M**» LANGE, LÉOPOLD
u u * lange, arec tendresse. Point blessé , n’est-ce pas?
LÉOPOLD. Non. point blessé; j’avais trop d'avantages sur lui, je vous défendais ; puis, votre souvenir me protégeait contre le coup mortel.
m"* lange. Que vous êtes noble, Léopold !
Léopold. Je suis heureux, voilà tout.
M 11 ” lange, avec tristesse. Et cependant un malheur nous menace, votre père est ici.
Léopold. Je l'ai appris ; il vous a parlé ?
M n * lange. Julie seule s'est trouvée avec lui; il veut absolument que vous quittiez Paris, que vous m'abandonniez.
lêopold, avec exaltation. Veut-il aussi
que je vous oublie? Le pouvoir d’un père ne peut aller jusque-là... je vous aime, parce qu'il était dans ma nature de vous aimer, parce que mon amour est ma vie et mon bonheur à la fois; et vous ne m'aimeriez pas, vous, ô la plus généreuse des femmes , que I je trouverais encore dans mon amour un refuge contre le désespoir.
Am : Ptaignei-moi.
Ce que j'nime en tous, ma boudeuse,
Ce ne sont pas vos yeux d'azur,
Votre chevelure soyeuse.
Ni l'éclat de ce front si pur...
Ce que j’aime eu vous c'est la femme Qui soumet les cu>urs à sa loi...
Ce que j’aime en vous c'est votre àme.
Tout ce que j'aime en vous... c’est toi !
Eniiu ce que j'aime c’est toi!..,
M 11 ' lange, douloureusement. Mais si votre père vous deshérite ?
Léopold. Eh ! qu’importe.
M lu lange. S’il vous maudit?
lêopold. La malédiction d'un père ne s'échappe jamais que de scs lèvres.
si 11 ” lange. Comme vous savez jeter un baume consolateur sur ma blessure encore saignante! Mais, ne m'en veuillez pas, mon ami, votre |>èrc ne comprend guère, ce me semble, certaines délicatesses de l'âme... Il m'a écrit une lettre horrible.
LÊOPOLD. Pardonnez, c'est mon père.
M 11 * lange. Ses paroles ne m’ont point offensée, elles m’ont effrayée seulement, et je n'ai tremblé que devant cette volonté absolue qui tient à vous éloigner de moi.
lêopold. Nous vaincrons sa résistance.
m u * lange, arec amertume. Si Jpourtant elle est inébranlable?
lêopold. Je suis plus croyant que vous , et j'espère... A-t-il appris mou duel?
M lu lange. Oui , ici même , par votre lettre, et il est parti comme s'il avait déjà votre mort à déplorer.
lêopold. Vous voyez bien que je suis toujours son fils.
M u * LANGE , s’animant par degrés. Oui ,
' son fils damné par une comédienne, car c'est I ainsi qu’il m'appelle, mou pauvre Léopold...
! Comédienne, c'est-à-dire, être fatal à soi- ! même et à ceux qui nous approchent, cœur fardé comme les jours, tête folle n’ayant de ! pensées que celles qu’on lui prête, existence vénale dont chacun veut sa part à l'éclat d’un lustre, dont chacun se rit, que chacun a le droit d'attrister... Comédienne! c'est à-dire paria des grandes cités, où on ne l'accueille que pour l’amusement de tous, et dont le titre seul est un outrage... Léopold, je suis comédienne, vous voyez donc bien que vous vous dégradez par votre amour.
S MAGASIN THEATRAL
Léopold. Ab ! plus vous voulez vous humilier par vos paroles, plus vous vous relevez à mes yeux... Le inonde vous calomnie, je vous honore... des jaloux vous insultent, je vous défends... mon père vous repousse, je vous accueille. . . Soyez ma femme.
M 11 ' lange , avec dignité. Léopold, votre amour a rempli sa tâche. .. c'est à mon tour à vous prouver si je vous aime... Non , je ne dois pas vous faire partager ma proscription ; non, je ne saurais vous exposer sans cesse îi l’épée des insolents; non, je ne veux pas me placer entre le fils et le père...
LÉoroLD. Mon père?
M ,u lange. 11 vous cherche... il sait votre duel... il s’inquiète... il pleure... Léopold, allez le rassurer... Mon ami, ma raison l'emporte sur ma tendresse... Ecoutez mes dernières paroles... que votre père approuve votre choix , et je suis heureuse de me donner à vous... qu’il persLte dans ses refus, et la maison de mademoiselle Lange vous est fermée â jamais.
Léopold. Ah ! par pitié !
m"' lange, sévèrement. Allez retrouver votre jiêre.
Léopold. Vous le voulez, j’obéis.
Am; Valse de Oiselle.
M ,le LANGE.
Je ne veux plus vous cacher ma tendresse,
Dépêchez-vous, partez, Je vous attends.