SCÈNE II M. PASCAL, Mme PASCAL, THÉRÈSE
M. PASCAL
Enfin! D'où sors-tu?
Mme PASCAL
Quelle figure! Tu es toute décoiffée! Et tu étais allée te promener comme cela, sans manteau, en petits souliers?...
M. PASCAL
Je t'en avertis, ma fiUe : je ne souffrirai plus cette inexactitude. Quelle affaire si importante t'appelle donc, hors d'ici, à huit heures du soir?
Mtne PASCAL
Réponds !
(Silence de Thérèse.) M. PASCAL
Elle ne parlera pas...
Mm« PASCAL
Elle va nous recommencer ses crises de mutisme d'autrefois...
M. PASCAL
Ah ! mais non !
THÉRÈSE, violemment.
Je vous en prie...
M. PASCAL
Et Paul?
THÉRÈSE
Il dîne chez le garde-chasse.
M. PASCAL
Il aurait pu nous faire avertir plus tôt. Beaux exemples que tu lui donnes !
f^me PASCAL
Il va falloir bouleverser le couvert !
M, PASCAL
Tous les deux, vous avez mis la maison sens dessus dessous. Pierre est parti en voiture, à votre recherche... Sans compter que ta mère a failli avoir une syncope en apercevant ce flacon d'arnica...
Mme PASCAL
Vas-y ! Ridiculise-moi !
M. PASCAL
Elle s'est imaginé aussitôt que Paul avait dû se tuer avec son fusil, (Thérèse -pousse un cri.) Quoi !... C'est vrai?... II... Il s'est blessé?
jime PASCAL
Thérèse, je t'en supplie, ne nous cache rien, mon enfant !
M. PASCAL
Quoi?... quoi?... Dis quelque chose.
THÉRÈSE
Paul avait son fusil?
M. PASCAL
Il a passé l'après-midi à la chasse, tu sais bien ! Il est revenu ici?...
Oui, oui...
M. PASCAL
Vous avez causé?
THÉRÈSE
Oui, nous avons eu une discussion très grave. Il est reparti brusquement. Il s'est échappé... Alors...
M. PASCAL
Eh bien?
THÉRÈSE, affolée.
Alors... je ne sais plus.
M. PASCAL
Ce dîner chez le garde-chasse?..,
THÉRÈSE
Ce n'est pas vrai... J'ignore où Paul est allé... Il faut courir ! Il faut le chercher !... Venez !... M. PASCAL, à Mme Pascal.
Toi, reste là.
(M. Pascal, accompagnant Thérèse, se dirige vers la porte du jardin.) j^me PASCAL
Imagines- tu que je vais rester là, com-me une sans cœur et sans cervelle?... (Criant vers son mari et Thérèse.) Mais attendez donc un peu que je vous fasse apporter des pèlerines et des socques !...
THÉRÈSE s'arrétant tout à coup, au moment d'ouvrir la porte.
Père !... Ce fusil?
M. PASCAL
C'est celui de Paul.
THÉRÈSE
Tu es sûr? Ce n'est pas le tien?
M. PASCAL
J'en suis sûr. J'ai déposé le mien dans rnon cabinet. D'ailleurs, Paul est-il rentré par cette porte?... Tu étais dans le salon?... Il aura tout simplement placé son arme de cette façon... (Et faisant le geste.) Le geste est machinal. (Puis, respirant largement.) Ah ! le bougre ! Il peut se vanter de nous avoir fait une foutue peur... Je vais lui passer quelque chose, tout à l'heure...
Allons, ne tremble pas comme ça, Thérèse... C'est fini... voyons... Calme-toi... C'est fini !...
M°^e PASCAL
Alors, on ne part plus?...
M. PASCAL, haussant les épaules.
A moins que tu veuilles aller en Chine. A table !...
jime PASCAL Neuf heures ! Ça va être bon !... D'ailleurs, je vous demande un peu pourquoi il se serait tué?... M. PASCAL, à Thérèse.
Quel est le motif de son départ brusque? Pourquoi vous êtes-vous disputés?
THÉRÈSE
Je te dirai tout. Je te raconterai... Laissezmoi me reposer, quelques instants...
Hjine PASCAL
Tu ne viens pas dîner?
THÉRÈSE
Non.
M. PASCAL
Paul va bien rentrer, je pense?
THÉRÈSE
Il ne peut pas ne pas rentrer. Et quand vous l'entendrez revenir, ne bougez pas... -J'ai besoin de causer avec lui. Il le faut...
M. PASCAL remontant, suivi par sa femme; puis tout à coup, écoutant près de la fenêtre.
Tiens, le voici...
THÉRÈSE, allant à la fenêtre.
Oui, oui, c'est lui... (Vivement.) Sortez I A tout à l'heure !
Mine PASCAL à son mari, au moment de sortir.
Quel paquet de nerfs !
M. PASCAL
Ta sœur ! je te dis, le portrait de ta sœur !... Eh ! passe donc la première ! Nous n'en sommes plus aux cérémonies, à notre âge !...
(Ils sortent.) (Thérèse reste seule quelques secondes. Toute tremblante, elle est revenue s'asseoir auprès de la cheminée, le dos à la porte, les yeux fermés, une main contenant les battements de son cœur. Paul entre lentement, la figJtre bouleversée de douleur et de honte. Il s'arrête derrière le fauteuil de Thérèse qui ne bouge phis, attendant un cri, un san°lot... Soudain Paul vient tomber à genoux devant elle, le visage noyé de larmes.)