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gueux emportements d'une tendresse qui l'avait surprise de tant de révélations inattendues , Marie avait pour ainsi dire perdu la faculté de penser et de réfléchir; les jours s'écoulaient pour elle comme s'ils se fussent passés dans l'enivrement prolongé et oppres* sant d'un songe. En présence de cet amour de son mari , si exalté dans son expression, elle se reprochait de se sentir plus froide que lui, de ne point éprouver au même degré ces sensations hrûlantes qui semblaient le dévorer.
Quelquefois enson cœur se réveillait, comme un écho douloureux du passé, le souvenir du premier compagnon de sa vie, de Georges de Minville ; alors, malgré elle, tout ce passé s'éclairait de son expérience récente, elle comprenait que les sentiments confus qui s'étaient agités en son âme étaient les premières atteintes d'un amour vrai, profond, plein de dévouement et.de tendresse, que l'amour de son mari ne pouvait exciter en elle.
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€e souvenir restait pour cette nouvelle épouse un regret et un remords ; elie pleurait le bonheur perdu, dont elle entrevoyait actuellement tout le charme ; puis , par un religieux sentiment de ses devoirs, elle imposait silence à ses plaintes et à ses regrets, et tâchait de réchauffer les tendresses de son cœur à Taffection que lui montrait son mari.
Pour étovffer en elle les pensées qu'elle sentait s*y élever comme de puissantes séduc* tioûs, elle faisait taire les répugnances que, naïve jeune femme, elle éprouvait encore à se livrer aux voluptueux désirs de Charles de Baudrimont ; dans sa volonté vertueuse de demeurer fidèle à la foi qu'elle avait jurée devant Faute], elle forçait son cœur à plus de tendresse expressive, elle cherchait à prêter à ses sens des voluptés qu'ils ne ressentaient pas.
Marie de Verdun croyait à l'amour vrai, à l'amour passionné de son mari : aussi s'accusait-elle de froideur; et, moitié par volonté
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cTaccompiir ses devoirs, moitié par entraînement, finit-elle par éprouver pour lui une sorte d'attachement doux et tendre, qu'elle espéra devoir se changer en amour véritable»
Le jour oiî elle se rendit compte de cette transformation, le jour ou elle crut voir poin-^ dre Faurore de ce qu'elle prit pour un amour naissant, son cœur éprouva ude joie chré^ tienne et un regret coupable qui se combattirent dans son esprit.
Mais les heures de l'illusion s'enfuyaient rapidement ; mais cette grande lune de miel qu'elle avait subie s'abaissait peu à peu vers l'horixon, et les véritables sentiments, le caractère positif dé Charles de Baudrimont, allaient bientôt se montrer tels qu'ils étaient en effet.
Comme il Pavait prévu, la satiété rempla* çait promptement en lui les instincts sensuels que la possession d'une femme jeune et bell<» avait fait naître ; l'ennui gagnait cette àme, morte aux jouissances morales, énervée par
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l'excitation de toute une vie de plaisirs grossiers, de satisfactions physiques.
Déjà, dans leurs promenades, il ne trouvait plus un mot à adresser à sa jeune compagne; il ne sut même pas lui cacher ce que le téteà-téte, qu'il avait paru tant souhaiter, commençait à avoir de pénible et de mortel pour lui« La douceur de Marie lui paraissait d'une fatigante monotonie : des paroles brusques sortaient de sa bouche. Enfin, il en était arrivé à ce point , qu'il eût rompu avec la pauvre Marie de Verdun, qu'il l'eût chassée, repoussée loin de lui comme un vase dont tous les parfums se sont évaporés, si, au lieu d'être sa femme, elle n'eût été que sa maitresse.
Il lui tardait de revenir vers Paris, d'essayer l'indépendance de sa nouvelle position, de jouir de la fortune qu'il venait d'acquérir par son mariage au milieu de ses anciens compagnons de jeunesse, parmi la noble élite des roués, dont il entrevoyait les folles joies
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comme les seules vérités heureuses de l'existence.
