Arc/i. de la Coinédie-Fiançatse
3. Le répertoire de Molière ne devait être donné que les dimanches et jeudis.
OÙ elle excelle. Là, ses positions sont solides: mais d'autres soubrettes, plus jeunes qu'elle, d'un peu ou de beaucoup, se sont imposées, M"''' Luzzi, Fanier, M""^ Dugazon, la sœur de l'acteur comique. On peut imaginer que M°"^ Bellecour ne leur accorde pas toutes les qualités que leur reconnaît le public.
Que reste-t-il de toutes ces comédies jouées à cette époque, devant sans doute avoir quelque motif de plaire, et si profondément oubliées? C'est YEgoïsme \ de Gailbava, où il y a, comme dans le Misanthrope ^ mais à quelle distance! une scène des portraits : le portier de Philémon lui donne la liste des gens qui sont venus le voir en son absence, et Philémon dessine en quelques mots leurs physionomie. C'est Y Inconséquent ^ de Laujon, l'organisateur des fêtes de Chantilly, qui perdra tout à la Révolution, son logement au Palais-Bourbon, son traitement et ses pensions, mais qui, né philosophe, s'accommodera de
1. M°i^ Bellecour joue dans VEgoïsme le rôle de Marton. Il y a, à propos de cette pièce, une anecdote classique. Aux premières représentations, un spectateur applaudit éperdument. Touché de cet enthousiasme, Cailliava veut remercier ce chaleureux admirateur. — «Ne me remerciez pas, dit celui-ci jai parié pour dix représentations : je stimule Tairdeur du public pour ne pas perdre mon pari. »
tout, pourvu que se continuent les séances du (( Club de midi à quatorze heures », où l'on fait des concours de petits couplets. C'est V Aveugle
I "par crêdulilé A^ Fournel, dont la donnée semble aujourd'hui assez ingénue : Frontin et Lisette (M"'*' Bellecour) s'intéressent aux amours de
I Julie et de Yalère, amours contrariées par les prétentions d'Orgon, le tuteur de Julie. Frontin imagine un moyen d'empêcher le mariage : il fait la nuit dans l'appartement d'Orgon, et lui persuade quïl est devenu aveugle. Quand Orgon, d'abord fort effrayé, découvre le stratagème, il s'avise qu'il était aveugle, en effet, — aveugle de ne pas voir que Julie ne pensait qu'à Yalère. On se souvient du titre, au moins, de )l Amant bourru^ que Monvel % qui ne songe guère alors aux
1. « Lorsque Monvel fit jouer sa comédie de \ Amant bourru, M. de La Harpe rédigeait le Mercure de France ; il y distribuait l'éloge et la critique, souvent avec partialité. Rencontrant Monvel à la sortie du spectacle, il l'arrête pour lui témoigner combien il est enchanté de sa pièce, l'assure qu'il n'y a qu'une voix là-dessus, que, tout le bien qu'il en pense, ill'écrira dans le Mercure, que c'est une tâche facile de faire l'éloge d'un semblable ouvrage, et qu'il ne sera que l'interprète de l'opinion générale. Le lendemain, quelques amis de l'auteur ^arrivent chez lui, le Mercure à la main, et Monvel n'est pas surpris d'y lire la critique la plus amère de son œuvre. Cette perfidie l'indigna avec raison, car, n'ayant point recherché les éloges du rédacteur, il pouvait les croire sin-
Victimes cloîtrées^ dédie à Marie-Antoinette. C'est V Homme dangereux^ qu'on attend avec une curiosité vive : l'auteur, Palissot, ne s'est pas nommé et, feignant d'êlre très affecté de ces attaques, a fait courir le bruit que la pièce était une sanglante satire — contre lui. Ce sont les Joinnalistes anglais^ de Cailhava(rôlede Cidalise), où Je gazetier Discord inspire la terreur avec sa plume, prête, selon ses intérêts, à décerner la louange ou le blâme, mais finit par être confondu et mis dans l'impuissance de nuirez Ce sont les Aveux difficiles, de Vigée (rôle de Lisette), oii deux amants séparés l'un de l'autre pendant trois ans, et mutuellement inconstants, sont fort embarrassés pour se confesser qu'ils ont été l'un et l'autre très peu fidèles. Ce sont les Rivaux amis, de Forgeot (rôle de Lisette), où
cères. II fut piqué au vif: amour-propre d'auteur ne se calme pas facilement. Aussi promit-il de saisir la première occasion qui se présenterait de se venger; elle ne tarda pas à s'offrir. M. de La Harpe fit jouer sa tragédie des Barmécides. Cet ouvrage tomba complètement, et Monvel en donna une parodie qui fit courir tout Paris. La pièce finissait par l'enterrement des Barmécides, dont le dernier frère jouait la marche funèbre sur la harpe. Lorsqu'ils avaient tous disparu dans un immense trou, il s'y précipitait avec son instrument, et la toile tombait {Souvenirs d'une actrice, de Louise Fusil).
1. Dans cette médiocre comédie, Cailhava avait visé La Harpe,
IIN'K Sr.KNK l»E « [/KCOLE MES M(KIJI{S )) (I7<S-2 (.Madame Bellecour, rnle de Maiton)
un amant frivole etlc^ger s'efface généreusement devant un rival dont les sentiments sont plus profonds que les siens...
Tous ces ouvrages qui ne signitient plus rien ont cependant représenté des efforts, des espoirs, des compétitions, des polémiques, des triomphes et des blessures d'amour-propre.
