ALCINDOR

Que faut-il faire pour vous consc faut-il lravei*ser la mer, sauter à i vÂnts sur les tours Notre-Dame?

Bruxelles, si je ne me trompe.

ELIAS TK.

Alcindor ! ftnisEez ; vous m'agacez hor' riblemeiit. Ati ! j'embrasse mi s de bon cceur le diable, mon mari lui-même s'il paraissait ici avec Fanfi'eluche sous le

C'est fort l Dans le même cas, serais-je plus maltraité que le diable et votre mari 7

ÉLIANTG.

Non; peut-f ire mieuic. C'est mon dernier mot. Sonnez Fanchonnette, qu'elle vienne me lever et m'hablller.

ALCINDOR

Je vouïs oliéis. madame. Ma toil le oort en esl jetË, je me fois voleur de chien.

>laît à réduire les plus 110,1.»^ .

jes dures extrémités. Adieu, mada au revoir, je vais à la conquête d toison d'or.

ÉLIANTE

Adieu. Cupidon et Mercure vous so en aide! Ayez bien soin de ne rev qu*avec Fanfreluche, ou je vous ann( que je vous recevrai en tigresse d'J canie, à belles dents et à belles grf Voilà Fanchonnette ; bonsoir, duc.

rible. I

« Holà I Giroflée, Sirailor, Marmelade, p

Galopin, Champagne, quelqu*un! Il n'y f

a pas une personne de qualité en France ^

qui soit plus mal servie que moi ! Holà! ]

maroufles, butors, belitres, marauds, <

gredins, vous aurez cent coups de bâton !

gare les épaules du premier qui entrera !

Ha! canaille noire et blanche, je vous ferai tous aller aux galères, pendre et rouer vJfs comme vous \e mèrVXw. çÀbven,

comme épuisé sur le dossier de sa chaise.

La porte de la chambre s'ouvrit et laissa passer enfin une grosse tête de nègre, ronde, joufflue, et d'autant plus joufflue qu'elle avait les bajoues fort exactement remplies d'une caille au gratin, dérobée à l'office, et dont la déglutition avait été interrompue par les cris forcenés d'Alcindor. C'était Similor, le nègre favori de M. le duc. Par derrière pointait timidement le nez aigu de Giroflée.

t< Je crois que petit maUte Y\îv.Tiç, ^^^'6-

t, pour voir sîla aussi noire que î!... » Et le duc, n\ée en s'exhaur la table et le Le flambeau alla ronnpit en mille

façons d'agir, se tre sur le tapis, K Aïe ! aïe ! aïe !

; ! » et en faisant qui manquaient .e zandelier m'a ùç, sens un grand

dant s noii», pi monter, pas se t} Zulmé, A et dontj»^?' Cela dit, duchesse, q.

commoder.

devant lui, t,^

qu on en avait ^o^^>\v

faisant des grli^ >\ ^^^^V

à un sapajou q^J^^ un glapÎRBemetvt

pas se tromper et admettre Ëlmire ou Zulmé, deux espèces qui m'assomment et dont j'ai assez depuis huit jours. »

Cela dit, Alcindor s'établit dans une duchesse, et Giroflée commence à l'accommoder. Similor se tenait debout devant lui, tendant des épingles à mesure qu'on en avait besoin, montrant la langue, faisant des grimaces, et tirant la queue À un sapajou qui, à chaque fois, poussait ^n glapissement aigre et faisait %tv&&«t ^es dents comme une ^c\d

Je dois J'avouer, le ducAlcindor, quoiqu'il eût deux cent mille livres de renies, la jambe bien faite et de belles denli, n'avait pas la moindre invention et éltûl d'une pauvreté d'imagi nation déplorable.

Cela ne paraissait pas tout d'abord ; il avait du jargon et du vernis ; ajoutez i cela l'assurance que peuvent donner i quelqu'un qui n'est pas mal fait de sa personne une fortune de deux cent mille livres de rentes en bonnes terres, un grand nom, un beau titre, l'espoir d'être I 1 L'iiiiit t'L-nnd li'EepHgiie de Ift

première clattee, et vous concevrez fact* II. ne it due le duc ait pu passer dans an

•ences.

Alcindor, qui se croyait obligé d'a^ la comtesse Éliante parce qu'elle é à la mode, et que naturellement toi les femmes à la mode reviennent hommes en vogue, avait d'abord été charmé que le don de Fanfreluche été mis comme seule condition à bonheur.

