LE BICHON FANFRELUCHE
Pour faire l'éloge de ce bichon merveilleux, il faudrait arracher une plume à l'aile de l'Amour; la main des Grâces serait seule assez légère pour tracer son portrait; le crayon de Latour n aurait rien de trop suave-
Il s'appelle Fanfreluche, très joli nom de chien, qu'il porte avec honneur.
Fanfreluche n'est pas plus gros que le poing fermé de sa maîtresse, et l'on sait çue madame là marquise a \a p\w?» \>ft\À\ft
DE LA MÂBODISB. Î61
main du inonde ; et cependant il offre à l^œil beaucoup de volume et parait presque un petit mouton, car il a des soies d'un pied de long , si fines , si douces, si brillantes, que la queue à Minette semble une brosse en comparaison. Quand il donne la patte et qu'on la lui serre un peu, Ton est tout étonné de ne rien sentir du tout. Fanfreluche est plutôt un flocon de laine soyeuse, où brillent deux beaux yeux bruns et un petit nez rose, qu'un véritable chien. Un pareil bichon ne peut qu'appartenir à la mère des Amours, qui Taura perdu en allant à Cythère, où madame la marquise, qui y va quelquefois* Ta probablement trouvé.
Regardez-moi cette physionomie intéressante el spirituelle; Roxelane n'aurait-elle pas été jalouse de ce nez délicatement rebroussé et séparé dans le milieu par une petite raie comme celui d'Anne d'Autriche? Ces deux marques de feu, au-dessus des yeux, ne font-elles pas
ment qu'un petit vo!-au-vent de cervelle qu'on fait exprès pour Ini, et ne boit qu'un petit pot de crème qu'on lui sert dans uDc soucoupe du Japon. Cependant, quand sn maîtresse soupe en ville, il consent à sucer un bout d'aile de pou- Urde et k croquer une sucrerie du dessert; mais c'est une faveur rare qu'il ne fait pas à tout le monde, et il faut que te cuisinier lui plaise. Fanfreluchen'aqu'ua petit défaut; mais qui est parfait en ce monde? Il aime les cerises k l'eau-de-vie et le tabac d'Kspacne, dont il mange de temps en temps une prise ; c'est une ma-
de Coudé, ifc <|u*r( entend gr'inr.pv \a cXvs.wv*'''^-
voir comme il se dresse sur ÊBST^mÊOtuv derrière et comme il tambourine avec sa queue sur le parquet; et, si la marquise, enfoncée dans les délices du whist ou du reversi, ne le surveille pas exactement, il saute sur les genoux de Tabbé, qui lui donne trois ou quatre cerises confîtes. Avec cela, Fanfreluche, qui n*a pas la tête forte , est gris comme un suisse et deux chantres d'église ; il fait les plus drôles zigzagâ du monde, et devient d'une férocité extraordinaire à Tendroit des mollets un peu absents du chevalier, conserver ce qui lui en reste,