S5Î8 MADEMOISELLE
prêt à tout événement, de sa main gauche il saisit le bras de Marie, et appuyant l'autre sur la garde de son épée , il écouta et attendit. Puis, tournant vers sa tremblante compagne un visage sur lequel se lisait une noble et généreuse énergie.
— Marie, lui dit-il, n'ayez aucune crainte, je suis près de vous.
Marie rendit un regard plein d'amour et de confiance au regard brûlant de Georges deMinville; une de ses mains serra même la sienne d'une étreinte vive et passionnée, et de sa bouche heureuse et souriante elle répondit :
— Nonl Georges, je n'ai pas peur.
Tout ce qui vient d'être raconté ne dura que fort peu d'instants; les cris du
peuple s'apaisèrent, les lueurs de l'incendie s'éteignirent, la foule qui s'était éloignée revint bientôt impatiente de retrouver ses plaisirs interrompus, l'orchestre fit de nouveau retentir les vastes salons du Palais- Royal de ses appels joyeux; la fête continua et ne fut plus troublée pendant le reste de la nuit.
Le comte et la comtesse de Baudrimont cliercbaient leur beîle-fille qu'ils n'avaient point rencontrée depuis le commencement de la soirée , Marie les aperçut et prévint Georges. Alors ils se séparèrent, mais l'adieu qu'ils se dirent eut quelque chose de doux et d'amical, qui fit entrer en leur âme comme une joie inconnue.
Le prince de Tiennes revint vers Marie, après que les deux rois eurent quitté le Palais-Royal.
— Que s'est-il donc passé ? lui demanda-t-elle.
— Oh ! presque rien, répondit-il, le bon peuple a voulu s'amuser aussi ; il a tenté une petite émeute, et pour se donner le plaisir d'une illumination, il a brûlé les chaises du jardin. Ce n'est qu'une légère éruption du volcan sur lequel le prophète de cette soirée prétendait que nous dansions.
— Qu'est ce que cela veut donc dire ? prince , cette émeute avait-elle quelque chose de sérieux ?
— Rien, absolument rien, elle n'était pour ainsi dire qu'une des scènes obligées de cette fête , nous sommes au palais des révolutions, madame.
Vers trois heures du matin le bal n'était pas encore terminé ; le vicomte et la
Î)È tÈÉDÛlN. S'il
vicomtesse de Bauclrimont remontèrent dans leur voiture pour regagner leur hôtel ; son Altesse Royale Madame dansait un dernier cotillon avec monseigneur le duc de Chartres.
Le jour commençait k éclairer les rues de Paris de ses pâles lumières. La dernière fête de la Restauration finissait , et des deux rois qui y avaient assisté , l'un devait bientôt s'endormir du sommeil de la mort, tandis que l'autre s'acheminerait fugitif et découronué, vers la terre de l'exil qu'il visiterait pour la troisième fois.