‹ Mademoiselle JoujouChapitre 2 sur 2 · M A I) K MOIS K L L K .1 0 IM O T · texte numérisé non relu

M A I) K MOIS K L L K .1 0 IM O T

Elle s'arrangea de manière à demeurer seule avec Jacques et, d'une voix dégagée, d'un air indifférent, elle lui dit :

« J'ai reçu des nouvelles de Trois-Fontaines.

— Ah bah ! et de qui donc?

— Du notaire.

— Que te dit-il?

— Des choses fort intéressantes.

— Ah I cela ne m'étonne pas.

— Tiens, je vais te lire sa lettre. Ce sera plus court que de te raconter le contenu :

« — Chère Madame,

(( Au nom de l'amitié très précieuse dont vous voulez bien m'honorer, je prends la liberté de venir vous parler d'une affaire très importante pour moi.

(( Mon fils m'a exprimé le désir de se marier prochainement. La jeune fille charmante, qui fixe son choix en même temps qu'elle attire toute ma paternelle affection, est M"*" Marguerite Doricourt. »

— Ah! vraiment? interrompit Jacques. Au J'ait, je n'en suis pas étonné. C'est une union fort assortie ; ils sont faits l'un pour l'autre. »

Elle continua :

(( — CTest parce qu'elle se trouve en ce mo-

ment chez vous, chère madame, que je me permets de vous entretenir d'un sujet qui ne vous touche pas directement.

a Mon fils vient de terminer ses études de droit et se propose d'aller passer plusieurs mois à Paris.

« Il s'y rend dans quelques jours et vous prie de l'autoriser à se présenter chez vous et de lui permettre d'y rencontrer Marguerite.

(( M. Doricourt connaît ses projets et les approuve complètement; il ne s'agit plus que d'obtenir le consentement de la jeune fille, et, de ce côté, ma vieille expérience me donne bon espoir.

(( En m'adressant à vous, madame, dans de telles circonstances, en réclamant votre patronage pour ces entrevues presque matrimoniales, je me sens doublement confus de n'avoir pu réussir dans la mission délicate que vous m'aviez confiée auprès de votre frère.

« Il a une âme d'élite, un noble cœur, un esprit profond, et je forme des vœux bien sincères pour qu'il rencontre enfin la fleur bleue de ses rêves.

« La trouvera -t-il jamais? »

^me ^g Pontarmé reposa la lettre sur un guéridon, négligeant de lire les formules finales de salutations.

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P^lle regarda tendrement son frère avec insistance. ^

(( La trouvera- t-il jamais? »

Jacques n'aurait pu feindre devant une question aussi directe.

C'eût été, à ses yeux, faire une mortelle injure à Louise que de nier devant sa sœur l'admiration profonde et la passion sincère qu'elle lui inspirait.

Il releva lentement la tête, penchée durant cette lecture, et soutint le regard inquisiteur de M'"*^ de Pontarmé.

« Lis bien au fond ae moi; pénètre jusqu'au plus intime de mon âme, tu n'y verras gas autre chose que le secret très doux que ta sollicitude a déjà surpris. »

Il s'approcha d'elle, lui prit la main et lui dit, la voix vibrante :

(( Ah! ne ris pas de ma folie, ne dis pas que c'est une chimère ; ne me décourage pas surtout. Pourquoi souris-tu ainsi? Tu ne sens donc pas combien j'ai peur de la perdre ! Chaque être qui la frôle au passage peut me la ravir.

— Ne suis-je pas là, Jacques, pour t'aider à garder ton trésor?

— Voilà ce que je refuse obstinément ! .le ne veux pas qu'une inlluence étrangère hi pousse vers moi.

— Elle s'est attachée à loi de toute la force de spn cœur aimant, cl tu le lui rends, je le sais; il semble même que voire affection réciproque se soit augmentée de toute la force du double malentendu qui vous a si longtemps séparés.

— Je sais qu'un mot de toi serait tout-puissant, et c'est pour cela que je te supplie de ne pas le prononcer.