<( Mon cher ami, mandait-ii au marquis >» deVareuil, enfin, grâce à Dieu, je suis guéri » des fadeurs de la lune de miel, la vertu des » mœurs patriarchales ne me va pas du tout. » Madame de Baudrimont est une charmante » et bonne petite femme.; mais que veux-tu, }> elle est trop charmante et trop, bonne, tou- » jours de la même façon ; elle a une douceur » affadissante, une volonté trop souple aux » désirs de la mienne, un amour trop ponc- » tuel.... Enfin, mon cher, elle a trop de qua- » lités pour moi; ma -vie, depuis deux mois, » ressemble à ces belles allées droites du parc » de ton grand-père, uniformes depuis le pre- )» mier arbre jusqu'au dernier, ràtissées et M peignées de telle façon, que les petits cail- » loux de leur sable se trouvent alignés comme » des soldats d'infanterie.
» Tu dois comprendre l'ennui dont est acca-
S9S tVIf« DB MIEL.
» blé ton amiiafortuaé, plaina-ie ; cepeodaBt, Il ne t'afflige pas trop, dans peu de jours j'es- » père être près de toi et secouer les pleureu- » ses de mon mariage comme un autre secouei> raît tes {heureuses de son veuvage. Madame » de Baudrimont et moi nous occuperons l*b6- » tel du marquis de Polvil, notre cher oi^ » de, et comme il me réclame sa chère nièce » dans chacune des lettres qu!il nous écrit, je i> compte beaucoup sur son égoïsme de vieux » garçon pour accaparer ma femme aussitM » que nous serons arrivés..
H J*ai cru un moment que je me laisserais )» charmer et conquérir par les grâces enfan- 1» tines et Tignorance pudique de madame de » Eaudrimont ; je me voyais transformé ea » bûn mari, cousu pour jamais aux robes de » sa femme ; enfin, j'étais au moment de me » rayer de la liste des viveurs. Quinze jours » se sont passés, et comme j'avais beau m'io- )> génier, je me trouvais toujours en face deê )» mêmes grâces enfantines, de la même igno-
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» rance pudique; le charme s*est rompu, je » suis ressuscité pour le monde. Une femme, » mon cher ami, est un livre que Ton sait » bientôt par cœur, et pourquoi donc ont été » inventées les bibliothèques? Adieu, dans » peu de jours nous causerons de tout cela et n nous arrangerons notre vie future. »
Marie s'étonna d'abord profondément du changement survenu dans les manières de M. de Baudrimont, elle chercha si ce n'était point à elle que devait être attribuée la froi> deur avec laquelle il la traitait depuis quelques jours ; elle se soumit à un examen de conscience long et minutieux, et ne pouvant découvrir la cause de ce subit changement, elle étudia avec plus d'attention le caractère de rhomme qui lui avait été donné pour époux.
Peu à peu elle lut dans son cœur , elle le sonda avec une inquiétude pleine d'angoisses, rejeta vingt fois la sonde plus avant, dans l'espoir toujours déçu que chaque expérience
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nouvelle viendrait détruire les expériences antérieures. Quand la vérité s'offrit enfin à ses yeux, imposante, irréfragable et cruelle, elle voulut douter encore ; mais le doute n'était plus possible ; alors son cœur se serra et connut les tortures, amères qui vieillissent en peu de mois les existences les plus jeunes.
Marie comprit avec une sorte de honte qu'elle n'avait été qu'une distraction de plus parmi toutes les distractions du vicomte de Baudrimont, elle rougit jusqu'au fond de l'àme des preuves de tendresse qu'elle avait prodiguées à l'ignoble amour de son mari, et dans l'amertume de ses pensées elle se dit :
<( Mon Dieu , il m'a considérée comme une » femme de mauvaise vie et non comme la » compagne de sa vie. »
La révolution qui s'opéra dans ses idées fut une des plus cruelles déceptions de sa vie; pour la première fois peut-être elle crut au mal, et elle creusa son infortune de tout le pouvoir de son imagination , elle se complut
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à se détailler une à une toutes les misères de la situation qui lui était fai|e , et du fond de sa poitrine sortit un cri d'angoisses, une prière ardente à Dieu pour lui demander le secours de sa force dans les épreuves qui lui seraient destinées.
