Arch. de la Comédie-Française
cienneté, elle retrouve le vieil Armand, excellent jadis dans les valets, près de sa fin, mainte- Inant, goutteux, n'ayant plus que des lueurs de sa bonne humeur qui lui inspirait mille plaisanteries'; Dange ville, le neveu du fondateur de cette dynastie de comédiens et qui n'a jamais été que fort médiocre, fort honnête homme, d'ailleurs; Grandval, qui a été le cliarmant, le séduisant Grandval, Tinimitable <; petit maître », mais qui a débuté, en 4729, et, vieilli, est en butte aux mauvais procédés de ses camarades, le poussant à la retraite'; Lekain, en pleine renommée; Mole, qui est depuis un an rentré à la Comédie, oij, à ses premières apparitions, on l'avait trouvé trop froid : il s'applique, maintenant, à modérer son impétuosité. C'est Brisard, qui a, en scène, la plus chaleureuse conviction.
1. On connaît celle par laquelle il mystifia un amateur de spectacle bossu, qui le poursuivait de ses critiques. Un soir, celui-ci trouva dans la loge où il prenait généralement place cinq auties bossus, découverts et recrutés par Armand. Il fut décontenancé en apercevant ses confrères en gibbosité, et, devenu le point de mire de la salle, il n'eut point envie de donner ses signes de désapprobation habituels.
2. Voir, à ce sujet, les Mémoires de M"" Dumesnil. On sait sa liaison avec Grandval. Grandval est lauteur de parades et de facéties parodiques extrêmement libres, qui étaient représentées, en petit comité, chez M"' Dumesnil.
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iort estimé dans le privé ; c'est Blainville, ancier régent de collège, peu à peu poussé vers If théâtre par une irrésistible vocation, le Lusignan de 7aaire\ c'est Bonneval, reçu en 1741 après avoir débuté par Orgon dans Tartvffe l'homme le plus poli de la Comédie, alors, suj qui on a fait ce quatrain :
Dis-moi, cher BonnevaL par quel art eL comment Un homme tel que toi, doux, complaisant, affable, Peut, d'un vieillard bourru, difficile, intraitable, Nous rendre les défauts si naturellement...
C'est Paulin, ancien dragon, qui a joué suc cessivement les amoureux, les grands rôles tra giques (il a été Poliphonte dans Mérope) et le! paysans; c'est Dubois, qui se trouvera soulevé] la tempête du Siège de Calais\ il joue les valet dans la comédie et les confidents dans la tra gédie, servant bien Thalie etMelpomène ; Pré ville depuis dix ans qu'il appartient à la Comédie, î marché de succès en succès, mérités par la sou plesse et le naturel de son talent.
Du côté féminin, M"^ Dangeville joue depui trente et un ans les rôles de soubrettes. L'auteu de la Lettre du souffleur a été bon prophète jadis, en lui prédisant la longue faveur di
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)ublic. Elle est à la veille de son départ, bien |u'on cherche encore à la relenir, et elle song< i la maison de Vaugirard, où elle aura, dans ^a retraite, le témoignage de fidèles amitiés. W^"" Gaussin ne se décide pas, elle, à quitter L. cène, encore que ses coquetteries soient bien fanées, que l'âge pèse sur elle, qu'elle ait compromis les dernières pièces jouées par elle, el que le temps soit loin où -elle était « la sensible Gaussin ». M"'^ Clairon est toujours impérieuse, admirable à la scène et terrible dans les coulisses; M'^Mius emplit la chronique de ses aventures, ainsi que M'^'^ Dubois, dont Dorât, trahi, mais non tout à fait guéri de son grand caprice pour elle, dira un jour :
... Ce feu dont son œil étincelle
Et les sons touchants de sa voix j
Qui jure une ardeur éternelle
A cinquante amants à la fois...
Je le déteste, je l'abhorre,
Mais Ci'est trop m'en entretenir
Car à force de le haïr
Je pourrais bien l'aimor encore...
C'est M"''' Lekain, qu'a tant aimée le tragédien, à qui il a si souvent pardonné, dont il vient de se Séparer enfin, mais qu'il retrouva encore avec émotion au théâtre, où il l'a fait
admettre en 1757 ^ C'est M™*' Préville», reçu( depuis la même année, qui jouera de bonn( heure l'emploi des mères, la « bonne Ange lique », comme l'appellent communément se: amis.