— Ces scrupules sont peut-être outrés. Cependant, je les comprends parfaitement. Mais, si tu m'obliges à me taire, tu vas donc lui parler toi-même?

— Moi? je n'ose pas.

— Comment espères -tu donc alors que la situation puisse se dénouer un jour?

— J'attends que Louise m'ait fait sentir d'une manière irrécusable qu'elle daigne accepter mon amour.

— La passion t'égare, mon petit frère, dit M""^ de Pontarmé sur un ton d'affectueuse persuasion. E*st-ce bien' toi qui attends et réclames de telles avances, toi qui étais si sévère pour la trop grande liberté d'allures de nos jeunes filles modernes, toi qui t'élevais avec une si rude éloquence contre leur désinvolture? »

Il écoutait, rêveur, sans protester.

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Elle ajoula, avec un sourire :

« Kt quand je me rappelht en particulier Ion indignation première devant la spontanéité des sentiments et la vivacité du langage de Joujou, je ine demande si j'ai bien là, devant moi, le même homme que jadis.

— Ne raille pas mon intransigeance passée; j'en reconnais maintenant toute l'exagération. A cause d'elle, j'ai pu vivre longtemps auprès de cette délicieuse enfant sans l'apprécier, ('et aveuglement n'est-il pas incompréhensible? »

^mc (jg Pontarmé souriait toujours.

Elle avait beaucoup souffert du mutisme de Jacques, elle avait tout redouté de son silence, et, maintenant (ju'il s'abandonnait sans restriction et sans détour, elle se réjouissait de cette absolue conliance, elle comprenait aussi quel besoin il éprouvait à parler librement de son amour.

(( Vois- tu, poursuivait- il, j'ai eu le grand tort de m'arrêter trop radicalement à ces manifestations extérieures; elles peuvent être i)arfois la marcjne d'un esprit vulgaire et vaniteux; mais (juchiuefois aussi 1 indice d'une richesse de nature exubérante et vigoureuse, comme pour notre chère Joujou. Les qualités merveilleuses dont elle est douée sont si évi-

dentés que j'ai du les reconnaître bien vite, malgré mes injustes préventions. ))

Il continuait, en s'exaltant :

(( Mais maintenant, si tu savais comme je leur rends pleinement justice, comme j*admire cette ardeur désintéressée, cette bonté, cette intelligence, cette délicatesse... »

^me ^g Pontarmé arrêta d'un geste doux la fougue de cette énumération; elle se leva, embrassa son frère avec une efifusion maternelle, en murmurant :

(( Ce n'est pas à moi qu'il faut dire tout cela, mon Jacques, mais à «elle ».

— Comment!... tu voudrais?...

— Certainement.

— Tu crois?...

— Oui, et pour cela je vais te l'envoyer tout de suite. »

Elle s'éloigna, rapide, avant que M. de La Neuville eût eu le temps de comprendre son dessein et de s'y opposer.

Quoi, Louise allait venir!

Il allait voir son regard profond et scrutateur se poser sur le sien ; ce visage mobile se troubler devant ses aveux; il verrait cette bouche gracieuse s'ouvrir pour le rassurer d'un mot aimant, ou... peutêtre pour laisser passer un arrêt décisif et

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fatal. Son àmc s'agilait conCusénient à cette pensée.

Déjà, il entendait des pas légers et rapides dans l'anlichambie. Joujou était accourue à l'appel de M'"'' de Pontarmé.

« Veux-tu, ma chérie, lui avait-elle dit, le rendre au salon? Jacques t'y attend; il désire te parler... sérieusement. »

La solennité de cette i)hrase, et surtout l'accent ému (jui l'accompagnait surprirent la jeune fille

Mais quand sa belle- mère la serra sur son cœur, comme pour lui faire mieux sentir qu'elle l'adoptait plus complètement ce jour-là, un pressentiment très doux la* secoua tout entière. Lorsqu'elle ouvrit la porte du salon, une rougeur charmante couvrait son visage. Elle s'avança, timide, et ses yeux, ses yeux dont Jacques aimait la caresse, se levèrent sur lui, interrogateurs et confiants. Son altitude naïve rendit à M. de La Neuville le sentiment de sa propre responsabilité.