Car, dès qu'elle eut reconnu que Fs^ection qu'elle portait à Georges de Minyille était un amour inavoué dont la puissance se révéla en même temps à son cœur, elle conçut qu'il lui faudrait se faire un rempart contre cette passion, de Famour de son mari; elle comprit qu'il faudrait aussi qu'elle s'imposât à ellemême la réciprocité de cet amour conjugal, pour opposer une barrière au penchant vers lequel elle ne se sentait que trop entraînée.
Qui donc la défendra maintenant, si Georges vient à se renconti^er en son chemin; qui la sauvera, quel lien sera assez fort pour l'enchaîner?
La tendresse de son mari s'est éteinte avant que la sienne soit née complètement; cet
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amour des sens, qu'il lui a prodigue pendant les heures fugitiyes de leur lune de miel, a passé comme ces yents d'orage brûlants et desséchants, qui fanent de leurs haleines les verts ombrages des bois, les brillantes fleurs des parterres.
Un homme a dénoué sa ceinture virginale, a éparpillé les fleurs de sa blanche couronne, et cet homme n'avait que des désirs , et cet homme ne considérait dans le mariage qu'une débauche d'un attrait plus piquant , qu'une sorte de viol sous la protection de la loi.
Et les désirs de cet homme rassasiés , il a laissé son nom à la femme que le mariage avait mise en son pouvoir; mais son affection, mais la protection sainte de sa tendresse, mais la surveillance d'une honorable jalousie, cette femme n'a rien trouvé qui pût lui servir de bouclier dans les combats que le monde lui réservait.
Abandonnée de tout intérêt humain, sans amie, réduite à elle-même comme un pauvre
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naufragé*sur une côte'déserte, elle a levé son regard vers le ciel, et , dans Tardeur de sa foi, elle a dit, en versant des pleurs et parmi les sanglots que sa poitrine ne pouvait plus contenir :
u Notre père, qui êtes aux cieux, ne nous i> induisez pas à la tentation. »
^tnitK.
Qu'un ami Writable est une douce cho«c, H cherche tm besoins au fond de votre coeur ; Il TOUS épargne la pudeur De les lui découvrir vous-même :
Un songe, un rien, tout lui fait pntr, Quand il s'agit de ce qu'il aime.
La FOITTAIIIB.
Depuis trois mois la jeune comtesse de Baudrimont était de retour à Paris, elle avait repris sa vie presque solitaire dans Th^tel de son oncle; la cour n'était point encore revenue de Saint-Cloud, et le marquis de Polvil partageait son temps entre la résidence d'été et son habitation de Paris.
Ces voyages continuels , ces déplacements à intervalles si ra^^rochés, l'empêchèrent de
s'apercevoir du froid qui régnait dans le nouveau ménage; d'ailleurs les apparences, cette première des vertus, que le monde exige avant toutes les autres, étaient encore conservées, il n'y avait point de malheur patent, de plaie flagrante, tout était donc pour le mieux aux yeux de la société qui, ne voulant juger que l'extérieur, ne s'occupe des vices, pour les blâmer, que lorsqu'ils sont parvenus à l'état d'éruption cutanée •
Le vicomte de Baudrimont rencontrait sa femme aux heures des repas, et quelquefois au bois de Boulogne , quand il leur arrivait de se croiser dans leur promenade. Cependant, malgré tout ce froid, malgré cette séparation volontaire , il avait repris eb lui parlant , et dans toute sa conduite envers elle, un tonde bonne compagnie, une affabilité de manières, une égalité d'humeur, qui ressemblaient presque à de l'affection intime, qui singeaient au premier moment les soins les plus attentifs.
