‹ Mademoiselle de belle-isleChapitre 4 sur 39 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les Mêmes, M11* DE BELLE-ISLE.

Madame...

LA MARQUISE

Approchez, mademoiselle.

Mlle DE BELLE-ISLE.

Que vous êtes bonne d'avoir daigné me recevoir ainsi sur ma première demande 1

LA MARQUISE

Ce n'est pas moi qu'il faut remercier ; c'est M. le duc de Richelieu.

Ml,e DE BELLE-ISLE.

Monsieur le duc !

LA MARQUISE

II m'a dit que l'affaire qui vous amenait était pressante et ne pouvait se remettre.

Mlle DE BELLE-ISLE.

Merci donc d'abord à monsieur le duc de Richelieu ! j'avais eu le bonheur de le rencontrer sur ma route pour m'ouvrir les portes de Versailles : il paraît qu'il ne m'a point abandonnée à Chantilly. Mais ensuite, merci à vous, madame, à vous, dont la grâce et la bonté me sont d'un si heureux présage!

LA MARQUISE

Eh bien ! me voilà, dites-moi comment je puis vous être utile?

M1Ie DE BELLE-ISLE.

Mon nom vous a appris qui je suis ; ma démarche doit vous dire quelle est la grâce que je sollicite. Mon père et mes deux frères sont à la Bastille depuis trois ans : mon père, un vieux gentilhomme accusé de fraude et de concussion ;

mes frères, des soldats accusés de meurtre et de guet-apent. Vous voyez bien que c'est impossible, madame, et cependant depuis trois ans j'attendais près de ma mère que justice leur fût faite; mais ma mère est morte, et je me suis trouvée entre une tombe et une prison. Alors, je suis partie seule, sous la sauve-garde de mon malheur.

LA MARQUISE

Que vouliez-vous ?

Mlle DE BELLE-ISLE.

Voir M. de Fréjus, me jeter aux pieds du roi!

LA MARQUISE

Eh bien ?

Mlle DE BELLE-ISLE.

Eh bien ! madame, j'ai été repoussée par tous, par M. de Fréjus, qui m'a dit que les affaires politiques ne le regardaient pas; par le roi, qui, occupé des plaisirs de son âge, ignore jusqu'à l'existence de ceux que l'on persécute en son nom. Enfin on m'a renvoyée à M. le duc de Bourbon, et je suis venue à vous, madame, pourquoi? par instinct, parce que vous êtes une femme, parce que moi, pauvre fille de la Bretagne, épouvantée des cours, tremblant à chaque instant de commettre quelque faute d'étiquette, je me suis crue sauvée du moment où je pourrais parler à une femme.

Et vous avez eu raison, mademoiselle : madame la marquise fera tout ce qu'elle pourra, je vous le promets en son nom.

LE LAQUAIS

M. le duc d'Aumont, M. le chevalieur d'Auvray.

LE DUC

Au diable les mal venus !

LA MARQUISE

Vous le voyez, mademoiselle, quelque intérêt que m'inspire votre dévouement, je suis forcée de recevoir ; plus tard nous reprendrons cette conversation.

Mlle DE BELLE-ISLE.

Ah! madame, plus tard vous retrouverai-je aussi parfaite? Il me reste tant de choses à vous dire, mon Dieu, qui convaincraient votre esprit, ou qui toucheraient votre cœur! Qui sait même si je pourrai parvenir jusqu'à vous, et si les persécuteurs de ma famille ne lui auront pas fait demain une ennemie de celle que j'implore aujourd'hui comme mon ange sauveur ?

LA MARQUISE

Comment faire? Je voudrais vous entendre, mais...

LE DUC

Eh bien! marquise, il y a moyen de tout arranger; entrez chez vous, avec mademoiselle, et je vais recevoir ces messieurs en votre nom.

LA MARQUISE

Je me suis engagée à ne vous rien refuser au

jourd'hui, monsieur le duc ; faites donc les honneurs à ma place. Venez, mademoiselle.

M,le DE BELLE-ISLE.

Ah! madame, c'est le ciel qui m'a inspirée lorsque je suis venue à vous, «et c'est lui qui vous récompensera tous deux ; car moi, je ne puis que vous remercier.

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