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de rames vers le rocher où avait eu lieu le nau- (Vap;e.
L'embarcation reparut une demi-heure après, en même temps qu'un beau rayon de soleil qui vint consoler la terre. La joie de ceux du rivage se manifesta par des clameurs et des signaux : les Albanais agitaient leurs bonnets au bout de leurs longues piques et ils tiraient des coups de pistolet en réjouissance du retour du seigneur Fernando et pour honorer son courage. Quand la barque fut à deux portées de fusil, on put distinguer qu'elle contenait trois hommes; mais un d'eux seulement ramait et conduisait l'embarcation. Elle toucha au rivage. Les Albanais accoururent et enlevèrent un vieillard, qu'ils transportèrent auprès de la jeune fille : c'était le commandeur de Marignan resté dans le navire échoué, et que M. d'Arona, aidé d'un matelot , était parvenu à porter sain et sauf dans son canot, Malvina se jeta dans les bras du vieillard ; et , comme tous deux demandaient avec larmes leur sauveur, on vit le
seigneur Fernando deliout sur le rivage, mais plus pâle et plus immobile qu'un marbre. Paul Théosaris s'élança vers lui; il était trop tard. Fernand avait épuisé toutes ses forces ; les veines de sa poitrine se rompaient ; il jeta un dernier regard sur Malvina et, de toute sa hauteur, il tomba mort sur le sable.
Léa et Paul Théosaris adoptèrent la petite Albanaise , à qui le seigneur Fernando, leur ami, avait servi de père. Le corps de celui-ci fut embaumé à la manière des Orientaux ; on le déposa dans un cercueil de chêne de Dodone, revêtu de lames de plomb. Le commandeur de Marignan le fit transporter, quelques jours après , à bord d'une frégate anglaise qui vint mouiller dans les eaux de Corfou , et il s'embarqua sur ce navire avec Malvina, dont la douleur héroïque ne se révélait que par l'extrême pâleur de son visage et la douceur déchirante de sa voix. Us abordèrent à Toulon, et ils reprirent
U; chemin des montagnes, suivis, à quelques jours de distance , par M. Clément, qui dtait venu les chercher en Provence , et qui escortait les dépouilles mortelles de Fernand d'Arona.
Un soir d'automne , une voiture s'arrêta dans l'allée des peupliers qui servait d'avenue au château de Mademoiselle de Marignan. Un jeune homme et une jeune femme voulurent arriver à pied à l'habitation. Les deux beaux étrangers paraissaient tristes ; ils ne se parlaient point et marchaient lentement , en se donnant le bras. Les feuilles desséchées jonchaient la terre; la nature était mélancohque, comme l'ame de ces jeunes gens. Ils demandèrent au château le commandeur de Marignan. Un valet en deuil les précéda, et ils traversèrent la grande cour, où l'herbe croissait déjà. Le valet ouvrit la porte de la chapelle , et les deux étrangers entrèrent. Ils virent ua vieillard agenouillé contre la balustrade de l'autel : c'était M. le com-
mandeur. Celui-ci se retourna , et il alla au devant de sir Charles Bedford, qui le visitait avec Sophie de Monlor, devenue sa femme.
Le vieillard les salua, leur prit la main, et les conduisit vers le côté droit de l'autel ; là , il leur montra du doigt deux grandes dalles de marbre noir, sur lesquelles étaient inscrits, en lettres d'or, les noms de leurs amis, Fernand et Malvina.
— Vous voyez, leur dit-il, ma grande misère. Je suis resté seul, moi vieillard inutile, et je ne
puis mourir Tous les soirs, je viens prier
ici , sur la tombe de mes enfans , afin qu'ils supplient le Seigneur de me rappeler auprès d'eux. Us s'aimèrent en silence sur la terre j ces deux martyrs sont époux dans le ciel.
Malvina n'avait pu survivre : le chagrin l'avait tuée de sa main laborieuse, quelques semaines après son retour dans les montagnes.