Avec une apparence de générosité et [de
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noble confiance, il avait expliqué à la pauvre Marie de Verdun, dont le cœur s'était ouvert à la défiance et à l'observation, qu'il prétendait lui laisser liberté entière dans, sa conduite, dans sa manière de vivre et dans l'emploi de son temps.
— Ma chère Marie, lui avait-il dit un matin qu'il la suivit dans son boudoir après le déjeûner, ma chère Marie, un mariage n'est ni une liaison passagère ni le résultat d'une folle passion, craintive parce qu'elle a été imprévoyante; le mariage doit être considéré plus sérieusement et plus largement, il peut être le bonheur de la vie, il peut en être le malheur, suivant la manière dont on le conçoit.
En vous épousant , Marie , j'ai remis à la garde de votre loyauté mon honneur, et la tranquillité de mon intérieur, et la paix de nies jours. Vous êtes maîtresse de tout conserver ou de tout détruire, mais je ne comprendrais jamais , ni la surveillance , ni les inquiètes jalousies, ni l'inquisition, dont trop
de gens se font des auxiliaires matrimoniaux toujours inutiles; je vous laisse libre, entièrement libre, me confiant à vous, à votre délicatesse, aimant mieux être trompé, si, ce que je ne crois pas , cela devait arriver; aimaut mieux, dis-je, être trompé dans ma confiance que de vous flétrir chaque jour par une défiance dont vous pourriez avoir le droit d*étre blessée; ne me répondez rien, ma chère Marie, j*ai voulu que ceci fût entendu entre nous; réfléchissez-y, et je vous laisse.
En finissant ces mots, le vicomte de Baudrimont serra la main de sa femme, écarta les bandeaux de cheveux qui couvraient son front, Tembrassa, et sortit très-content de son discours et de Teffet qu*il pensait avoir produit.
Mais toute cette phraséologie , si bien ar^ rangée pdur Feffet qti'il avait médité , laissa la jeune femme, à laquelle elle était adressée, dans un état de froideur et de calme plein d*amertume, qu*il n*aurait certes pas attendu de sa part.
Marie avait lu jusqu'au fond du cœur de son époux, elle y avait surpris le secret de sapen* sée, la cause de sa générosité, de son orgueilleuse conGance, et une sorte de mépris dou-» loureux s'était emparé de son àme.
En apportant cette charte d'une prétendue liberté, le vicomte de Baudrimont disait clairement : Cette liberté que je vous offre , c'est mon émancipation que je réclame, c'est l'indépendance complète de tous liens que j'établis à mon profit. C'est une manière détournée de prononcer : Je ne vous aime plus, et je reprends l'amour de mon cœur, si toutefois il vous fut jamais confié.
- Car, le jour où la jalousie disparait de lamour, c'en est fait de cette passion, elle parcourt à grands pas l'échelle de la décroissance. Le jour oii la jalousie disparaît d'une passion, d'un sentiment humain, cette passion, ce sentiment, sont morts, leur froid cadavre survit seul.
Ainsi donc Marie voyait disparaître autour 1 36
d*elle toutes les protections dont elle sentait le besoin impérieux; à peine à l'aurore de sa vie de femme, elle se voyait abandonnée à elle-même, elle se trouvait réduite à ses propres forces de résistance contre les secrètes passions qui bruissaient au fond de son coeur, qui s'agitaient en son Âme, souvenirs du passé, menaces de l'avenir. Replongée dans la solitude de ses impressions, elle ne percevait de toute cette agitation que lui avait apportée son mariage que la misère d'un lien dénué d'appui moral, dépouillé du charme d'une intimité qui lui aurait prêté la force des douces habitudes d'un amour auquel elle aurait voulu s'essayer.
Vertueuse par la volonté, Marie cherchait en vain à se raffermir contre les tentations , que chaque pas de sa carrière tendait à rendre plus dangereuses ; elle entendait avec effroi monter vers elle les enivrements d'une passion coupable, à laquelle seule il manquait en cet instant la voix des aveux, et dans ses
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pudiques 'appréhensions elle se demandait compte de ce qui lui resterait de force le jour 011 cette voix, dont elle écoutait malgré elle les murmures lointains, viendrait jeter en son oreille les mots redoutés d*amour et de bonheur.
