SCENE PREMIERE Mme PASCAL, M. PASCAL
M"^^ PASCAL, après un rapide coup d'œil dans
le salon, se retournant vers la salle à manger.
Elle n'est pas ici, non plus... ni Paul ! (A mivoix :) C'est inconcevable !,., Le dîner va être froid.
M. PASCAL, sortant à son tour de la salle à manger.
J'ai donné l'ordre à Pierre d'aller avec la petite voiture au dispensaire, chez les Dorviet, im peu partout... (Il fait quelques pas, puis s' arrêtant devant un guéridon :) Les gants de Paul ! ceux qu'il avait à la chasse !... (A Mme Pascal :) Et cette porte, ce n'est pas toi qui viens de l'ouvrir?... Non... Donc, ils viennent de sortir, il y a quelques minutes à pein£.
(Il va à la porte vitrée du jardin :) Thérèse !... Paul!... (Puis il revient dans le salon.) Attendons !... (Il s'assoit, Mvie Pascal s'assoit.)
As-tu reçu beaucoup de visites, cette aprèsmidi?
Mme PASCAL
Énormément. Elles ont mangé comme quatre. M. PASCAL, se levant brusquement.
Je parierais qu'ils sont allés jusqu'au bord de l'étang, voir le clair de lune !... Elle le dresse ! Non, non, pas de ça!... C'est que le mâtin se laisserait faire trop facilement !...
M"'- PASCAL
Mais, qu'est-ce que tu bougonnes?
M. PASCAL
Je bougonne que, de toutes ces promenades où Thérèse l'entraîne, Paul me revient toujours plus dans les astres... Cette après-midi, notamment, je ne sais pas ce qu'il avait pendant la chasse. Il n'a pas tiré, une seule fois, comme il faut. (Vivement.) Quelle heure est-il?
Huit heures vingt.
M. PASCAL
A table ! Je commence à en avoir assez. Une bonne leçon à donner à ta fille pour ses allures indépendantes !
M"^e PASCAL
Il est temps ! Ces allures, tu les as supportées pendant vingt ans.
M. PASCAL
Aujourd'hui, ce n'est plus la même chose. La vie de famille n'est pas un préjugé, à la fin ! L'exactitude doit régner dans la maison, maintenant qu'il y a un enfant !
(Mme Pascal se dirige vers le piano pour éteindre le lampe. Elle pousse un cri.)
Qu'est-ce que c'est?
^ivae PASCAL
Un accident!... Il est arrivé un accident!... J'en étais sûre !... La « pharmacie » de Thérèse est là, encore ouverte. Thérèse s'est blessée.
M. PASCAL
Elle aura soigné quelque pauvre !
^me PASCAL
Non, non ! Elle n'en a pas amené un seul dans la maison depuis deux mois.
M. PASCAL
Crois-tu qu'ils se tiennent jamais pour battus, ces gens-là?
Miae PASCAL
La chasse !... Paul !.,. Son fusil !.., Ah ! mon Dieu! Était-il déchargé, son fusil?
M. PASCAL
Parbleu !
Mme PASCAL
Vous dites toujours ça, les chasseurs.
M. PASCAL lui présentant un petit flacon. Lis l'étiquette de ce flacon.
W^^ PASCAL
Eh bien?
M. PASCAL
Mettons que Paul se soit égratigné un doigt ; et ne parlons plus d'un accident réparé en trois gouttes d'arnica. D'ailleurs, s'il y avait eu quelque chose de plus grave, Thérèse nous aurait appelés...
Mme PASCAL
Tu crois?... En tout cas, je ne veux plus que Paul ait de fusil.
M. PASCAL
Je lui en achèterai un en bois...
Mine PASCAL
C'est bon I Fais-lui tuer tout le gibier du pays, puisque cela t'amuse.
M. PASCAL
Et toi, compte et recompte ses mouchoirs de poche. Chacun son rôle !... Et tout doucement ainsi, nous nous apercevrons, un jour, quand Paul sera bien armé physiquement et moralement pour la vie, que nous avons accompli
une bonne oeuvre... Sans nous déranger beaucoup de nos habitudes, nous aurons réparé...
Mme PASCAL
Réparé?
M. PASCAL
Oui, réparé... Paul devrait être ton petit-fils...
yime PASCAL
Le tien aussi, après tout !
M. PASCAL, brusguemenf.
Dînons !
(Ils vont quitter le salon, lorsque s'ouvre la porta vitrée. Et Thérèse centre, très pâle, M. et Mme Pascal se précipitent au-devant de leur fille.)