‹ Mademoiselle GogoChapitre 2 sur 47 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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séductions, si joliment frivole, bien qu'il préparât du sérieux avenir. Elle s'acheva au seuil même du xix^ siècle, et M"^ Gogo, célèbre par son joli rire, mariée, puis veuve, était devenue la citoyenne Bellecour, demeurant rue Barbette, section de l'Indivisibilité.

Les théâtres de la Foire, le roman comique des Tournées, sous la direction du plus amusant imprésario; l'amour, la comédie aux camps du maréchal de Saxe, la guerre, encore chevaleresque, avec ses politesses raffinées entre adversaires ; la galanterie , la protection du plus fastueux et du plus trompé des fermiers généraux; lo théâtre, passionnément aimé et servi avec un talent grandissant jusqu'à la perfection dans l'emploi des soubrettes; deux ou trois passions véritables parmi beaucoup de folies; une manière d'abnégation (en ce sens qu'elle poussait une comédienne, si entièrement comédienne, à l'abandon passager de la scène) dans une liaison, non sans grâce romanesque, avec le colonel des grenadiers de France ; le retour aux planches, regrettées, la vie de coulisses, les intrigues, les querelles, les divisions de la Comédie, les rôles

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donnés par Sedaine, par Goldoni, par Monvel, par Beaumarchais, la part prise à l'inoubliable représentation du Mariage de Figaro.... Puis, tandis que l'invincible habitude d'aimer occupe le cœur de l'actrice vieillie, — et ce dernier amour fait entrevoir un personnage original, — c'est la Révolution, les dissensions, la dislocation, l'effondrement de la Comédie, et l'emprisonnement des comédiens, les déroutantes extrémités oii se trouvent ceux qui ont illustré le théâtre ou ceux qui le gouvernaient....

C'est le thème de cette étude, qui embrasse plus de cinquante ans de théâtre, car si M^'" Gogo avait débuté presque enfant, M''" Bellecour reparaissait encore sur la scène peu de jours avant sa mort, durant cette période agitée où la Comédie, divisée en trois tronçons, ne s'acheminait qu'avec bien des difficultés vers la réunion générale. Mais qui eût reconnu en elle, bien qu'elle eut conservé ce don du rire souverain qui avait fait sa gloire, qui eût reconnu en cette femme d'âge, venant de prouver son civisme en se mettant en règle avec sa section, l'ancienne favorite du sérail de Maurice de Saxe, la rivale à laquelle

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]y|me pavart, dont la lierté avait eu ses premières défaillances, témoignait de la jalousie?

Il n'y avait guère que la chronique scandaleuse qui se fût occupée de M"'^ Gogo. On n'a pas négligé, parce qu'elles appartiennent à l'histoire d'un siècle, les anecdotes galantes, du moins en ce qu'elles ont de significatif, mais on a restitué à l'artiste ses mérites réels, en des services qui parurent indispensables au point de faire retarder, d'année en année, le moment de sa retraite. M'"" Gogo, qui n'avait eu que du charme et du piquant, acquit, sous ses deux autres noms de M"^ Beauménard et de M^"^ Bellecour, le renom dû à un talent très sûr.

Chemin faisant, l'occasion s^est offerte, malgré les lacunes que présentent forcément certaines périodes, de redresser quelques erreurs communes, d'éclairer de lueurs nouvelles quelques physionomies caractéristiques, et, en tirant parti de sources inédites, de donner la solution de quelques problèmes biographiques (comme en ce qui concerne le compositeur Dezède, personnage qui avait, jusque dans sa mort, sa légende de mystère). On a eu recours aux docu-

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ments originaux et on a mis à contribution les archives des notaires, ouvertes avec bonne grâce, ces inventaires, ces papiers d'une apparence si sèche qui, pour le chercheur, ont une magie de résurrection.

En fait, cette vie d'une comédienne, contée depuis la première apparition au théâtre jusqu'à la fin, a été surtout le prétexte de pousser des l)ointes dans ses entours, dans des mondes divers, dont l'actrice était, pour ainsi dire, solidaire au milieu du déroulement d'événements niïrant, parfois, une si violente opposition. En dehors de la forme du roman, et en ne retraçant que la vérité, il y a place pour le romanesque.

J'ai des obligations, dont je ne saurais in'acquitter par une brève mention, à M. Couët, l'érudit bibliothécaire-archiviste de la Comédie -Française; à MM. Lazard, sous-directeur des Archives de la Seine, et René t'arme, du même dépôt; à M® Constantin, le notaire qui s'intéresse toujours aux études historiques, et à ses confrères M*=» Cremery et Delapalme; à M. Marcel Poëte, conservateur de la Ville de Paris; à M. G. Capon; à M. le lieutenant Escalle, des Archives de la Guerre; à M. Defrécheux, conservateur de la Bibliothèque de la Ville de Liège. Qu'ils trouvent ici l'expression de ma gratitude.

