‹ Mademoiselle de Verdun; 2nd edChapitre 6 sur 27 · MO MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

MO MADEMOISELLE

La soirée se prolongea assez avant dans la nuit, les conversations s'animèrent, et la société se sépara en plusieurs groupes, qui, chacun, eurent leurs orateurs et leurs auditeurs plus ou moins nombreux , suivant les questions qui s'y trouvaient débattues.

Vainement , Marie , dans l'espoir de voir arriver le prince de Feinnes, tint constamment ses yeux fixés du côté de la porte d'entrée : vainement elle attendit avec inquiétude, comptant les minutes sur le cadran de la pendule , le prince de Tiennes ne parut point ; cependant il lui avait promis le matin même de ne point faire défaut à ce rendez-vous , qu'elle lui avait assigné. Enfin, deux heures et demie sonnèrent et comme il ne restait plus que trois ou quatre personnes dans les salons de la duchesse de Chalux , habitués ordinaires,

résumés indispensables des conversations de la soirée , elle se vit contrainte à partir, ne pouvant imaginer quelle cause avait retenu le prince de Tiennes, quelle affaire urgente l'avait fait manquer à sa promesse.

Toute la vivacité, toute l'animation dont elle avait fait preuve, pendant plusieurs heures, l'abandonnèrent une fois qu'elle fut remontée en voiture ; le trajet qu'elle eut à parcourir pour regagner son hôtel lui parut mortellement long; il lui passait par la tête mille idées extravagantes sur l'absence du prince de Fiennes.

Manquerait -il déjà, aux engagements qu'il avait pris, serait-il déjà fatigué de son rôle d'ami, de confident, de protecteur, elle ne pouvait le croire, et cependant elle n'osait se fier à la pensée contraire, elle n'osait s'affirmer à elle*même qu'une cir-

constance ordinaire, qu'un événement le plus simple et le plus naturel avaient seuls mis obstacle à sa présence dans les salons de la duchesse de Ghalux.

En arrivant à l'hôtel de Polvil, sa femme de chambre lui donna une lettre qui avait été apportée pour elle dans la soirée. A peine eut-elle fixé les yeux sur l'enveloppe qu'elle y reconnut l'écriture du prince de Tiennes ; alors , elle eut peur du contenu de ce billet , et sans oser l'ouvrir , elle le garda longtemps entre ses mains. Quand après s'être deshabillée elle se vit seule, elle rassembla son courage et brisa le cachet.

Son cœur battait violemment , elle tremblait d'avoir à apprendre quelque nouvelle complication fâcheuse de sa position. Son imagination frappée ne lui présentait autour

d'elle que des possibilités de malheur , il ne lui vint pas un seul instant en la pensée que quelque chose d'heureux pût lui être annoncé.

La lettre du prince de Tiennes, déployée et placée devant elle, lui paraissait un messager funeste, lui apportant quelque nouveau deuil dont son àme devait être flétrie. Enfin elle se décida à surmonter ses craintes et d'abord elle la parcourut rapidement, comme pour confirmer ou détruire à l'instant ses inquiétudes, puis d'un air plus calme, avec une physionomie presque joyeuse, elle la relut attentivement, s'arrêtant après chaque phrase, pour respirer la fraîcheur de la nuit dont sa poitiine oppressée avait besoin.

« Ma chère pupille , lui mand;iit le » prince de Tiennes, mepardonnerez-voiis? II. 8

)) m'absoudrez - vous ? me tiendrez - vous » quitte, avant toute explication , des repro* » ches que semble mériter mon inexacti- » tude de ce soir? Faut -il pour que vous )) me croyiez, que je vous dise, non, je » n'avais pas oublié ma promesse, et si vous » ne m'avez point rencontré chez la du- » chesse de Glialux, c'est que ^^o^re inté- » rêt m'appelait ailleurs.

» Vous m'avez excusé, j'en suis certain; » je n'ai donc point à réclamer votre indul- )) gence , mais trêve aux préambules , j'ai » à vous annoncer une bonne nouvelle , et » j'arrive au fait.

» J'ai vu ce soir le ministre de la guerre, » avec lequel je suis fort lié : je me suis » trouvé seul avec lui , pendant un assez » long espace de temps , et je n'ai point » laissé échapper celte occasion de lui re-

» commander îiotre ami. Je l'ai fait de M telle sorte , qu'une promesse positive de » le placer dans la garde , d'ici à peu de » jours, m'a été donnée, ainsi vous et moi » nous pouvons y compter , c'est comme » chose faite. Je vous ai dit que je me char- » geais de l'avenir de mon nouvel ami , et » je veillerai de près à son avancement.

» Vous et lui , ma chère pupille , je vous » considère comme mes deux enfants , j'i- » gnore ce que l'avenir enferme en ses se- » crêtes profondeurs, je n'ose même les » sonder , je ne veux pas que vous vous )) berciez de chimériques espérances; ce- » pendant les années futures peuvent vous » rejeter tous deux sur la même route;

» alors alors votre tuteur, made-

» moiselle Marie, veut que M. George » sot tout à fait et en tout digne de » vous.

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» Adieu, je me tais, car je déraisonne, » il m'a semblé que vous seriez heureuse » de ce qui arrivait d'heureux à notre ami; » je vous l'ai mandé sur-le-champ; remer- » ciez-nioi un peu et dormez ensuite )) beaucoup et d'un bon sommeil , votre tu- » teur vous l'ordonne, votre ami l'espère.

)) Prince de Fiennes. »

La lecture de ce billet agita Marie d'une émotion bien douce , cette preuve de l'amitié du prince de Fiennes le lui faisait connaître sous un jour encore plus favorable que celui sous lequel elle l'avait vu jusqu'alors.

Marie ne se sentait plus seule, isolée, destinée à vieillir d'une vieillesse malheureuse et ti isle , elle avait rencontré un ami véri(:il)!i' qui la comprenait et lui faisait

DE YEIVDUiX. \i1

rclrouver Jii tendresse d'un père dans ton atiection indulgente et désintéressée.

Cette perspective d'avenir qui Ini était offerte de quelque incertitude qu'elle pût paraître entourée, de quelque impossibilité qu'elle semblât revêtue; souleva dans l'àme de Marie un combat violent entre ses espérances et ses devoirs, il lui fallut tout l'empire d'une sincère dévotion , sur une àme vraiment chrétienne pour la chasser de son esprit.

Retrouver Georges c'était croire à la mort de M. de Baudrimont.

Elle s'en remit à la volonté de Dieu, lui demandant de ne pas la punir d'une pensée qu'elle se reprochait.

Avant de s'endormir, elle voulut répondre par quelques mot> uu prince de Fieii-

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