DE LA PLACE ROYALE
Rappelez-vous que je veux voir votre généalogie, et allez sur le balcon rejoindre ces demoiselles; j'ai besoin de rester seule un instant. »
Mademoiselle de Chabot baisa tendrement la main que lai présenta la duchesse, et courut vers ses compagnes , sans plus s'occuper de la conversation qui venait d'avoir lieu, et dont elle ne comprenait pas toute l'importance. Quant à la duchesse, elle se leva, et d'un pas précipité , quitta le salon et alla dans sa chambre, dont elle ferma la porte avec soin, et puis , se laissant tomber sur le pied de son lit, se mita verser des larmes avec abondance, et toutes ne furent pas données à la douleur.
Qu'elles devinrent poignantes les réflexions auxquelles son ame s'abandonna ! Le passé se représentant avec une véhémence cruelle, lui rappela ce qu'elle aurait voulu oublier; mademoiselle de Rohan touchait à sa vingthuitième année, et si encore elle n'était pas
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mariée, c'était parce que sa fierté ne consentait pas à prendre un mari dont le rang ne fût point supérieur au sien. Dans sa première jeunesse elle avait vu sa main recherchée par le comte de Soissons, prince du sang, et qui avait alors de hautes espérances.
Plus tard le duc de Saxe-Weimar s'était mis au nombre de ses prétendans : c'était un héros digne, et la grande ombre du duc de Rohan aurait tressailli de joie à cette alliance; la duchesse Marguerite la refusa. Fiancée , enfin, au prince Robert, deuxième fils de l'électeur Palatin, depuis roi de Bohème, elle rompit encore ce mariage, toujours par un sentiment d'indépendance et de fierté. Maintenant le duc de ISemours, aîné de la maison de Savoie en France, et dont le frère puîné avait épousé mademoiselle de Vendôme, aspirait ouvertement à s'unir avec elle ; celui-ci , issu de la famille royale par tant d'alliances, était soutenu vivement par
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la duchesse douairière de Rohan ; il se présentait avec tous les avantages de la naissance, du rang, de la fortune et des agrémens d'une figure belle et majestueuse, ne manquait ni de bravoure ni d'esprit : Je rel'usf^r devenait difficile, et combien plus le serait-il encore.... Maguerite de Rohan demeura long-temps renfermée à réfléchir et à pleurer.