Devant la candeur de celle enfant, n*élait-il pas obligé, lui, de parler, d'agir comme un homme?

11 chercha une de ces phrases (jui établissent nettement une situation.

Il voulait trouver des paroles calmes, et des

mots tumultueux, pasionnés, vibrants, se heurtèrent sur ses lèvres tremblantes.

Alors, brusquement, pour cacher son trouble, pour exprimer à la fois sa passion profonde et son respect, il saisit les deux mains mignonnes de Joujou et les couvrit de baisers.

Il lui semblait que, dans cette caresse muette, il disait tout son espoir, toute sa prière.

Elle essaya de se dégager doucement, un peu honteuse de cette explosion.

« Non, dit Joujou, je ne mérite pas cela... Moi,... je ne suis qu'une petite fille; ... vous me l'avez dit... souvent. »

Il s'arrêta devant ce murmure indécis.

« Une petite fille ! Âh ! pardonnez-moi d'avoir si longtemps méconnu vos qualités de femme* Vous êtes l'âme la plus noble, la plus tendre que j'aie jamais rencontrée. Vous êtes la créature idéale, accomplie, celle que j'...

— Ah I taisez-vous, je vous en supplie, » s'écria- 1- elle, en l'arrêtant.

Jusque-là, elle l'avait écouté, et son visage, transfiguré par une joie irréelle, semblait s'illuminer à chaque mot de tendresse; mais devant cette révélation, elle eut peur, et, les deux mains tendues vers lui, elle le conjurait de la suspendre.

« Non, non, ne me le dites pasi...

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— Mais, pourquoi donc? »

Tous les soupçons qui avaient tant de fois tenaillé le cœur de Jacques lui revinrent en foule.

« Pourquoi donc? » répéta- t-il amèrement.

Elle se cacha la tête dans ses mains.

Il poursuivait, la voix sombre :

<( Vn autre vous aurait-il déjcà fait semblable aveu? »

Elle écarta ses mains et, découvrant son visage empourpré par l'cmolion, elle s'écria avec toute sa franche impétuosité ;

(( Oh! non, et, d'ailleurs... d'un autre... je n'aurais jamais voulu l'entendre, je vous le jure.

— Laissez- moi donc vous le dire.

— Non, pas encore, répondit-elle avec une obstination enfantine.

— Mais pourquoi?

— C'est que ce bonheur est trop écrasant pour moi. Vous que j'admire sans réserve, vous qui êtes si grand, si supérieur à tous les autres, puis-je croire que vous me donnerirz votre ciHir?... Non,... c'est impossible... J'ai peur,... j'ai peur de celte joie... »

Jacques eut un éblouisscmenl d /icieux.

A voir cette créature exquise elïVayée par la félicité immense qui l'envahissait, il perdait la tête.

Il posa ses lèvres sur son front pur et lentement, avec la solennité d'un serment, il dit :

(( Je vous aime!... »

Il continuait, d'un ton caressant, comme pour apaiser Louise et la rassurer :

(( Je vous aime, n'ayez nulle crainte. Ce bonheur sera doux et pénétrant. Laissez-moi vous chérir, vous envelopper de ma tendresse, écarter de vos pas les tristesses du chemin. »

Louise s'était un peu éloignée.

Les mains jointes, les yeux brillants de larmes contenues, elle écoutait cette musique berceuse; elle aurait voulu l'entendre longtemps encore pour se persuader que ce n'était point un rêve éphémère, mais une réalité délicieuse, une réalité de bonheur.

Jacques se tut.