Le Paris théâtral de 1743 eut, sur celle de ses scènes où, précisément, il avait accoutumé d'exiger de la nouveauté, la révélation d'une petite étoile qui, après avoir causé une impression de surprise amusée, devint une des femmes dont s'occupa le plus la frivole opinion, et, en môme temps, une comédienne excellente.

Le privilège de TOpéra-Gomique aux théâtres de la Foire appartenait, depuis 1734, à Boizard de Ponlau, habile homme en tout ce qui concernait l'art dramatique, directeur et auteur. On avait dû le rappeler, après l'avoir évincé au profit

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de Mayer, dit de Vienne, qui, en peu de temps, avait fait un désert d'une salle oià, naguère, s'empressait le public. Pontau avait ramené la foule, qui n'avait pas oublié les spectacles aimables et variés dont il avait l'habitude de lui donner le régal, en n'hésitant pas à faire de la dépense.

Il avait redemandé ses pièces à Fuzelier, à d'Orneval, à Panard, à Laffichard, habitués au succès, ses machines et ses décors à Servan- * doni; il avait fait revenir à la Foire des comédiens que le dégoût de la direction précédente avait éparpillés ; il avait deviné en Favart l'homme de théâtre dont le concours devait être précieux à une entreprise comme la sienne. Il avait connu de nouvelles années heureuses.

A la Foire Saint-Germain, il avait fait construire une nouvelle salle, dans l'impasse des Quatre-Vents, abandonnant celle de la rue de Buci. Cet imprésario avait un certain goût naturel du fasle, et, chose rare, donnait parfois aux spectateurs plus qu'il ne leur avait promis. Les entr'actes des comédies et des parodies qu'il faisait représenter étaient occupés par mille intermèdes, par ce qu'on appellerait aujourd'hui des « numéros » curieux ou excentriques, voire par des exhibitions de phénomènes, et il fut

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sans doute un des premiers qui songèrent à montrer aux Parisiens des clowns anglais. Il n'est guère rien qui ne s'offre, à présent, dans ce genre de spectacle, dont Pontau n'ait réuni les éléments : équilibrisles, acrobates musiciens, petits prodiges, danseurs fantaisistes. Quant aux pièces, qui constituaient le plat de résistance, elles étaient montées avec plus de luxe que de soins délicats, parfois, mais elles étaient de la bonne marque, de celle, du moins, qui avait la vogue.

Cependant, après Tannée 1741, qui fut celle de la Chercheuse d'esprit^ de Favart, la fortune cessa brusquement de sourire à Pontau. Il semble, à la vérité, avoir été un peu brouillon, suivant ses propres caprices, s'engageant un peu au hasard en de grands frais. Le hasard, qui l'avait bien servi, lui devint hostile, comme pour lui faire expier ses temps de prospérité. La mauvaise chance s'acharna contre lui. L'année 1742 lui fut fatale : rien de ce qu'il donna ne réussit. Il avait des dettes, qui grossirent terriblement tout à coup, en raison de cette suite d'échecs. Alors, il se découragea, comme s'il eût le sentiment de l'inutilité de ses efforts. Bientôt, lui qui avait eu l'habitude de la somptuosité, il

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renonça à tout ce qui, naguère, avait été l'attrait de son spectacle. Il congédia les acteurs en renom, les musiciens, les décorateurs, laissa aller les choses, en homme qui ne compte plus sur un retour de la fortune, préoccupé surtout de ne plus augmenter le total des sommes que lui réclamait l'Opéra, de qui il dépendait. 11 avait subitement perdu ses facultés de beau joueur.*

L'Opéra-Comique se trouva dans une situation misérable, a L'orchestre était composé par des gens qui jouaient aux noces et aux guinguettes; la plupart des danseurs figuraient avec des bas noirs et des culottes de drap de couleur; rien n'était aussi négligé, aussi sale, aussi dégoûtant que les accessoires de ce spectacle ^ » Le public n'était plus guère composé que de la(|uais. La garde, qui, souvent, n'était que tardivement payée, se souciait peu de faire régner Tordre dans la salle et même de tenir la main aux règlements de police. Pontau, humilié de sa déchéance, ne se montrait plus, ne cherchait même plus des combinaisons qui pussent le sauver. Tout allait à vau-l'eau.

C'est dans ces conditions qu'il avait recom-

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