‹ Mademoiselle GogoChapitre 28 sur 47 · Les Spedaclcs de Paris · texte numérisé non relu

Les Spedaclcs de Paris

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démarches, qui, si elles nabou tirent point, furent expiées par la suppression des libéralités dont il vivait. J'ai dit que c'était une légende. Ce personnage, fort capable de l'avoir créée lui-même, ou, tout au moins, d'avoir mis un peu plus de roman qu'il n'y eu avait dans son histoire, était le compositeur Dezède. Doué d'un certain entregent, qui, à la vérité, ne le mena pas bien loin dans la conduite de sa vie, parce qu'elle restait assez désordonnée, il était homme à exploiter son illégitimité et à la parer de [uelque prestige. Un talent musical, facile et gracieux, avait plus de chances de se produire les choses ont-elles beaucoup changé depuis le xvm^ siècle?) s'il passait pour l'aimable distraction d'un homme du monde que s'il demandait au théâtre les ressources de l'existence. Dezède s'était lié avec Monvel, et il n'avait pas tardé à travailler avec lui; c'était Monvel qui l'avait introduit au fover de la Comédie, où il était devenu assidu, vivant dans la familiarité «les comédiens. Le piemiei" fruit de la collaboration de Monvel et du musicien avait été un opéra-comique, Julie ^ représenté aux Italiens. L'idée pouvait en paraître ingénieuse : M. de Marsange, seigneur de village, veut,

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contre le gré de sa fille Julie, la donner à un vieux comte fort riche, mais qui, bossu, sourd et bègue, est l'homme le plus disgracié du monde. Julie aime le jeune Saint-Albe et entend n'être qu'à lui. Comment fléchir la volonté de M. de Marsange? Par un stratagème et par la complicité du bon paysan Michaud, qui feint de contraindre sa fille Cateau à un odieux mariage et, pour vaincre ses résistances, invoque l'autorité de son seigneur. Cateau joue fort bien cette comédie; elle est éloquente, dans son prétendu malheur; elle attendrit si bien sur son cas M. de Marsange, en plaidant la cause de la jeunesse et de Famour, qu'il comprend qu'on ne saurait contrarier les sentiments de la nature et ne s'oppose plus aux vœux de Julie.

Grimm, qui n'aima jamais Dezède, fut le seul à le traiter assez sévèrement; mais en le qualifiant d' '< amateur », il est vraisemblable qu'il ne lui causait aucun déplaisir :

M. Monvel a jugé à propos de donner ta musique à un M. Dezède, Allemand, amateur, à ce qu'on prétend, et cet amateur a assez de facilité dans le style; mais il ne pense à rien, il n'a point d'idées, il ne sait pas donner de l'étendue à ses chants, et ses airs sont découpés dans le même carton écourté. Il méri-

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terait d'être placé entre M. Daavcrgne, surnommé l'ennuyeux et le plat, et M. de la Borde, dit le baroque; mais, entre Grétry et Philidor, M. Lamateur ne fera jamais rien '.

Rien de plus injuste que ce hautain jugement. La musique de Dezède, qui ne devait pas écrire moins de dix-sept ouvrages, ne laissa pas d'être appréciée. Aujourd'hui encore, elle ne paraît pas indifférente, et on reconnaît à l'ouverture de Julie, notamment, « un mouvement serré, un rythme précis et net » ^

En 1773, Boulet de Monvel et Dezède donnaient, toujours à la Comédie-Italienne, VErreur d'un moment. Grimm reprochait encore à Dezède « de n'avoir pas d'idées », mais il était bien forcé de convenir du succès : « Le ton général de la pièce a paru un peu trop sérieux, mais les tableaux en sont si touchants, ils sont si parfaitement rendus par Clairval et M""" Trial, qu'on rejette toute espèce de critique pour se livrer à l'attendrissement \ »

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