D'une voix faible, ouatée par l'émotion grandissante, elle murmura :

« Merci I »

Comme elle était différente des autres femmes! Elle ne pensait pas à s'enorgueillir de cet amour, elle ne songeait pas à s'en attribuer la gloire, elle ne le considérait pas comme le tribut d'hommages dû à sa beauté et à ses charmes. Non, elle le regardait comme un don gratuit, une faveur imméritée, une élection arbitraire, et c'est pour cela qu'elle répéta

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encore, avec une reconnaissance passionnée :

« Merci ! »

L'innocente surprise de son regard n'avait pas la coquetterie qui veut assurer son triomphe ; elle n'avait qu'une modestie touchante et naïve.

« Merci de m'avoir choisie entre toutes, moi qui suis indigne de vous. »

M. de La Neuville l'arrêta d'un geste suppliant.

a De grâce! ne parlez pas ainsi. Si vous consentez à placer votre main dans la mienne, si vous me permettez d'être votre soutien, votre appui, votre serviteur, si vous acceptez mon affection de chaque heure, je vous hénirai à genoux. »

Et, pour la convaincre sans retour, il ajouta très tendrement :

(( Je ne comprends plus la vie sans vous. »

Le visage de Louise perdit tout à coup le calme de sa tendre extase; elle s'écria :

i( Ma tante! Ah! comme ma tante serait triste si je la quittais! Non. jamais je ne serai ingrate. Vous ne savez pas (ju'elle a été pour moi une mère afTectueuse, dévouée; je lui dois tout. »

Avec sa générosité spontanée qui ne connaissait point les marchandages mesquins, elle ajouta simplement :

(( Puisque vous m'aimez, il faut que vous partagiez ma dette; au lieu de lui ravir sa fille, promettez- moi que vous serez pour elle le meilleur des fils. »

Heureux de lire en son cœur cette reconnaissance fidèle, il répondit avec force :

« Je vous le promets.

— Elle ne pourrait vivre sans moi, elle a déjà trop souffert de perdre ma mère; je ne veux pas lui imposer une telle douleur à nouveau.

« Et puis, dit-elle, rougissante, je ne saurais être pleinement heureuse si je la sentais triste. »

Elle, tout à l'heure encore balbutiante et timide, devenait énergique, éloquente, résolue pour plaider la cause d'autrui.

M. de La Neuville ne songea pas à protester.

Une soudaine fierté montait en lui à voir si bonne cette chère petite Joujou, « sienne » désormais.

« Votre volonté sera la mienne, je le jure. »

Il prit de nouveau sa petite main blanche, y mit un baiser très long, très pénétrant.

Elle comprit qu'il apposait à leur amour le sceau éternel.

M"® Chantassu n'était arrivée à Paris que

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pour écarter sa nièce du chevet des deux malades.

Elle n'avait eu d'autre dessein que de l'arracher à ses veillées pénibles, elle voulait prendre sa place simplement pour lui éviter toutes fatigues, et ne pensait remplir ce rôle qu'avec une fioide ponctualité.

Cependant, le désespoir navrant de M'"^ de Pontarmé, immobilisée par la souffrance, alors qu'elle eût voulu soigner sa petite Suzanne, l'avait d'abord touchée.

Fuis, à son insu, elle s'était laissée gagner par la reconnaissance afYectueuse de la mère, la grâce câline de l'enfant. Chaque jour, elle s'y attachait davantage; et, peu à peu, à la régularité consciencieuse de ses soins, venait s'ajouter l'attention inquiète de sa tendresse.

Elle reconnaissait maintenant toute la grandeur d'àme, toute la délicatesse de sentiments de M""*^ de Pontarmé; elle comprenait mieux certains silences, certa nés, abstentions qui l'avaient autrefois blessée.

Tante Alix se demandait même si, avec plus de douceur et de bonté, elle n'aurait pu avoir avec sa belle-sœur les bons rapports que M. de Pontarmé l'avait suppliée de conserver.

Elle revovait dans sa farouche aiVection

pour sa chère morte l'origine de ses préventions et de sa partialité.

Et puis, sa chère Louise n'était- elle pas l'enfant chérie de la maison?

L'affection admirative, la tendre prédilection dont elle était l'objet avaient pris le cœur de tante Alix plus sûrement que la gratitude de tous.

