Voyage pittoresque dans Paris
se trouve la reine ! Ses appartements privés sont d'un goût délicieux d'ameublement. L'ébéniste Cressent a travaillé les commodes, les secrétaires, les bonheurs-du-jour ; Pierre Germain a fourni les objets d'orfèvrerie, dont une toilette d'argent; le clavecin, avec ses peintures sur fond d'or, a été commandé à Ruckers. Lazare Duvaux a réuni les objets de Chine qui apportent, au milieu de ces élégances françaises, la note exotique. Le cabinet en niche, blanc avec motifs peints au vernis Martin; le boudoir, argent et rose, avec plafond en glaces; la chambre à coucher avec son lit — cet autel — en bois sculpté et doré, au dossier représentant des amours, surmonté d'un dôme et posé sur une marche; les salons à l'orientale (car la turquerie est fort à la mode), et, dans le dernier goût de l'époque, la salle de bains en marbre, à l'antique, qui forment dans l'hôtel le domaine de M"'' Beauménard, semblent à peine assez beaux à Daugny pour son idole. Les bijoux, diamants, pierreries, bracelets, colliers, boîtes d'or, émaillées, tablettes, s'amoncellent dans les écrins. Quand la reine de ce somptueux logis veut sortir, c'est dans un magnifique carrosse à sept glaces.
De ce luxe vraiment princier, elle se grise quelque temps; elle prend de grands airs; elle !a même des pudeurs imprévues. Ainsi se scan- ,dalise-t-elle du manque de tenue de M"^ Hus, sa camarade, celle-là qui, plus tard, sera riiéroïne ifort décontenancée de l'aventure si joliment 'contée par Diderot. M"" Hus n'est-elle pas resiée enfermée, trois heures durant, dans sa loge, avec M. de La Yaupallière? M'^*^ Beauménard s'indigne, et s'écrie « qu'on peut être p.. . à la Comédie-Française, mais pas tant qu'elle*. » La petite Hus, fort effrontée, riposte vivement, et a, à la vérité, de quoi riposter. La querelle s'envenime. M"<^Heauménard interdità M'" Hus de lui parler, désormais, défense qui ne provoque que des moqueries. H faut, au foyer, séparer les deux actrices.
L'insolence qu'a prise M"*" Beauménard, avec le train que Daugny lui permet de mener, lui vaut d'ailleurs, à ce moment, des épigrammes assez âpres. H ne faut pas d'ailleurs s'étonner du trait final d'un couplet fait sur elle : c'est, alors, une accusation communément lancée contre toute femme qui a la faveur de la mode.