Se dévouer à un sentiment que Ton fait éprouver, quelque peu partagé qu'il soit, lui paraissait un martyre possible; mais se dévouer à ce qui n'existait pas, sacrifier les plus ineffables jouissances de sa vie à l'égoïsme froid et calculé de FindijSerence, était une tâche non*«eulement au-dessus de son pouvoir, mais encore, elle le craignait, au-dessus de sa constante volonté.
Parmi le petit nombre d'hommes que leur position et leur considération personnelle avaient fait admettre chez la vicomtesse de Baudrimont, celui de tous dont elle préférait la conversation et la société habituelle, était le prince de Fiennes.
Ce n'était plus un jeune homme, et ce n'c-
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tait pas un vieillard; en acquérant la raison de rage vûAr et celle de l'expérience des choses et des hommes, il avait su conserver cette générosité, cette verdeur de sensations qui n'appartiennent ordinairement qu'à la jeu* nesse : la maturité de son jugement, l'intel* ligence spirituelle de sa conversation, la profonde prohité de sa vie politique , le rang élevé qu'il occupait dans le monde, l'avaient revêtu d'une autorité non contestée sur la société du faubourg Saint-Oermain. Son approbation ou son improbation étaient comptées pour beaucoup ; et, quoiqu'il fût d'une bonté parfaite, personne n'aurait voulu se trouver sur quoi que ce soit en désaccord avec lui.
Doué d'un esprit fin et profondément observateur, il avait deviné, en perçant la menteuse enveloppe des apparences, quelle devait être la suite inévitable du mariage de Marie de Verdun. Le vicomte de Baudrimont lui était connu depuis longtemps, et, quelque masque de sagesse qu'il eût revêtu depuis
deux ans, le prince de Fîennes nWait pas été dupe de cette comédie, dont le but était enfin atteint.
Pendant ses premîèfes visites chez la vicomtesse de Baudrimont, le prince de Fiennes étudia dans les moindres détails le caractère de cette jeune mariée ; il voulut connaître l'étendue de son esprit, la portée de son intel* ligence j il chercha aussi à sonder ce que son cœur enfermait de vertus et de qualités; puis, quand cet examen moral fut terminé , il se sentit pris d'une grande compassion pour les destinées d'une femme si jeune, lancée sur la voie du malheur.
La voyant dénuée de tout soutien, privée de cet entourage consolateur , d'une famille qui sât compatir à ses peines , aux secrètes misères de son àme, en leur prodiguant le baume adoucissant des amitiés sincères, des cordiales sympathies ; le prince de Fiennes éprouva pour elle un mélange d'intérêt paternel et d'affection sainte, qui l'enchaînèrent 1 ' 26.
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pour ainsi dire à la destinée de cette femme abandonnée qu'il voulut adopter comme un enfant malheureux.
Sans qu'aucun mot de confidences eût été échangé entre Marie et le prince de Fiennes , tous deux avaient senti qu'ils se comprenaient, et que lorsque l'occasion se présenterait, qii'av moment oii un premier malheur viendrait les mettre à l'épreuve , ils ne manqueraient ni l'un ni l'autre à ce qu'ils étaient en droit d'atr tendre de leurs espérances.
Par un sentiment de délicatesse, jamais le prince de Fiennes n'avait interrogé Marie de Verdun sur ses jeunes années ; jamais il n'avait cherché à pénétrer les mystères que le passé pouvait contenir ; il ne voulait rien devoir d'une coîifiance à laquelle il espérait parvenir 9 ni à l'indiscrétion , ni aux ruses d'une curiosité peu généreuse.
Presque tous les jours, il se rendait à l'b^tel de Polvil et ses visites finirent par être une habitude agréable dont Marie ressentit l'heu-
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reuse influence, sa solitude se trouva peuplée; il lui sembla qu'une force bienfaisante et auxiliaire lui arrivait ; qu'enfin elle trouvait toute une famille dans cette affection imprévue.
