‹ Mademoiselle, ma femmeChapitre 10 sur 11 · LE DERNIER MOT DE LEA · texte numérisé non relu

LE DERNIER MOT DE LEA

Trois mois après les événements que nous venons de raconter, — c'est-à-dire vers la fin de juin, — une après- midi, Didier des Pralsse présentait rue de Provence.

Assuré par la femme de chambre de Léa que sa maîtresse était seule, Didier livra son nom ...

Et, à l'annonce de ce nom, Léa, qui lisait un

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roman dans son boadoir, jeta loin d'elle le livro en s'éciiaut :

— M. Didier des Pratsl... Mais faitos entrer 1 faites entrer bien vitel

Il entra.

Tout d'abord, Léa fut frappée du changement qui s'était opéré dans la physionomie et jus:iue dans la tournure de Didier. Un changement tout à son avantage; quelque chose d'impossible à analyser et. qui sautait aux yeux, pourtanL.. Aux yeux intelligents.

Il s'avançait, incliné.

— Ma chère Léa» dit-il, pardonnez moi d'avoir tant tardé à vous rendre une visite dont la reconnaissance me faisait un devoir. De toutes les femuied parmi lesquelles j'ai vécu auliei'ois, voui

êtes la seule qui m'ayez térnoigné une utue amitié... D'in limes confidences de ma part qous avaient, en outre, rapprochés un moment. Aujourd hui je viens vous prouver que, forcé que j'aie été de rester éloi^^né de vous, je ne vous ai néaumoius pas oubliée...

« El, vous prier, quoi qu'il arrive dans l'avenir, si vous aviez besoin de moi, d'être convaincue que je vous suis éternelJtment acquis. »

De plus en plus surprise, et du langage et du maintien de Didier, Léa gardait le silence.

— Allons, reprit-il, d'un ton plus dégag«5, en l'asseyant près de la jeune femme, vous voilà tout interdite parce que vous apprenez que vom avez un ami .. sur lequel vous ne comptiez ].,1, > guère, peut-être 1...

SnS MADEMOISELLE MA FEMME.

— Un ami, bien! mais un ami recoanaissaût,.. à quel propos?

Parlant ainsi, Léa regardait Didier dans les yeux.

— Mais c'est tout simple, répliqaa-t-il. Je suis heureux... et si ce n'est pas absolument à vous que je dois mon bonheur... du moias ne pouvez-vous nier que vous y ayez pour beaucoup contribué.

— Contribué?... De quelle façon?

Didier sourit.

— Ah ! ah ! fit-il, il faut vous mettre les points tur les il... J'obéis.

«Voyons, Léa... wyez franche... vous étiei.,.

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de longue date... au courant de la liaison de Ma* rion et de M. Tiercelet, n'est-ce pai?

— C'est possible ! Après ?

— Après!... A la suite de mon entretien avec vous, ici... entretien dans lequel je ne vous avais dissimulé ni mes regrets... ni mes aspirations... j'ai reçu une lettre anonyme qui m'apprenait... ce que vous saviez...

— Eh bien?...

— Eh bien!... Mon Dieu, vous m'effrayez, en vérité, ma chère, avec votre air sévère !.., Suis-je donc coupable d'avoir pensé... de penser encore... que cette lettre, qui m'a sauvé... vous pouvez me dire qui l'a écrite ?

Léa respira plus librement; ses traits/^ agites,

se rasseidiièrent; elle reprit dune voix inoijis Iroujolée :

— Alors... ce n'est pas moi que vous soupçonnez d'avoir écrit cette lettre?...

— Fi! se récria Didier. On m*y parlait d'argent... cette lettre ne peut donc qu'ôLre l'œuvre de quelque servante !...

« Et j'ai apporté l'argent pour la servante.

« A l'amie... j'ai apporté un souvenir.

\^ « Est-il de votre goût? »

Ouvrant un écrin qu'il avait tiré de sa poche, Didier présentait à Léa un ravissant liracelet semé d'émeraudes et de rubis,

Quelle femme résistera à l'attrait d'un bijou l

Léa hésita, cependant...

MADEMOISELLE U^ FEMàUÎ. Zl%

Mais, se révisant :

•^ Eh bien, soit! dit-elle; j'accepte votre présent, Didier.

€ Et, en échange, je vous rendrai le service que vous attendez de moi : celui de remetUe soa salaire à la servante.

« Car c'est là ce que vous désirez de moi, je pense? »

Didier s'inclina.

— Je l'avoue, fit-il, il me ré[.ugnerait do voif cette femme.

« Une domestique de Marion, n'est-ce pas?

