‹ Mademoiselle de belle-isleChapitre 28 sur 39 · M11 DE BELLE-ISLE · texte numérisé non relu

M11 DE BELLE-ISLE

Oh! mais c'est une fatalité atroce... Raoul, attendez à ce soir... ce soir vous saurez tout. (Il fait un mouvement pour sortir ; elle l'arrête.) Raoul... vous ne yous en allez pas... Raoul, je vous jure...

d'aubigny.

Oui, vous avez raison, c'est une fatalité. Hier, à midi, vous quittez l'hôtel pour habiter le château ; hier soir je viens, et, pour la première fois, ma présence vous gêne, et vous désirez que je vous quitte; je vous fais jurer que vous ne verrez pas le duc, derrière moi il entre ; il y a une heure, vous niez qu'il soit venu, et maintenant vous avouez qu'il est possible qu'il soit resté jusqu'à trois heures du matin dans cette cham-

bre... Vous n'étiez pas, dites-vous, dans cet appartement, et vous ne pouvez pas me dire où vous étiez ; un serment vous lie, vous avez juré : c'est un engagement sacré, quoique inattendu ; mais une personne peut vous relever de ce serment, une seule! cette personne n'est plus à Chantilly. Vous avez raison, c'est une fatalité étrange, si étrange vraiment, que c'est à n'y pas croire, et que je n'y crois pas!

Mlle DE BELLE-ISLE.

Que voulez-vous que je vous dise, Raoul? Oui , oui, toutes les preuves sont contre moi : oui, il s'agirait de ma tête, que ma tête tomberait comme tombera peut-être mon honneur! Mais ma tête serait prête à tomber, que je ne manquerais pas au serment que j'ai fait. Agissez donc selon votre conviction, Raoul, je ne vous retiens plus.

Elle tombe sur un fauteuil.

d'aubigny, faisant un mouvement pour sortir, puis revenant.

Ecoutez, Gabrielle, je sais que cet homme a, pour arriver à son but, quel qu'il soit, des moyens mystérieux et inconnus. Eh bien! avouez que cet homme vous a donné quelque philtre, quelque boisson narcotique, quelque breuvage empoisonné et maudit! Avouez qu'il est entré ici pendant que vous dormiez, et que vous ne vous êtes réveillée que trop tard... avouez cela, et cela ne m'ôtera rien de mon amour, cela ne changera rien à notre avenir; je le tuerai, et voilà tout' Tenez, avouez-moi cela, Gabrielle, je l'aime mieux, car alors je comprendrai tout... Mais ne venez pas me parler d'absence impossible, de serment auquel je ne crois pas!... Vous le voyez bien, mon Dieu, je ne demande pas mieux que de vous aimer toujours , moi ! je vous ouvre un moyen facile... eh bien! si vous m'avez trompé, si vous êtes coupable, employezle ! Oui , il a usé de ruse ou de force, n'est-ce pas ? c'est un homme infâme, et je ne dois m'en prendre qu'à lui, et ne me venger que de lui! Oh! mais, dites -moi donc quelque chose que je puisse croire, quelque chose qui ait l'apparence d'une vérité, si vous ne voulez pas que je meure fou, en vous maudissant, en maudissant Dieu! Tenez, au nom du ciel, tenez, à genoux, Gabrielle! Voyez, voyez, c'est moi quivous prie... j'attends... parlez, j'écoute!...

Mlle DE BELLE-ISLE.

Je ne puis rien vous dire que ce qui est, Raoul. Je n'ai pas vu M. le duc de Richelieu depuis hier à huit heures du soir.

d'aubigny.

Oh! ceci est trop fort, madame, et je sais ce qui me reste à faire.

MUe DE BELLE-ISLE.

Je vous supplie...

d'aubigny.

Oh ! laissez-moi, madame, laissez-moi !

Mlle DE BELLE-ISLE.

Raoul ! Raoul ! oh !

MAGASIN THEATRAL

D AUBIGNY

Une dernière fois, voulez -vous m' avouer la vérité?

Mlle DE BELLE-ISLE.

Je ne puis rien vous dire.

d'aubigny.

Que le ciel vous pardonne alors ! Mais ce que

je sais bien, moi, c'est que je ne vous pardonnerai pas.

Il s'élance dehors.

MUe DE belle-isle, tombant à genoux.

Mon Dieu ! mon Dieu! ayez pitié de moi !

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AGTE QUATRIEME.

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