Un autre sentiment de mélancolique prévoyance accentuait encore cette évolution. Elle avait vu la mort soudaine prête à fondre sur des êtres vigoureux, et, tristement, elle avait songé que sa disparition subite laisserait Joujou seule au monde.

Et, après avoir rêvé de concentrer sur elle seule toutes les forces affectives de l'enfant, elle se réjouisait de voir d'autres tendresses, d'autres appuis lui être assurés.

Aussi, lorsque sa nièce accourut, toute rougissante, se jeter dans ses bras en murmurant le nom de Jacques, comprit- elle vite l'inévitable qui venait de saisir Joujou.

La jeune fille, suspendue à son cou, disait d'un ton calme et suppliant :

« Ma tante,... ma bonne tante,... veux-tu? »

Elle accomplit en une seconde douloureuse son pénible sacrifice sans une plainte, sans un cri. Elle répondit simplement :

Los exclamations aclmirativps d.s j»Miiu'.s saliiaitMil les niarifs

à leur passagr. •]

MADKM.'OISHLLi: .lOl'.IOl 273

^< Je veux loii 1)011 heur, ma chérie. >»

Son accenl était lerme de sublime abnégation.

Un éi^oïsme inconscient eût pu accepter ce dévouement sans en comprendre la profondeur, mais Joujou savait apprécier Tardenle alTection de sa tante.

De sa voix la plus caressante, elle reprit :

« Ne crois pas cpie je puisse être heureuse sans toi. Jamais, entends-tu bien, jamais je ne consentirai à te quitter. N'est-ce pas toi qui as recueilli la pauvre petite orpheline, qui as remplacé auprès d'elle toute la famille que le ciel lui avait ravie? »

M"*" C.hantassu se laissait doucement émouvoir par l'assurance de cet avenir béni qu'elle n'avait jamais osé rêver. Kbranlée par cette joie immense, imprévue, elle se laissa tomber dans \\w fauteuil.

Louise la regarda avec des yeux pleins d'une indicible reconnaissance, puis, se mettant sur ses genoux, elle lui dit tout bas :

«^ Je serai toujours ta petite Joujou, n'estce pas? »

Elle continua ;

Ki Je ne veux i)as vivre sans toi. Jaccjues sait que la présence est nécessaire à mon bonheur. Nous ne nous séparerons pas , il me l'a

promis. Et toi, veux-tu me le promettre à ton tour? »

Pour toute réponse, sa tante l'étreignit de ses bras enveloppants et déposa sur ses cheveux un tendre baiser.

Le clocher aux ardoises grises égrenait dans l'air pur sa joyeuse chanson.

Tous les travaux étaient suspendus ce matinlà dans le petit village de Trois-Fontaines ; car chacun, revêtu de ses habits de fête, était venu assister au mariage des deux demoiselles du pays.

Quand l'harmonium aux notes fatiguées eut achevé l'hymne final, le cortège s'ébranla.

Déjà les curieux se massaient sur la place de la mairie, les enfants se préparaient à ramasser les dragées multicolores que la main joyeuse de Suzanne allait jeter à profusion.

Le sacristain ouvrit à deux battants la porte vermoulue.

Les cris d'impatience des petits, les exclamations admiratives des jeunes, les murmures attendris des vieillards se mêlèrent en une rumeur confuse, saluant les mariés à leur passage.

Correct et grave, Maurice Noirmont parut le premier. A son bras, Marguerite s'avançait

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majestueusement; aucun trouble n'altérait la sérénité de son visage calme sous lu courbe régulière de ses bandeaux noirs,

Ses yeux paisibles regardaient au loin la route simple et connue qu'elle allait suivre avec le compagnon de sa vie.

Derrière eux, Joujou s'avançait, transfigurée de bonheur, et Jacques, serrant la main fine qui s'abandonnait, confiante, regardait avec une tendresse émue la « petite Heur bleue » de ses rêves.

Fabriqué en irance.

4017t). — Tours, impr. Mai

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