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salon des Étrangers et Frascati les jours de débauche complète?
— Tu n'y es plus du tout, mon cher, mais pas le moins du monde; nous avons abandonné les tripots, nous avons des cercles, des clubs; là du moins nous nous assassinant en bonne compagnie, les pertes y sont plus considérables qu'au tripot ; pour faire preuve de bon goût, il faut y laisser, une fois au moins, sa fortune.
— Diable ! c^ci est d'une civilisation bien avancée.
— Oh ! ce n'est rien encore, reprit Gharies de Baùdrimont, l'art de dépenser son argent a été perfectionné depuis ton départ plus que tu ne pourrais te l'imaginer •
— Comment cela? entretenez-vous tout un sérail, et empruntez-vous à mille pour cent?
— Tu n'y es pas, mon cher, nou? parions sur tout actuellement, paris de course, paris de marche, paris d'inunobilité, enfin il n'est rien dans la vie qui ne paisse fournir et qui
ne fournisse matière à paris ; puis vient le grand art du contre-paris , c'est-à-dire Vart d'arranger ses paris de telle sorte, de les balancer et contre-balancer de telle façon, que le gain seul soit possible ; nous sommes dé vrais agents de change, nous connaissons le secret au moyen duquel se font les hausses et les baisses ; je t'apprendrai tout cela.
— Tu me racontes des choses merveilleuses, mon pauvre Charles, vous vous êtes vraiment perfectionné ; quant à moi, je sais tout sinq>lement perdre mon argent au creps ou au trente et quarante,
— Stupide garçon, sais-tu combien la banque a de chances contre toi ?
— Et mon Dieu, vingt contre une, si tu veux ; mais nous avons , nous autres joueurs superstitieux, la chance d'un hasard heureu3f.
— Tu me fais de la peine, Yareuil, tu ne comprends pas le mouvement qui s'est opéré en ton absence. Nous ne jouons plus que des
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jeux de commerce, c'est plus moral, c'est bien meilleure compagnie ; seulement il ne faut les jouer que lorsque Ton est parvenu à une certaine force, ce jour-là on peut pour* ainsi dire louer sa manière de jouer à tant par an, c'est un revenu fixe.
— Votre amélioration ne me plaît guère, intrépides viveurs que vous êtes; j'aime mieux être ruiné par l'entrepreneur des boues de Paris que par un de mes amis.
— Tu as des préjugés, mon cher, cela tient à ce que tu as été pendant très-longtemps en dehors du tourbillon civilisateur; mais écoute» moi, et je vais te parler raison.
Dans peu de jours je serai marié , j'aurai alors ce que le monde nomme une position, un rang, des devoirs; pour cette position, pour ce rang , pour ces devoirs , je me dois du respect à moi-même, je me dois une con* sidération que je pouvais négliger quand je n'étais que jeune homme. Je dois encore des égards à ma femme ; tu vois, mon cher Va-
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reuil, combien je suis pénétré du nombre et de rimportance de mes devoirs.
Donc le salon des étrangers ne doit plus me compter parmi ses habitués : il me devient interdit ainsi qu*à un caissier de maison de banque ; mais comme je suis fort de Favis de M. Azaïs, et que je goûte infiniment son système des compensations, le club, sublime invention moderne, m'ouvre ses salons ; le creps se change en whist, le trente et quarante en partie de piquet ; la morale n'est plus outragée, le scandale disparait , et tout est pour le mieux dans la meilleure compagnie de la meilleure ville du meilleur des mondes.
— Puisque tout est pour le mieux dans le meillenr des mondes, répondit le marquis de Vareuil , j'espère que nous allons revoir les petits soupers, les Petites maisons^ et toutes les autres menues galanteries, dont je regrette fort la désuétude , s'il faut te parler vrai.
— Nous avons mieux que cela ; nous avons
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les intrignei-paêaioHê y et pour petite maison toute la société.
— Mauvais sujet*
— A quelques exceptions près, si tu yeux ; ne chicane pas sur les mots.
— Soit, je ne te nomni«[*ai pas mauvais sujet; aimes-tu mieux que je Rappelle fat?
— Peut-être.