Yi' École des mœurs , oii M'"^ Bellecour joue le rôle de Marton, rappelle les démêlés violents d'un auteur avec les comédiens. La pièce, sous son premier titre, les Courtisanes^ a été reçue en 1775 : sept ans s'écouleront, toutefois, avant sa représentation. Les comédiens ont eu des scrupules ; l'indécence de l'ouvrage, dans son esprit, sinon dans sa forme, leur est apparue, ils hésitent à le donner. Mais Palissot, qui a déjà prouvé qu'il ne craignait pas le tapage avec sa comédie des Philosophes, a bec et ongles; il ne se borne pas à se défendre, il attaque. La vertu des comédiennes est-elle d'une telle essence qu'elle se scandalise aussi facilement? Et des couplets courent Paris. Ce sont les courtisanes qui sont censées envoyer aux actrices ce compliment :
Mettez, pour vous mieux signaler.
Votre pudeur à vous défendre,
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Et nous mettrons, pour vous le rendre, Notre gloire à vous ressembler.
Palissot, pour se faire jouer, emploie tous les moyens, pamphlets, mémoires agressifs, sommations, et même cajoleries en vue d'une réconciliation.
Après la première représentation, à laquelle assistèrent — donnant le signal des applaudissements, — les belles « impures » du temps, M"'' Duthé, Dervieux, Cléophile, Quincy, Miré, tout en faisant sa paix avec les comédiens, Palissot exhalera ses rancœurs, en protestant contre leur tyrannie :
Si quelque chose pouvait avilir aux yeux de la nation les gens de lettres qui se sont dévoués à la carrière généreuse du théâtre, ce serait, sans contredit, l'espèce de correspondance forcée qui s'est établie entre eux et les comédiens. Autant cette correspondance était honorable pour ces derniers, autant elle est devenue injurieuse pour les autres.
... Qui ne serait pas choqué de la gravité burlesque de cet aréopage? qui ne serait pas humilié de voir les auteurs soumis à cet humiliant despotisme? L'espèce- de possession où la troupe est de prononcer despotiquement sur le mérite et le sort des productions dramatiques est la honte de la littérature...
M""^ Bellecour, dans les manèges de Marton,
insidieuse conseillère de la courtiscine Rosalie, qui prend dans ses filets le naïf Germance, pensait-elle au modèle qu'elle avait eu jadis sous les yeux, au temps où elle était elle-même un peu Rosalie, et où la Desaigles remplissait auprès d'elle l'emploi qu'elle tenait dans cette comédie?
Mais M™^ Bellecour était toujours occupée d'affaires de cœur. Elle avait eu trop l'habitudi de l'amour pour y pouvoir renoncer, môme après la jeunesse passée.
L'amour, il avait pris chez elle toutes les formes; il avait été la curiosité et le goût du plaisir, puis il avait été impétueux, puis libertin et intéressé ; puis il avait, de nouveau, atteint la passion, avec mille jalousies et une manière d'abnégation à la fois; puis il s'était confondu avec l'amitié. Elle en avait parcouru toute la gamme, et, dans le temps même où elle exerçait une sorte de royauté de la mode et où elle édi-
fiait sa fortune, le contraste s'était présenté cl«; moments accordés à la seule sensibilité, à laquelle elle avait toujours reconnu ses droits. Son dernier attacliement devait être fait d'un reste d'emportement, d'inquiétudes dans la défense d'un lien qu'elle sentait fragile, puis d'indulgente résignation et de sollicitude.
A la Comédie fréquentait un homme, de manières élégantes, bien qu'un peu bizarres parfois, non ennemi, en efïet, de quelque affectation, jusque dans son costume; ainsi le voyait-on mêler la contradiction d'un habit brodé et de bottes. Son caractère était aussi plein de contrastes : il passait de l'amabilité d'un esprit cultivé à une certaine brusquerie, et, dans le moment qu'il venait de se montrer séduisant, ^ il lançait soudain de rudes coups de boutoir. Il était, d'aventure, serviable dans ses actes et désobligeant dans ses propos : peut-être un désir de se singulariser dominait-il chez lui. Quand il ne s'appliquait pas à se donner une attitude et demeurait dans l'intimité d'un cercle d'amis, il avait de la gaîté et de la verve. Une notice contemporaine indique assez ces anomalies, en faisant se rencontrer des expressions qui ne laissent pas de se heurter : « Quoique
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défiant, son cœur était ouvert à l'amitié'. » iVu demeurant, il était d'assez belle prestance; son visage était expressif, agréable quand il ne .^e donnait point des airs de misanthrope (sa misanthropie ne rempechait pas d'avoir un goût très vif pour les femmes); il était extrêmement soigné de sa personne.
Il y avait du mystère autour de lui, et il se plaisait à l'entretenir. On ne savait point sa nationalité exacte; il passait pour avoir une origine princière et semblait ne porter qu'un nom d'emprunt. Il y a encore une légende sur son compte, et des obscurités, que cette étude dissipera au moins sur certains points. On raconte que, conduit à Paris tout enfant,! confié aux soins d'un précepteur qui s'était; appliqué à lui donner une éducation brillante, son adolescence et sa première jeunesse s'étaieni passées dans la plus large aisance. Une main^ inconnue lui faisait tenir, par Fintermédiain d'un notaire, une pension de 25.000 livres^ sous la condition qu'il ne chercherait pas percer le secret de sa naissance. Mais, malgré cette défense, le jeune homm.o entreprit des