Il avait redouté de passer par tou ennuis d'une affaire en règle et soupirant avoué, et craint qu'Élit pour rendre son triomphe plus écld'

292 LI PKTIT CHIKIC

rival détesté d'Alcindor pour Félégance de sa fatuité, le bon goût de ses équipages, la richesse et le nombre de ses montres et de ses tabatières, avait eu madame Éliante avant lui, et même, disait-on, en premier. Cest ce qui avait porté Alcindor à désirer prendre un engagement avec Éliante, et à lui rendre des soins extrêmement marqués. Quoique Éliante Teût reçu toujours assez favorablement, sa flamme n'avait guère eu la mine d'être couronnée de sitôt, Jusqu'à Tespérance, pour ainsi dire positive, que la jeune comtesse lui avait donnée à propos du bichon Fanfreluche.

Une jolie femme pour un joli chien!

cela avait semblé tout d'abord au duc Alcindor un marché très excellent. Rien ne lui avait paru plus aisé que d'avoir Fanfreluche ; mais au fond rien n'était moins facile. Les ponmoes f jr du jardin des Hespérides gardées par des dragons n'étaient rien au prix de cela ; on s'en

faille qu*il n'en eût f91iu puui »..^.

de la précieuse toison de Fanfreli une seule de ses soies.

Comment en approcher? Le demai à la marquise ? elle aurait plutôt rem au rouge et donné ses diamants, voler? elle le portait toujours dans manchon. Le pauvre duc ne savait résoudre ; sa perplexité était au con

« Ah ! ma foi I vivent nos chère?

pures ! Il n'y a rien de tel au monde

l'Opéra pour la commodité des soi

Ces demoiselles sont pleines de boif

- — '*AauM».iit pas ainsi dans les '

chiens tout aussi beaux que mais point, c'est celui-là qu'elle veut. Ce n'est point que je sois fort amoureux de cette Éliante; elle n'a de beau que les yeux et les dents, elle est maigre, et son charme consiste plutôt dans les manières et la tournure. Pour ma part, je préfère la Rosine et la Desobry; mais je dois à ma réputation d'avoir et d'afficher Éliante, car l'un m'accuse de trop me laisser aller aux facilités en amour, et quelques-uns de mes envieux, en tête <lesau$ls est Yersac, répandent sous le

- ''» n'ai nas lasiiitp. nii'il faut

ment beaucoup, ajoutai i^oreille du sapajou.

— Giroflée, mon valet de chami vous, Similor, mon nègre favori, i avouerai que vous coiffez un duc d plus grand embarras.

— Qu'y a-t-il, monsieur Je dm Giroflée en roulant une dernière b( qu'est-ce qui peut embarrasser un \i comme vous ?

— Vous croyez, vous autres P qu'un duc et pair est au-dessus df tels ; cela est bien vrai, mais cef

«ue je ne sache aue f

ne conûer..., contîDuit Giro- ! deux ' Fanf

ou» confier,.., interrompii de CiiMIv-\v -»

limilor. j celte X^^N|3>JV

li le tourmente... <• \ l'avez q

. croyant avoir consia lu sa pari Girof

nfldence et sachant qu'il n'était roue, caj.-^, .

jcoup près aussi grand orateur i deux frip^

Se, le laissa achever tranquil- Même Sit

phrase: dit à son Qv.^

irrais lui être de quelque utilité <i MonsipA ^

[érer quelques idées. Je saisia vous volera^ '>â

on de proiesier de mon dévoue- dessus le m^^V'S

■nsieur le duc, ei je lui promet* — Ah çà ! ^^

'allait que le fidèle GiroOée chien, ou je vnS

I vio [lùur lui faire plaisir, il ajouta k' Jq^. '

Qée inquiétaient singulièrement.

Bien, bien, mes enfants, vous m'atrissez, ne continues pas. Voici en

mots de quoi il s'agit: il faut voler reluche, le bichon de la marquise, uante louis pour vous, si vous Tavez

semaine, et vingt-cinq, si vous ne i que dans quinze jours. »

•oflée pâlit de plaisir, Similor fit la

car voler un chien semblait à ces

fripons fieffés un pur enfantillage.

Similor, qui était consciencieux,

;on maître :

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