Le Colpovleiw
rent plaisir à se jouer à eux-mêmes la comédie du réveil d'un grand goût mutuel.
Mais, Ariane très consolée, et même mariée, M"® Beauménard, devenue M°^^ Bellecour, se retournait vers le théâtre, s'étonnait qu'elle l'eût pu quitter, ne songeait qu'à y rentrer. Elle reprenait coutact avec le public en jouant rÈpour par supercherie^ de Boissy, dans la représentation, donnée à Versailles, par une « troupe de campagne ». Elle fit appel à la protection du duc de Richelieu, ayant, pour Finvoquer, quelques raisons anciennes, tandis que, de son côté, Bellecour applanissait les dernières difficultés, et, le 7 avril 1761, elle reparaissait à la Comédie dans Lisette du Légataire.
Le Mercure d'avril s'occupait d'elle assez longuement :
M''® Beauménard, actuellement M*"® Bellecour (ayant épousé Facteur de ce nom), est rentrée à ce théâtre après cinq ans d'absence. Elle joua pour la première fois,' le mardi 7 de ce mois, dans le Légataire, le rôle de Lisette, et celui de la fausse comtesse dans C Epreuve réciproque. Elle a eu lieu d'être satisfaite du parti qu'elle a pris par les applaudissements du public. Elle doit être encore plus encouragée par le sentiment impartial des vrais connaisseurs, qui ont trouvé en elle la même finesse
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d'intelligence, le même tact de gaîté maligne qui fait le piquant des soubrettes, mais avec plus d'ordr(» dans le débit, beaucoup plus d'ensemble et de rondeur dans le jeu, qu'elle n'en avait lorsqu'elle a quitté le théâtre. Son action, plus liée qu'elle n'était, avec autant de feu naturel, ne laisse plus échapper brusquement les saillies qui font tort aux grâces.
Elle paraissait, malgré l'embarras inséparable d'une rentrée au théâtre, avoir perdu plus de petites habitudes que de l'usage nécessaire. On doit présumer de ses progrès par les dispositions naturelles qu'on lui connaissait déjà, par l'emploi qu'elle paraît avoir fait de sa retraite au profit de son talent, et surtout par les connaissances et la pratique qu'elle est à portée d'acquérir avec un mari auquel on ne peut refuser une intelligence réfléchie des vrais principes de l'art théâtral.
En mai, le Mercure consacre une autre note à M™^ Bellecour, et cette note atteste l'activité qu'elle a retrouvée :
Le public paraît de plus en plus confirmé dans l'opinion que nous avons déjà rapportée sur les progrès de cette actrice.. Molière n'eût pas désiré un sujet plus naturellement disposé à bien rendre le rôle de Nicole dans le Bourgeois gentilhojnme. Entre autres rôles, un très difficile, dans lequel elle a fait beaucoup de plaisir, est celui de Zerbinetle des Fourberies de Scapin. La gaîté la plus soutenue et la plus agréable, un rire vrai et auquel il était impos-
sible de se refuser, déridaient les spectateurs les plus flegmatiques. Le rôle de Nérine du Joueur a éié fort applaudi et joué avec beaucoup de succès. On ne peut mettre plus de finesse et de vérité qu'elle n'en a fait paraître dans le rôle d'Agathe des Folies aniouieuses. Le public semble généralement accorder ses suffrages aux nouveaux efforts que fait M""^ Bellecour pour les mériter.
(( M"' Gogo » a fait bien du chemin, au point de vue de son art; elle est devenue une comédienne excellente. Au demeurant, sûre d'ellemême, elle a repris, au théâtre, son humeur emportée, et, pour zélée qu elle soit dans l'accomplissement de ses devoirs, elle aura bien des dissentiments avec ses camarades. Plus tard, dans une de ses lettres, à propos d'une querelle avec M"^ La Chassaigne, elle s'admirera d'avoir pu se. maîtriser, ou à peu près. (( Vous devez bien juger, dira-t-elle au semainier, que cet excès de modération n'est pas naturel à un caractère aussi violent que le mien *. » Elle fera ainsi elle-même l'aveu de sa promptitude à s'irriter et à prendre feu et flamme.
Au moment oii elle fait sa rentrée à la Comédie, reprenant, ou croyant reprendre, ses droits d'an-