— Oui; Elisa, sa femme de chambre,

— Ah!..,

— Mais... puisque vous avez deviné que c'est moi qui ai inspiré à cette fille l'idée. .. de vous sauver... n'êtes vous pas curieux dapprendre comment cette idée m'est venue?...

— Mais... parce que vous avez eu honte de mon ridicule.

— Un peu à cause de cela, sans doute, mais beaucoup par un autre motif.

« Je suis franche... Tout en vous rêvant libre, je n'eusse pas, néanmoins, cherché à vous donner votre liberté, si les moyens ne s'en fussent en quelque sorte présentés à moi, d'eux-mêmes.

— Je ne vous comprends pas.

— V ous allez me comprendre.

« Oui, c'est Elisa qui vous a écrit la lettre... et elle vous l'a écrite à mon instigation. Mais pourquoi l'ai-je poussée, moi, à cette trahisea, — qui

ne frappait giie votre maîtresse... votre» indigne maîtresse? — Parce que cette trahison était laréparation d'une autre infamie envers vous... et une femme... qui avait droit, celle-là, à vos respects.

— Qu'entends -je ? C'est Elisa.,.

— Qui est allée trouver M"^ de Vandreuil à la suite de ce déjeuner où vous aviez si follement bavardé î Oui...

— La misérable!... Et... elle lai a parlé, à elle... M"* de Vandreuil?

— Non ! . . . Allons donc ! . . . Est ce que M'"'* de Vandreuil l'eût reçue!... Elle a parlé à sa gouvernante... une vieille Bretonne, nommée, je crois, Geneviève... à qui, en récompense de ce beau trait, elle demandait de l'or... et qui lui a répondu en la chassant honteusement.

c Comprenez -von s, à présent, pourquoi Ehsa

n'a pas osé signer la lettre qu'elle vous a adiessée?...

« Comprenez- vous pourquoi elle a attendu patiemment que vous vinssiez me demander des renseignements... en me suppliant de n'5^ point faire figurer son nom ?

^- Et où est-elle, aujourd'hui, cette fille?

— Dans un magasin de modes qu'elle espère bien acheter avec ce que vous lui c?^î?ez...

« Oh ! elle est tranquille I Je lui ai juré que, cette fois, elle serait payée.

« Si tranquille, cette chère enfant, qu'elle EOuge à entrer bientôt en ménage.

— Et Marion n'a pas su ?..»

— Marion ?... Elisa lui a persuadé que, si vous l'aviez surprise, c'était sur des soui)çons que vuUg

aviez conçus et à l'aide d'une clef que vous lu aviez soustraite.

— Est-ce que vous la voyez toujours, vous, Marion, Léa?

— Non. Bien que je ne me reproche point ce que j'ai fait... pour vous, Didier... il me déplairait pourtant de me retroiiver avec elle.

Il y eut un silence.

Enfin, se levant en tendant un portefeuille à

Léa:

— Il y a dix mille francs là-dedans, dit Didier. Vous voudrez doue bien les donner à.. cette fille?

r V G MADEMOISELLE MA FEMME.

— Je les lui donnerai ce soir.

— Merci... et adieu.

Il s'éloignait.

— Ah! murmura Léa. d'une voix o à perçail une sourde amertume, adieu... ainsi... à celle que vous appeliez tout à l'heure votre amiel...

— Pardon! s'écria-t-il, en revenant viveme al vers la jeune femme.

— Vous êtes tout pardonné, reprit-elle. Mon Dieu ! je conçois... Le dégoût vous est monté au cœur en écoutant ce que je vous ai conté... et... naturellement... vous m'enveloppez dans ce dégoût. . . moi qui ai participé à ces ignobles histoires I...

— Oh ! mais vous vous trompez, Lca. Puisque vous y avez participé... dans mon inlcièt... je serais un ingrat de...

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— Assez!... j'aurais tort de vous demander plus que vous ne pouvez m*accorder, Didier. Qn gage... qu'on se procure chez un marchand... de votre reconnaissance. Et je le conserverai précieusement, croyez-le, ce gage !.. . 11 me rappellera...

— Il vous rappellera?..,

— Que vous êtes heureux, 'uii bon souvfeiur. Adieu.

Elle ne lui offrait pas la main... Il n'osa pas la prendre...

Et il partit..

Quand il ne fut pins là :

— C'est singulier, mnrraura-t elle, mais il me semble mainteuaulque je regrette qu*î7 ne m'ait pas aimée I

«Bah I... suis-je folle I — Et elle essuyait uiie larme qui brûlait sa joue. — Mais est-ce qu'il m'eûtaimée, moi... comme il aime... sa femme!,..

« Nous récoltons ce que nous semons, nous autres!... le mépris !... —Dieu est juste!...

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