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Mémoires de Jean Monnet, chap. VU

MADEMOISELLE GOGO o

mencé la campagne de 1743, à la Foire Saint- Germain, qui s'ouvrait le 5 février. Celte campagne, qui devait se terminer le dimanche des Rameaux, il ne Tacheva pas. L^Opéra, créancier de 60.000 livres (même dans la période heureuse, Pontau, dépensier par goût, avait toujours été en retard pour son bail de 15 000 livres), se fâcha, fit saisir ce qui pouvait être saisi, destitua le directeur, en qui il ne pouvait plus avoir confiance. Le 28 mars, le privilège de TOpéra- Comique passait entre les mains de Jean Monnet, soutenu « par deux amis qu'il avait dans la finance ». Le bail, concédé par Thuret, directeur de rOpéra, était consenti aux mêmes stipulations que celui de son prédécesseur : 7.500 livres pour rexploitation de citacun des deux théâtres de la Foire Saint-Germain et de la Foire Saint-Laurent. Jean Monnet, une des physionomies pittoresques du XYlll^ siècle, avait alors quarante ans '. C'était un homme que la belle humeur abandonnait rarement et qui avait fait tous les métiers. l*age, ou simplement jeune domestique chez la duchesse de Berry, il avait dû à sa gaîté

1. Né le 27 septembre 1703, à Andrieu, petite ville du Rhône, de Jacques Monnet, boulanger, et de Louise Bonnardel (Arthur Heulhard : Jean Monnet).

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et à ses talents d'imitation narquois, l'intérêt de la fille aînée du Régent. Elle lui avait fait donner des leçons de danse et de musique. Jean Monnet était né avec le don heureux d'amuser : enfant encore, il amusait cette extravagante princesse, qui, blasée pour s'être tout accordé, avait ses heures de mélancolie et de repentir. Mais la duchesse de Berry mourut avant d'avoir pu lui être utile. Les exemples qu'il avait eu sous les yeux n'étaient pas pour lui inspirer le goût d'une sévère morale, et Monnet, avec son tempérament d'aventurier, ne fut jamais, en effet, embarrassé parles scrupules. Une certaine veuve, (( souhaitant de réparer les vides que le défunt avait laissés dans les dernières années de sa vie », l'avait pris sous 'sa protection particulière, et les mœurs du temps ne s'effarouchaient point trop de ces avantages faits à des jeunes gens de belle prestance et peu fortunés. La gaité de Jean Monnet lui avait valu nombre d'avenlures, brusquement interrompues, d'une façon assez inattendue, par un séjour au monastère de la Trappe. Monnet trappiste! 11 reconnut vite qu'il n'avait pas la vocation. On le retrouve, prenant sa revanche de sa brève retraite, en une existence des plus agitées, qui parfois le

mène chez le commissaire Lecomte; celui-ci le salue d'un : « Ah, vous voih\ derechef, monsieur le drôle! » Il s'agit toujours d'une (( atlaire de fille ». Entre temps, Monnet se fait auteur, auteur licencieux, ce qui lui vaudra un jour d'être emprisonné au For-l'Eveque, et libraire. Libraire de pamphlets et d'ouvrages galants, exposé d'ailleurs à beaucoup de risques pour peu de prohts, sauf en quelques cas, comme lorsqu'il colporte les Soiipers de Dap/iné^ ce pastiche français du Satyricon. On voit s'intéresser à lui, séduits par sa verve toujours prête, le prince de Carignan, le duc de Gesvres et même le curé de Saint-Eustache. Il remplit des missions oflicieuses, comme celles dont il continuera à se charger, après sa retraite, auprès de personnages ayant besoin d'un initiateur à la vie de Paris; il abonde en projets. Convive aimable,

L'air guilleret Et folet Enjôlant par son caquet... *

sachant être souple, rendant volontiers de ces menus services qui n'exigent point une délicatesse trop vétilleuse, mettant en pratique le

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