‹ Mademoiselle de RohanChapitre 10 sur 30 · A CHAPEAU ROUGE · texte numérisé non relu

A CHAPEAU ROUGE

alofs, en homme de génie, il aura mis eu avant une de ces diversions si utiles à la guerre, et la question simple aura suffi, celle de demander si pour insister tant en faveur de ce mariage , on avait la certitude de votre! consentement. Le reste aura coulé de source : les exclamations de Monsieur, la conviction de la reine, les sous-entendus du cardinal et les malignités de monsieur le princo. Il aim^ notre sexe, dit-on, et pourtant ses railleries ne cessent de nous poursuivre. »>

Cette explication ne satisfit qu'imparfaitement la duchesse ;elle craignait que monsieur de Condé ne se montrât indiscret jusqu'au bout en faisant connaître le nom de monsieur de Chabot; elle témoigna sa fiayeur que ce ne fût dévoilé par cette voie à la douairière.

'< Vous seriez encore trop heureuse que le cas arrivât ainsi, repartit la marquise : l'éclat en serait tel, que le consentement au mariage deviendrait nécessaire ; mais monsieur le

prince ne viendra là qu'à la dernière extrémité; il aime mon cousin et ne fera rien que de concert avec lui , soyez-e'j certaine. »

MademoiseUe de Rohar, .coupira; elle tomba dans une rêverie p^^yfonde, qu'elle conserva pendant le res'/ du chemin; elle n'en revenait pas encore* .m moment où les chevaux s'arrêtèrent dar /a cour de son hôtel. Sortant machinalem''-'<t du carrosse, elle accepta la main qui i'ii fut offerte pour l'aider à descendre; mas à la chaleur et au contact magnétique de cette main avec la sienne, tout son corps frémit, ses yeux se dessillèrent, et elle reconnut le comte de Chabot, qui, arrivé, en même temps, s'était empressé à lui servir d'écuyer.

Elle ne put retenir ni son i rouble, ni préserver son visage de la vive douleur qui le colora. Madame de Pienne, s'apercevant de cette manifestation imprudente, «lont ie chevalier de Kersan , les pages et les valets pouvaient s'étonner, se mil a «lire:

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* En vérité, pour être la fille du plus grand capitaine du siècle, vous êtes bien facile à effrayer; quoi! la surprise de voir mon cousin prendre la place du chevalier vous effraie à ce point ! que serait-ce si vous tombiez au pouvoir d'une bande de détrousseurs de grands cbemins ! »

La duchesse essaya de sourire, et le comte lui ayant offert le bras, la ramena dans son appartement; là, il lui rapporta ce que le prince de Condé venait de lui apprendre, tous les détails de la scène du Palais-Royal, mais il ne put y ajouter ceux de l'entrevue noc turne à l'hôtel de Condé^ parce que le prince avait jugé à propos de lui en faire un mystère, et ceci attendu que d'autres intérêts que ceux du couple amoureux y avaient été débattus.

Monsieur de Chabot ensuite passa k l'expression de ses sentimens, renouvela l'assurance d'un amour sans bornes, et se maintint avec autant de fermeté que de délicatesse

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dans le sacrifice qu'il prétendait faire de son nom.

« Vous faites tant pour moi, dit-il ensuite, vous m'immolez tant de grandeurs, qUe je dois sàïsîf avec empressement et joie le seul moyen quie j'aie pour me racquitter envers vous. »

Il fut si soumis, d'ailleurs, si tendre, que la duchesse ne putque lui céder sur un point aussi important; elle, de son côté, is'attacha à lui montrer combien elle était satisfaite de l'excellence de ses procédés, et pour être en entier son égale, lui cach;i la majeure partie de ses inquiétudes et du chagrin qui la dévorait.

Sur ces entrefaites, un page vint demander à mademoiselle de Rohan si elle aurait pour agréable de recevoir un bon père capucin sollicitant l'honneur de lui faire sa révérence. Une telle visite étonna beaucoup, les gens de cette robe n'ayant pas leurs entrées familières dans l'hôtel, dont presque tous les

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habitans suivaient le culte de Calvin. La duchesse avait déjà ouvert la bouche pour refuser, mais madame de Pienne, par instinct, lui dit :

« Savez-vous ce qu'il désire? non. sans doute; d'où il vient? encore moins; sa présence dans un lieu où ses compagnons ne pénétrèrent jamais est par elle-même si singulière, que je m'imagine décoiivrir làdessous quelque chose de caché. Voyez-le; vous êtes dans une position où il faut tout examiner par soi-même.

« — Et vous, monsieur de Chabot, dit la duchesse, quelle est votre volonté?

« — Ah! madame, s'écria-t-il, pouvez- vous m'adresser une question semblable? Ma volonté, c'est la vôtre; vous ne cesserez de régner avec moi.

« — Cela ne doit pas être, monsieur : la religion le défend, et l'honneur d'une maison l'interdit avec non moins de force. Je sais les devoirs d'une femme, et je ne m'en écar-

terai pas; mais puisque votre galanterie re^ fuse de se servir par anticipation d'une autorité que je n'eusse pas déniée, me refuserezvous votre avis?

a — Il est semblable, répliqua-t-il, à celui de ma charmante cousine. »

Pendant ces propos, le page s'était tenu reculé et hors de portée de pouvoir entfendre ce que l'on disait à l'autre extrémité du salon. Un sigRe le rappela, et il reçut l'ordre d'introduire le religieux de Saint-François.

Peu après ^ on le vit entrer. C'était un homme d'assez haute taille, entièrement enseveli sous sa robe de bure ample et lourde. Une barbe épaisse couvrait son visage, non moins enveloppé dans le capuchon relevé; à peine si deux yeux vifs et interrogateurs se laissaient voir, à tel point ils étaient dans l'ombre. Le moine les baissait et tâchait de se donner une contenance humble et timide. Je dis tâchait; car, malgré lui, sa tournure

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