LA CONFIRMATION D'UN SACRIFICE
Qu'importe qu'on retourne le poignard dans une plaie .. -'^ qui est déjà mortelle.
Ce fut un soulagement extrême pour la duchesse Marguerite que de se trouver seule un instant ; ce qui venait de se passer avait été si rapide, si inattendu, que la réflexion p aval tpu venir à l'aide d'un cœur surpris et
emporté tout à coup loin de sa route par une tempête dont les conséquences le faisaient frémir. Ainsi , elle était engagée et engagée in^évocabîement contre sa volonté expresse, contre un sentiment caché qu'elle avait eu tant de peine à s'avouer. Il fallait renoncer aux douceurs (|ue celui-ci promettait, si jamais il était contenté, pour se livrer à un devoir pénible ;.mais, d'une autre part, y avait-il possibilité à espérer que les circonstances s'arrangeraient de manière à pouvoir proclamer , à la face de la France , qu'après tant de princes refusés , c'était un simple gentilhomme que la duchesse de Rohan voulait épouser? Ceci, sans doute , ne serait approuvé que des esprits légers; un blâme imiversel répondrait à une déclaration autant ex:traordinaire; d'ailleurs, ce gentilhomme lui-même méritait-il cette préférence? non, car il aimait ailleurs; c'était à mademoiselle de Polduc qu'il adressait ses hommages, elle qu'il demanderait bientôt ; dès lors , l'oublier était
238 d'un sacrifice.
le parti le plus sage , et il convenait d'immoler un amour aussi mal récompensé.
Toutes ces pensées se présentaient en foule à mademoiselle de Rolian , et l'occupaient à un tel point , que madame de Pienne put arriver à elle, l'examiner long-temps, s'asseoir sur un fauteuil voisin , sans qu'elle fût retirée de sa rêverie; le contact , enfin, d'une main qui pressa la sienne, lui causant une sorte d'effroi , la rendit à la vie présente.
« Qu'est-ce? demanda-t-elle en ouvrant les yeux, qu'elle tenait fermés, comme on fait lorsqu'on se livre à une méditation profonde.
« — Une amie fort intriguée de ce qui vous tourmente, et détermmée à venir à votre aide, si ses bons conseils peuvent vous servir.
« — Il n'est plus temps, répondit avec douleur la duchesse : mon sort est fixé; je... je ne dois pas être heureuse.
« — Ec po^JirquQÙ ' . vous plaît, ma belle
parente? que vous manque-t-il ? vous avez et la beauté , et la fortune, et l'esprit , et les vertus, et la noblesse et le rang. »
Un sourire mélancolique fit connaître à la marquise que toutes ces choses ne suffisaient pas pour contenter un coeur; elle savait , ou du moins croyait savoir ce qui faisait faute en ce moment à la duchesse , et comme c'était elle-même qui , par ruse , avait élevé la tempête , elle se flattait de la calmer avec la même facilité ; mais trop habile pour revenir aussi vite sur ce qui avait été avancé naguère, elle s'applaudit, au contraire, du trouble qui lui devait la naissance, certaine qu'avant peu il se dissiperait, et avec une expression de bonne foi complète , elle pot^irsuivit :
« Avez- vous pensé à la confidence d'hier ? « — Oui.
« ■ — Et que vous en semble aujourd'hui?
« — C'est un mariage très convenable , et