Correspondance de Favarf, tome L p. SrJ
I'OUTUAIT de AIADAME BliLLECOUU l'iipivs le tableau faisant partie des colit'ctions de la Conn'die-Française
Au milieu de son veuvage, Bellccour, le camarade des débuts, l'ami d'ancienne date, souvent retrouvé, reparaissait dans sa vie.
Bellecour était depuis dix ans à la Comédie. On a dit comment il avait eu la sagesse de ne pas vouloir entrer en rivalité avec Lekain : il avait conquis une situation solide. Malgré l'opinion de Voltaire, disant (( qu'il ne comprenait pas la rage de ce bellàire de Bellecour à paraître en public », le parterre lui faisait bon accueil, particulièrement dans les rôles de marquis, demandant de l'impertinence et de la légèreté.
On appréciait sa tenue*, un certain ton de bonne compagnie, le soin qu'il apportait toujours dans son jeu, son zèle, constamment prêt. On ne détestait pas jusqu'à cet air d'homme à bonnes fortunes, qu'il avait tout autant que Grandval^ A la Comédie même, dans les affaires intérieures, il jouissait d'aulant plus de crédit qu'il était souvent chargé de représenter et de défendre les intérêts des sociétaires.
A l'heure de cette nouvelle rencontre des amoureux de jadis, du temps des tournées de Monnet, — des amoureux qui, l'un et l'autre, avaient fait tant d'expériences diverses, — de grands feux ne pouvaient se rallumer. Peut-être M'"' Beauménard et Bellecour, après bien des orages, sentirent-ils le prix d'une affection calme. Dans le commencement de lassitude d'une existence agitée, une amitié avec des souvenirs attendris, une amitié se donnant encore l'illusion de l'amour, mais sans ses fièvres et ses emportements, est ce qu'il y a de plus souhaitable. Bellecour fut le consolateur opportun.
1. Selon une lettre de Lekain, découverte parM.J. -J.Olivier, la sobriété de gestes do Bellecour s'expliquerait par une légère infirmilé de l'un de ses bras, infirmité qui le poussa à aller plusieurs fois aux eaux de Baraduc.