CHANT V
En se retrouvant sur la terre, notre poëte, continuant le récit de son rêve, se livre à l'adoration des œuvres du Créateur, et, selon toute apparence, ce morceau lui a été inspiré par la lecture du livre de Job. Enfin il rencontre un guide, Bon-Espoir, qui le conduit vers la Fortune.
JACQUES I er D'ECOSSE.
VIII. Alors, je vis, dit-il, une immense place circulaire, au milieu de laquelle était la déesse Fortune, grondant avec insolence, ayant devant elle une roue sur laquelle une multitude de gens s'efforçaient de grimper.
XI. — Au-dessous de la roue était un trou profond, horrible comme l'enfer, où je ne pus plonger mon regard sans frissonner de terreur ; j'appris là que ceux qui y tombent ne reviennent jamais pour en donner des nouvelles ; aussi, arrêté par cet effrayant spectacle, je ne sus ce que je devais faire, tant je fus épouvanté.
XII. — Mais, quand je vis le tournoiement rapide de cette roue qu'il fallait attraper au passage, cela me parut une terrible chose; car je vis une foule de gens qui, le pied venant à leur manquer, en voulant grimper, retombaient à terre, tandis que d'autres, déjà parvenus au haut de la roue, étaient aussitôt renversés.
XIII. — Entre le haut et le bas de la roue, était un petit espace vide, que tous désiraient occuper le plus longtemps possible. Mais la Fortune faisait tourner la roue si rapidement, que les grimpeurs, perdant l'équilibre, étaient précipités du haut en bas, en sorte que la plupart blessés ne se sentaient plus le courage de recommencer.
Au temps où vivait Jacques, on aimait beaucoup les allégories de ce genre ; aussi a-t-il développé toutes les ressources que lui fournissait celle de la Fortune. Nous en avons donné les traits les plus saillants, et nous ajouterons que la déesse finit, après avoir assuré le royal amant de sa protection,
par lui tirer si violemment l'oreille qu'il se réveille complètement, ce qui met un terme à la vision et à ce cinquième chant.