SCÈNE VII THÉRÈSE, ANNE
THÉRÈSE
Anne, éteignez les deux grandes lampes, je vous prie... Donnez-moi celle-ci...
ANNE, qui s'est précipitée vers Thérèse. Mademoiselle !
THÉRÈSE
Qu'y a-t-il?
ANNE
Qu'il me tardait de vous voir... Oh ! mademoiselle !... J'ai été chez mon petit, ce matin...
THÉRÈSE
Eh bien?...
ANNE
Il est très malade... Je n'ai pas osé en parler à madame. Ça m'étouîïait,.. Il y a des choses dont on n'ose pas parler avec n'importe qui... Mais, c'est mon petit tout de même... C'est mon enfant... Je suis une mère comme une autre, après tout... On n'a plus le droit de me mépriser maintenant... Je ne veiix pas qu'il meure !
THÉRÈSE
Qu'a dit le médecin?
ANNE
Qu'il le sauverait, peut-être...
THÉRÈSE
Vous voyez bien... Ne vous alarmez donc pas comme cela... S'il y avait eu quelque chose de plus grave, dans la journée, on serait accouru pour prévenir. Sa nourrice est une brave femme. Je la connais... Vingt minutes de trajet seulement vous séparent de votre enfant... Il est vivant !.,..
ANNE
Je ne veux pas qu'il meure 1
THÉRÈSE, avec -passion.
Répétez-vous ceci, comme un acte de foi : « Il est vivant !... \dvant !... Il est près de moi et n est vivant!... » (Brusquement.) Mais de quoi vous plaignez-vous donc, à la fin?...
ANNE
Si vous le vouHez, demain, mademoiselle...
THÉRÈSE
Réveillez-moi à six heures. Nous iions le voir ensemble... Avez-vous l'adresse du père?
ANNE
Je peux l'avoir.
THÉRÈSE
Il faut le mettre au courant... lui expliquer... tenter une dernière fois de l'émouvoir, de le faire revenir...
ANNE
Oh ! oui, mademoiselle !
THÉRÈSE
Je vais écrire la lettre avant de me coucher... Je vous la ferai signer demain.
ANNE
Je ne sais pas signer.
THÉRÈSE
Vous signerez d'une croix... Une croix I II comprendra S... Anne, on se rend toujours plus ou moins compte du mal que l'on fait ; personne n'est entièrement méchant ! Allons, allons, partez... Faites-moi passer cet encrier et ce papier... C'est bon... Partez !... Laissez-moi seule, maintenant...
(Anne a posé l'encrier, le papier, sur la table. Elle sort. Thérèse écoute s'éloigner son pas dans la nuit, puis elle s'assied et commence à écrire.)
THÉRÈSE, prononçant d'tme voix basse les mots que trace sa plume :
« Mon bien-aimé... mon pauvre bien-aimé... où donc es-tu maintenant, si loin... Où donc es- tu, ce soir, si loin de notre enfant?... »
(Et tout à coup, laissant tomber son front dans ses mains, elle .sanglote doucement.)
RIDEAU