— Et pourquoi, s'il vous plaît, monsieur le futur mari , préférez-vous la qualification de fat à celle de mauvais sujet?
— Pourquoi? mon cher Vareuil. L'une est une arme, Fautre frise de près la flétrissure. Allons, descends avec moi, tu as ton cabriolet, tu me jetteras chez la future vicomtesse de Baudrimont, que je cherche à dégeler ^pas toute Famabilité de ma conversation; puis trouve -tgi ce soir à TOpéra, nous souperons ensemble et nous bmrcms à ma prochaine réforme.
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Mais si ta ne croU plus en cet amonr, s'il ne te donne plos le bonheur qn'U te donnait autrefois; s'il n'est plus ta consolation et ton esp^rance; si, an lien d'y trouver la félicita et le repos, tu n'y trouves plus que craintes, inquiétudes et douleurs, 6 alors la mission est manqnëe, son but manqua aussi, et il n'y a plus pour DM>i de bonbeur possible.
Aussitôt après la célébration de leur mariage, le vicomte de Baudrimont et Marie de Verdun partirent pour le château de Logeré, charmante habitation qu'ils possédaient sur les bords de la Loire.
Pendant près de deux mois ils furent absents , et cette absence fut trouvée de bon goût et de bonne compagnie.
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L'attrait d*un attachement pur, Famour virginal dont il s'emparait dans le coeur de sa jeune femme, toutes les séductions d*une naïve ignorance confiée à sa garde, remise aux caprices de ses volontés de roué , retinrent le vicomte de Baudrimont au château de Logeré plus longtemps qu'il ne l'avait d'abord^pensé. Incapable de considérer dans le mariage un lien plus auguste et plus saint que les liaisons passagères entre lesquelles sa vie avait été partagée , il s'occupa peu de découvrir les qualités morales de Marie de Verdun ; il ne chercha nullement à éveiller en elle une de ces profondes sympathies sur lesquelles sont fondées les affections profondes et indissolubles. En un mot, il ne s'adressa point au ooenr, mais il s'adressa aux sens.
Il sollicita de la jeune fille , que l'on avait jetée en voiture à ses c6tés comme un ballot de son bagage de voyageur, toutes les puissantes voluptés que Famour le plus grand ou le libertinage le plus raffiné peuvent scnl^
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comprendre. Il ne les sollicita point par les semblants d'une passion qu'il n'éprouvait pas, par un amour dont il ne voulait point enchalner ses jours à venir.
Il s'empara de sa femme, de Tinnocente créature qu^aucun souffle des passions du monde n'avait encjore terni, comme il laurailT pu prendre possession d'une danseuse d'opéra, marchandée, payée et livrée. Et l'espèce d'effroi, le sentiment répulsif que la re^ vendioation de ses droits de mari inspirèrent d'abord à Marie de Verdun, furent autant d'aiguillons puissants, d'excitations ardentes, qu'il compta comme de réels bonheurs.
Il voulait tenir la promesse qu*il avait faite à son ami de Yareuil , il voulait se libérer à jamais, se dégager, par la satiété, de la pos* sibilité de séductions futures. Pendant deux mois il s'enivra des épuisantes voluptés de l'amour physique.
Pendant deux mois il se rassasia de Fat^ trait d'une nouveauté dont il ne voulait pas 1 24.
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comprendre Timportance pour son avenir.
Le séjour que les deux époux firent au château de Logeré eut lieu pendant les beaux jours du printemps et les premières semaines de Tété ; une chaleur accablante régna pour ainsi dire sans interruption; aucun souffle d*air ne remuait les branches et les feuilles des arbres, tant que le soleil demeurait sur rhorizon ; mais le soir venu, une brise rafraîchissante se levait et portait avec ses tièdes haleines une sorte d'agitation voluptueuse dans les veines.
Chaque soir Charles de Baudrimont et Marie faisaient dans le parc du château de longues promenades, et quelquefois ils les prolongeaient en se confiant , sur la Loire , aux voiles d*une légère embarcation. Puis ils rentraient de bonne heure, ne recevaient personne, ne faisaient aucune visite et se cIqItraient loin de toute curiosité, dans la mystérieuse solitude de leur chambre nuptiale.
Agitée et tout à la fois abattue par ces fou-