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elle la rejeta d'abord loin d'elle avec indignation.
Il raent, il ment, ce vicomte d'Aiguebelles, et la voix de Marie, en disant ces mots , dénotait une colère et un mépris profonds.
Il ment et me calomnie ; moi , je lui ai parlé avec bonté ; je l'ai encouragé k m'écrire. Mais cet homme est infâme; il me fera perdre la tête. Je me croirai folle si je relis son affreux billet : et cependant elle le reprit, le froissa dans ses mains tremblantes, et le relut non sans répandre des larmes de honte et de dépit.
« L'encourageante bonté que vous m'a- » vez témoignée , madame, lorsque j'eus le )) bonheur de vous rencontrer au bal du )) Palais-Royal, m'impose l'obligation de
» répondre à raccusation que vous sem- » blâtes faire peser sur moi , en trai- » tant àefadeurs,\e^ expressions du res- » pectueux attachement que vous savez si » bien inspirer à ceux qui vous connaissent, » et plus à moi, peut-être, madame, me » permettrez-vous de le dire, qu'à tout » autre.
» Non , vous n'avez pu prendre pour de » fades compliments les quelques paroles » que j'ai pu vous dire. Non , madame , » vous n'avez pu vous tromper à ce point , >) que la sainte expansion d'une âme vive- ). ment impressionnée et vraie , passât près » de vous pour le fastidieux bavardage de )) quelque fat inoccupé. Sans le vouloir, )) peut-être, j'ose encore le croire, ma- » dame , vous m'avez vivement afiligé. » Montrez-moi, en consentant à détruire » le doute qui m'accable , que vous ne
)) doutez ni des sentiments que je vous » ai exprimés, ni d'un attachement qui, » pour être respectueux, n'en est pas » moins vif et moins inquiet.
» Vicomte d'Aiguebelles.»
Oh ! je ne partirai certes pas , se dit la vicomtesse de Baudrimont , comme pour se raffermir encore plus dans une résolution déjà bien arrêtée. Je ne quitterai point Paris ; M. d'Aiguebelles pourrait penser que je le crains et que je le fuis; ce serait le comble de l'infortune ; non, je demeurerai ici en présence des dangers et des ennuis qui viendront sûrement m'y assaillir, je me sens assez forte pour résister à tous ces orages.
Puis elle remit la lettre du vicomte d'Aiguebelles dans une enveloppe, et la lui
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renvoya sans une ligne , sans un mot de son écriture, sans lui témoigner autrement que par ce renvoi son indignation et sa colère.
Deux fois, dans ses promenades du soir aux Champs-Elysées et au bois de Boulogne , Marie crut apercevoir près de sa voiture la pâle figure de Georges , tournée de son côté. Deux fois elle tressaillit sous un regard triste et prolongé, qui ne pouvait être que le sien ; et , depuis lors, elle dirigea toutes ses promenades vers le bois de Boulogne , et chaque soir elle chercha parmi les promeneurs qui passaient sous ses yeux, l'homme auquel son affection innomahle n'osait accorder aucun titre.
Hélas I si Georges s'était trouvé par une de ces suaves nuits de juillet, seul avec elle,
emporté sous les verts ombrages des forêts, dans [la voiture qui chaque soir la promenait rêveuse et solitaire; si tous deux près l'un de l'autre, à la tremblante clarté des étoiles, ils avaient repris leur dernière conversation ; si tous deux baignés par le même souffle d'air, tous deux respirant les mêmes voluptueuses exhalaisons qui s'élèvent des plantes, des gazons et de la végétation des arbres; si dans la séduction d'un pareil moment, leurs mains s'étaient rencontrées, leurs ree^ards s'étaient croisés; alors! ô alors! nulle puissance humaine , nul respect des lois divines ne les eût empêchés de se précipiter dans les bras l'un de l'autre ; de se dire : Je t'aime d'un amour que je porte en mon cœur , depuis les années de mon adolescence; j'ai beaucoup de chagrins à te raconter, et j'en ai beaucoup à consoler en ton àme; sais-tu tout ce que j'ai souffert
à vivre séparé de toi; sais-tu combien moa pauvre cœur a saigné pendant toutes ces années que nous avons perdues?
Le bel ange déchu, qui préside aux séductions , les agitait tous deux des mêmes émotions, leur apportait les mêmes paroles dangereuses et douces. Marie se sentait à peine vivre , elle éprouvait une oppression sous laquelle elle fléchissait sans résistance, et bien des fois elle s'était déjà avoué , d'abord avec effroi , puis avec une agitation qui n'était pas sans charme , que si Georges venait à paraître; que si Georges lui demandait tous les trésors d'amour de son cœur, toute sa vie, son dévoûjuent.; que s'il fallait pour lui obéir se vouer à une vie méprisée , descendre de l'estime où chacun la tenait, supporter les regards dédaigneux du monde; eh bien! que tout cela elle le ferait ; qu« tout ceU elk
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l'accepterait avec joie , pour quelque joufô de félicités près de lui.
Que me font à moi, pensait-elle, et les froides convenances d'un monde auquel je ne dois rien, car il ne m'a rien donné; que me font et le mépris et les regards dédaigneux d'une foule que je connais à peine ? Pourvu que lui , Georges , Georges que j'ai aimé quand je sortais à peine de l'enfance; que j'ai aimé malgré l'éloignement , malgré tout ce qui s'opposait k mon amour , ne me dédaigne, ni ne me méprise; pourvu qu'il ne me reproche jamais ce que j'aurai fait pour lui.
Marie jusqu'à ce jour si pieuse , si profondément religieuse , si saintement croyante, n'ose plus s'incliner devant son crucifix , elle n'ose plus s'interroger en présence de Dieu; elle sait sa culpabilité;
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mais un pouvoir plus fort que tons ceux dont elle a éprouvé l'empire, la gouverne, la domine, la conduit malgré elle, lui fait avoir des volontés, des consentements intérieurs qu'elle se reprochera plus tard. Marie s'est laissé enivrer aux passions d'ici-bas , elle a déserté le sanctuaire où s'épanche la ferveur de l'amour divin , pour suivre les sentiers de l'amour humain. Et cependant il ne vient pas un seul remords la troubler dans ces fêtes de son imagination, elle les étouffe tous, car elle aime, non pas de cet amour de salon que l'on prend et que l'on quitte au gré d'un caprice, mais de cet amour qui emplit toute une existence, qui en décide, qui pousse au crime ou aux grandes actions, suivant la destinée qui lui est faite ; de cet amour , qui se rencontre rarement dans notre société abâtardie.
C'est à de tels amours que Dieu réserve II. 16
les indulgences sans fin de son inépuisable bonté, lui seul connaît le secret des cœurs, et ceux qui ont vécu dans la culpabilité d'une faute, peuvent espérer leur pardon s'ils sont descendu dans leur erreur , par l'effet d'une passion véritable.