SCENE IV
Mlle DE BELLE-ISLE, DAUBIGIVY.
d'aubigny, ouvrant la porte du cabinet.
Eh bien!...
Mlle DE BELLE-ISLE.
Oh!
d'aubigny.
J'ai fait ce que vous m'aviez dit de faire. Je me suis caché, j'ai écouté; j'ai entendu, et malgré tout cela, j'ai tenu parole en ne paraissant pas... Êtes-vous contente?
Mlle DE BELLE-ISLE, l'arrêtant, Raoul !
J! traverse 1.» scène r><>nr sortir.
d'aubigny.
Oh ! laissez-moi !
Mlle DE BELLE-ISLE.
Raoul!... écoutez!... Oui, vous aviez raison de craindre hier; oui, vos pressentiniens étaient fondés; oui, il y aune fatalité contre nous... contre nous... car elle vous atteint aussi bien que moi, Raoul. Mais vous ne me quitterez pas de cette manière. Il y a dans tout ceci quelque chose d'infâme, une machination dont je suis victime .. et qui vient je ne sais d'où... une haine invisible enfui, qui m'enveloppe et qui m'étouffe... Raoul, il est impossible que ma voix soit devenue tout-à-coup sans puissance sur vous '....Raoul, il est impossible que vous soyez convaincu que j'aie oublié en une heure les principes de toute une vie; Raoul, il est impossible
que d'hier à aujourd'hui, je sois devenue une infâme.. .Oh! mais... si l'on venait me dire, à moi, que vous avez commis une lâcheté ou un crime... fui dans un combat ou assassiné quelqu'un, quelle que fût la personne qui me dît cette chose!... non, je vous le jure, Raoul, je ne la croirais pas !... d'aubigny.
Mais enfin, le duc... le duc est entré d'abord ici, madame!
Mlle DE BELLE-ISLE.
Je ne le nie point.
d'aubigny.
De ce boudoir il est passé dans cette chambre.
Mlle DE BELLE-ISLE.
Cela se peut!
d'aubigny.
Ah ! vous l'avouez donc, enfin !
Mlle DE BELLE-ISLE.
Oui, jel'avoue... mais vous ne savez pas... vous ne pouvez pas savoir...
d'aubigny.
Alors, vous n'étiez donc pas dans cette chambre, vous avez donc passé la nuit dans un autre appartement?
Mlle DE BELLE-ISLE.
Raoul! j'ai fait un serment terrible; Raoul, je ne puis rien vous dire, j'ai juré !
Mais n'y a-t-il pas quelqu'un, enfin, qui, par pitié pour vous et pour moi, puisse vous relever de votre serment?
Mlle DE BELLE-ISLE.
Oui, vous avez raison, et c'est une inspiration du ciel; oui, lorsqu'elle verra de quelle infamie je suis accusée, elle permettra que je vous dise tout, et vous verrez alors, vous verrez. {Elle sonne. Mariette paraît.) Mmcla marquise de Prie, Mmela marquise, où est-elle? dites-lui que j'ai besoin de la voir à l'instant même, que je la supplie de venir... Allez.
MARIETTE
Madame la marquise est partie pour Paris ce matin avec M. le duc de Bourbon, et ne sera de retour ici que ce soir.