On voit M"'^ Bellecour, dès celte année de sj rentrée, assaillir le Mercure de ses réclamations Dans la reprise de VIiTésolu, de Destouches, oi a écrit qu'elle a remplacé au pied levé M"^ Dan geville, souffrante, à la deuxième représenta tion ; c'est dès la première représentation qu'ell a joué ce rôle, auquel elle n'était pas préparée Et le Mercure dit avec bonhomie : « Cette cir constance pourra paraître peu importante à pin sieurs lecteurs, mais l'exactitude des faits, don nous ne nous écarterons jamais, exigeait ce éclaircissement. »
Elle témoigne, d'ailleurs, d'un grand zèle. E. outre des rôles du répertoire, elle n^pren VIngrat, le Curieux impertinent^^ la Goiiver
1. Elle se nommait Christine Sirot. Elle était, dit une letti de Buhot, « extraordinairement coquette ».
2. Madeleine-Angélique-Michelle Drouin. Ses débuts à Comédie sont de 1153.
3. On sait l'épigramme faite sur cette autre pièce de De» touches, épigramme qui se terminait par ce tfoit :
Pour la voir une fois, on nest que curieux, Mais qui la verra deux en portera le titre,
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nanteK II semble qu'elle ait hâte de regagner le temps pei'du pendant son volonlaire abandon de la scène. Le couple Bellecour — il demeure alors rue de Tournon, vis-à-vis l'hôtel de Nivernais — prétend, à la Comédie, à une importance qu'il justifie par la part qu'il prend aux représentations. A cette époque, il n'y a guère contre lui que quelque boutades de Grimm, à qui il arrive de trouver les deux époux également (f insupportables », opinion contredite par tout ce qui resie de témoignages du goût du public. En 1764, W Bellecour crée Marine de y Epreuve indiscrète^ de Bret, un commentateur de Molière, qui, à force de parler théâtre, tâte lui-même de la scène, et Lisette, du Cercle'% la comédie du petit Poinsinet, tant moqué, tant raillé, tant mystifié, et qui s'avise, cette fois, de railler les autres et d'avoir les rieurs de son côté. Grimm, La Harpe et Palissot ne reviennent pas de ce retour des choses, essayant d'amoin-
1. Cette pièf*e de La Chaussée a été bien souvent refaite : 11 s'agit d'une mère, qui ne pouvant se faire connaître de sa fille, s'introduit comme gouvernante dans la maison où celle-ci est élevée.
2. Le Cercle a étO repris à la Comédie-Française, en 1887 avec MM. Prudhon, de Féraudy, Garraud, G. Béer, M"ie^ Pierson, Durand et Kolij.
drir le succès. « On voit à chaque ligne, écrit Grimm, que M. Poinsinet n'a pas vécu clans la meilleure compagnie du royaume. )> « Le Cercle^ dit La Harpe, n est qu'un centon dialogué : rien n est à M. Poinsinet, si ce n'est les inepties qu'il y a semées. » Et Palissot accuse Poinsinet de plagiat, affirme qu'il a copié une pièce de lui. On n'en accueille pas moins le mieux du monde ce badinage, consistant en une série de portraits pris sur le vif : la comtesse Fanny de Beauharnais, l'abbé de la Croix, le colonel marquis d'Entraigues, le poète Parnian-Durosoy, le médecin Herrenschwand, alors fort à la mode, homme du monde, superiiciel et léger, ne soignant que les vapeurs et les maux élégants, ou le docteur Lorry. Une anecdote fameuse ferait pencher du côté de Lorry, l'anecdote représentant Préville, chargé du rôle du médecin, faisant appeler Lorry sous le prétexte d'une indisposition, mais, en réalité, pour bien s'approprier son modèle et reproduire ses tics et ses manies. Mole joue le marquiscolonel, brodant et faisant de la tapisserie; ^mc Pcéville, Araminte: Bourrct, le poète.
L'année suivante, c'est, pour les pièces nouvelles, iMarton, du Tuteur dupé^ de Cailhava, de
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ce Cailhava qui devait avoir avec la Comédie- Française de si singuliers démêlés et parler d'elle comme d'une maîtresse qu'on querelle et qu'on adore. Ce Tuteur dupé n'est que le développement d'un vieux canevas italien, sans nulle originalité. C'est, ce qui vaut mieux pour ]\jme Bellecour, Julie, de la Gageure imprévue^.
M'"^ Bellecour n'a pas laissé que de montrer son humeur emportée avec quelques-uns des auteurs dont elle a joué les pièces. Mais le moyen de se disputer avec le bon et honnête Sedaine, la droiture et la franchise mêmes? Il n'entend rien aux intrigues de coulisses, et il s'amuse ou s'attendrit de ses pièces. Lui dont l'existence a toujours été si calme, il ne voit dans les comédiens et les comédiennes que ses interprètes. Il est assez piquant que d'amicales relations s'établissent entre lui et la soubrette qui a eu tant d'aventures. Sedaine lui conte naïvement son embarras et ses scrupules, car il voudrait se marier et n'ose affliger, en se mariant, une femme qu'il n'aime plus.
Cette année-là, c'est l'année de la tempête du Siège de Calais. M""' Bellecour est mêlée à la