U8 MADEMOISELLE
nés, elle se sentait heureuse, d'un bonheur depuis longtemps perdu ; son cœur , pour la première fois depuis son mariage, éprouvait une sensation de bien-être qui résonnait en sa poitrine, comme une douce et délicieuse musique. Elle s'assit donc devant sa table , et prenant une petite feuille de papier, elle la couvrit de caractères à peine formés , tant elle se trouvait agitée d'une émotion pleine de félicités.
« Vous êtes bon , dix fois bon , cent fois » bon , mon cher tuteur , je ne vous remer- » cie pas, je ne vous exprime pas ma re- » connaissance, je ne puis rien dire, vous » m'avez rendue sotte au dernier point , en » me rendant heureuse; peut-être si je vous » vois demain pourrai-je mieux vous faire » comprendre ce qui est en moi. Ce soir, » je me tais , et je vais dormir d'un long et » bon sommeil , suivant votre ordonnance.
» Adieu , venez demain , vous verrez votre » pupille heureuse d'un bonheur qu'elle » vous doit.
» Marie. »
De toutes les nuits que Marie avait comptées dans sa jeune existence , celle-ci fut la plus douce, celle dont les rêves la bercèrent des illusions les plus riantes.