‹ Mademoiselle Lange vaudeville en un acteChapitre 8 sur 18 · SIMON, JULIE · texte numérisé non relu

SIMON, JULIE

SIMON , brusquement, ile voudrais bien savoir, madame ou mademoiselle, où est mon fi js Léopold?... Vous n'entendez pas. ( Long silence.) Est-ce à mademoiselle Lange que je m’adresse ?

JULIE, à part. Laissons-le dans le doute.

SIMON. Eh bien ! point de réponse?

Julie, arec dignité. A Paris, monsieur, cité des convenances, nous autres, dames ou demoiselles , comédiennes ou femmes du monde , nous n'avons pas l'habitude de répondre à qui nous adresse la parole le chapeau sur la tête.

SIMON, se découvrant. Soit, découvrons mon chef. Où est mon fils ?

JULIE. Voulez-vous, monsieur, vous donner la peine de vous asseoir ?

simon. Volontiers , c’est un moyen de s’entendre.

11 va prendre une chaise et s'assied dessus; puis sur un mouvement de Julie, il lui offre u chaise et va en chercher une autre.

julie. Vous êtes ici, monsieur, chez mademoiselle Lange, artiste de la Comédie- Française ; vous occupez là une place que les plus grands seigneurs vous envieraient, et où j'ai vu souvent votre Ids bien cr.intif et bien bou eux à la fois.

Simon. C’est |Kiur lui enlever te boudeur cl cette crainte que vous me voyez à Paris.

Je suis riche... riche de près de deux mil-

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lions, je n’ai pas d’autre héritier, et je ne vcox pas que sa fortune se dissipe avec une...

comédienne.

jllie, un peu irrité'. Monsieur, vous êtes ici chez mademoiselle Lange , comédienne otdinaire du roi.

simon. Oui, très-ordinaire.

JULIE. As-ez en effet , monsieur, pour tourner la tète à tous les hauts barons de la capitale, et à tous les Gis de carrossiers de Belgique. Crotez-mni, monsieur, ne méprisez aucun état, il y a des talents qui les ennoblissent tous; et le nom de mademoiselle Lange est salué en tous lieux avec amour et respect.

simon, à part. Elle n’est pas mal vaniteuse, la gaillarde!

JULIE. Cultive-t-on les arts à Bruxelles?

simon. On cultive les roues de carrosses.

JULIE. C’est beaucoup pour aller vite, ça n’est pas assez pour aller À la gloire.

simon, d part. Elle a réponse à tout.

JULIE. Knlin, monsieur, pour ne pas prolonger un entreiien où nous nous comprendrions difficilement, concluons... Vous voulez votre fils?

SIMON. Oui , oui , oui !

JULIE, l’renez-y garde ; la violence réussit rarement

simon. Ob ! la crainte d’être déshérité enlaidira sa belle.

JULIE. Que vous connaissez peu le cœur de l'homme... du jeune homme, surtout.

SIMON. Parbleu ! s'il était plus âgé , je tremblerais moins.

juue. Vous redoutez donc bien son mariage...

simon. Si je... Tenez, j’aimerais mieux vous épouser A sa place.

Ils sc saluent.

JULIE. Voilà une déclaration à brûle-pourpoint, et il n’est pas généreux de sc faire ainsi le rival de son lits... Pourquoi êtes-vous venu après lui?

SIMON. Après? mais je suis venu avant, je vous prie de le croire. ( Julie le regarde en snuriant. ) Ah ! pardon , j'ai dit une bêtise !

Julie. C’est vrai.... Tenez, monsieur, signons un pacte; gardez votre fortune, et laiss z à M. Léop* Id son bonheur.

SIMON. 11 est donc heureux?

JULIE. Heureux de tout, d’une espérance, d’un regard, d’une parole.

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