‹ Mademoiselle GogoChapitre 12 sur 47 · Arc h. de la Bastille. Rapports de Meunier · texte numérisé non relu

Arc h. de la Bastille. Rapports de Meunier

La façon dont avait tourné cette entreprise rendit Daugny plus prudent vis-à-vis de M. de la Bauche, mais, son irritation croissant contre JVr'° Coupée, il organisa contre elle un assez misérable guet-apens, quelques jours plus tard. On n'a pas de détails précis sur cette seconde attaque. On sait seulement qu'il s'agissait de dépouiller entièrement la jeune femme de ses vêtements, sans qu'il lui fût fait plus de mal, pendant que, elle aussi, elle revenait de Versailles. Il y a quelque obscurité dans cette affaire, sur laquelle on n'a que les traces sommaires d'un interrogatoire au corps de garde de la barrière de la Conférence.

La fantaisie prit à Daugny de guerluchonner, à son tour, lui qui avait été tant dupé. M'"" de Lair, maîtresse du marquis de Castremontès, lui voulut bien donner l'illusion de jouer ce rôle d'amant préféré, qui ne dut guère lui coûter moins cher que celui d'entreteneur. Il s'imaginait prendre une revanche. Mais M'^*^ de Lair, qu'on représente d'ailleurs dans les rapports des inspecteurs de police comme une fort méchante créature, lui accordait bien peu de tendresse, pour un amant de cœur, et Daugny hnil par douter d'un bonheur si peu évident. . Il

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n'était pas fait, docidcment, pour jouer les guerluchons.

Au moment où il rencontra M^'^ Beauménard et s'engoua d'elle, il était engagé dans une liaison avec une aventurière, M™'' Varnier, qui se donnait comme la femme d'un président au Parlement de Grenoble. M°^^ Yarnier ne se faisait pas faute, d'ailleurs, de recevoir à son insu M. de Colignon, major du régiment de la Couronne-infanterie, ou d'avoir des bontés pour M. de Montmorin, gouverneur de Fontainebleau, de sorte que Daugny avait beau changer de maîtresse, ce qui ne changeait pas, c'était l'obstination de celles-ci à n'avoir aucun souci du pacte conclu. Pour M"*^ IJeauménard, le fermier général Danguy retrouvait des feux tout neufs et aussi des illusions toutes neuves. ]\|me Varnier fut congédiée en hâte avec un présent de dix mille écus.

Tel était l'homme qui se flattait, disposé à tous les sacrifices pour plaire, de retenir un cœur volage qu'il devait être bien difficile d'emprisonner, fût-ce dans la prison la plus dorée.

Une période de faste. C'est une aile de Tliôtel môme de Daugny, dans la partie de la rue Grange-Batelière qui est devenue la rue Drouol, qu'habite M"' Beauménard*. Cet hôtel, construit sur les terrains achetés à M. de Laborde, par

1. Cet hôtel portera, d'après le premier sjstème de numérotage, le no 498 de la rue Grange-Batelière. Danguy l'habitera encore en l'789. Une partie de la mairie delà rue Dronot se rattache à ce qui en reste. Il y a eu souvent cou fusion entre, trois hôtels distincts, celui de Daugny, celui du comte de Mercy-Argenteau et l'hôtel situé en face de celui de Daugny, qui servit un moment au ministère de la Guerre. La présence de Daugny, qui possède un cabinet d'histoire naturelle renommé (la dernière passion que lui permette son âge!), est constatée par Y Almanach de Paris, chez les Clapart, 1789.

Tarchitecte Brizeux, est parfaitement magnifique. On y accède par une large avenue et sa façade présente un bel aspect, imposant plus que gracieux, d'abord, mais d'une remarquable pureté de lignes. Cet hôtel fait ligure de palais. Mais ce sont l'aimable et le charmant qui ont présidé à sa décoration intérieure, et on peut l'imaginer, cette décoration, par les noms des maîtres qui y ont contribué. On a leurs noms' : ce sont Boucher, Vanloo, Eisen, Le Lorrain, Huilliot, le sculpteur Pineau. Tous les raffinements de l'art ont été réunis. L'agrément particulier de cette demeure, dont les jardins s'étendent jusqu'au faubourg Montmartre actuel, c'est qu'elle est aussi agreste, selon les goûts du temps. On a ménagé l'amusement d'une campagne artificielle, une prairie, des étables, une laiterie, une ferme coquette. 11 y a de plus dans ces jardins un petit temple dédié à l'amour et des ruines factices. C'est une des curiosités du nouveau Paris que ce mélange de splendeurs et de grâces bucoliques. Il y a aussi un grand manège couvert. Que n'y a-t-il pas dans cette merveilleuse habitation, dont M'"" Beauménard

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