Le caractère du prince de Fiennes était tellement connu, la loyauté de sa conduite était pour ainsi dire tellement proverbiale, qu'il ne vint dans la pensée de personne qu'une liaison plus intime qu'une simple amitié existât entre lui et la vicomtesse de Baudrimont*
11 ne compromettrait point ainsi à plaisir , par une assiduité vraiment extraordinaire, la femme qu'il aimerait; disaient les langues les plus habituées à la médisance.
Le comte de Balandry, seul au milieu de ce silence de la calomnie, ne voulut pas paraître croire à une liaison sans criminalité ; chaque fois qu'il était question devant lui, soit du prince de Fiennes, soit de la vicomtesse de Baudrimont, il jetait en manière de plaisanterie, à travers ta conversation, le sarcasme d'un doute sur la nature de leurs relations.
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Un soir , chez la duchesse de Chalux , le prince de Tiennes se ût annoncer au milieu d'une causerie de femmes, à laquelle M. de Balandry prenait part.
— Venez donc, dit ce dernier au prince de Fiennes, rassurer ces dames sur la charmante vicomtesse de Baudrimont. Depuis huit jours qu'elle n'a paru dans le monde, on commence à se demander si elle est morte, enlevée ou disparue; vous, prince, qui seul la voyez, l'accaparez, pouvez nous rassurer complètement.
Le prince de Fiennes comprit la mauvaise intention qui avait dicté les paroles de M. de Balandry, et il comprit aussi qu'il fallait, es cet instant même , tuer pour toujours la médisance et les sots propos dont il entrevoyait les premières attaques.
— Je quitte à l'instant madame de Baudrimont, répondit -il avec un admirahle éAngfroid et une nohle aisance , elle est un peu enrhumée et craint de sortir ; mais elle n'a nullement l'envie de mourir, veut tout aussi
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peu disparaître , et j'ignore qui serait assez hardiment fat pour compter sur le succès d'un enlèvement. Quant à cette accusation d'accaparement que me fait subir M. de Balandry, je désirerais pouvoir l'accepter, car, je l'aroiierai, j'aime beaucoup madame de Baudrimont , mais elle n'est pas de ces femmes que l'on acca|>are, quelque bonne envie que Ton en ait,
— N'êtes -vous pas dans son intimité la. plus :•«..
M. de Balandry eut l'air de chercher Tépithète convenable ; alors le prince de Fien*^ nés se tourna de son côté , et , le regardant en face ,' il ajouta toujours sur le même ton calme, quoique l'impertinente importunité de M. de Balandry l'eût vivement contrarié :
— Je suis, je l'espère, l'un de ses dévoués amis , monsieur de Balandry , et je tiens ce titre à grand honneur . Madame de Baudrimont a en elle tout ce qu'il faut pour acquérir les meilleures amitiés , comme elle a éga-
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lement tout ce qui interdit la plus légère
pensée d'une intimité plus Quelle épi-
thète avez-Yous trouvée, monsieur?
M. de Balandry tourna la conrersationetla difficulté avec son adresse ordinaire ; mais s'il se promit de ne plus s'attaquer hautement à la vicomtesse de Baudrimont, que Famitié du prince de Fiennes couvrait d'une protection devant laquelle le monde devait sentir fléchir et reculer la légèreté de ses jugements ; il prit cependant avec lui-même l'engagement de suivre avec attention la destinée de cette nouvelle habitante du grand monde, et de découvrir tôt ou tard le défaut de son armure.
Patience, se dit-il , si le moment n'est pas encore venu , c'est que Satanas ne s'est pas encore présenté; mais il est quelque part tout proche d'elle , et il viendra , car toute femme a son jour de séduction, et...... combien en trouvons-nous qui résistent?
FIIT DU TOm PREHIBK.
DU TOHE PREMIER.
Introduction. .* Pag. v