‹ Mademoiselle PourquoiChapitre 15 sur 32 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

La neige. — La petite marchande

Un jour, — on était alors au mois de décembre, Noël approchait et depuis quelques jours la neige couvrait nos parcs et nos promenades de son blanc manteau, — M™^ Monval proposa une promenade au bois de Boulogne.

La maman et la fillette, bien emmitouflées de fourrures, les mains cachées dans un manchon, partirent donc bravement. La neige durcie criait sous leurs pieds; le froid devenait piquant; malgré cela, d'autres mères de famille avaient suivi l'exemple de M"''' Monval ; chacun hâtait le pas.

Tout en courant, Alice n'oubliait pas son questionnaire habituel. Cette fois, la neige lui servit de prétexte ; il fallut lui expli-

^^^JàMm"

ViL>j»^~^>.>ï.«

MADEMOISELLE POURQUOL

quer ce phénomène, lui en dire la formation.

La neige est la cristallisation des

gouttes de pluie, répondit la maman; cela se produit lorsque l'air est arrivé à une température voisine de zéro. S'il fait du vent, la neige tombe en flocons irréguliers ; mais si le temps est parfaitement calme, ils ont la forme d'étoiles à six rayons.

Tiens! je n'avais jamais remarqué

cela, dit l'enfant.

Eh bien, regarde avec attention, lorsqu'il en tombera de nouveau, c'est très curieux à observer.

— Oui, mais pour cela il faudrait peutêtre une grosse lunette ?

Il est certain qu'avec l'aide d'une longue-vue, tu le distinguerais mieux.

Alors je demanderai celle de bonpapa.

Changeant ensuite brusquement d'idée,

la fillette reprit :

— Et les pauvres petits oiseaux ? que deviennent-ils, quand les arbres sont, comme aujourd'hui, tout couverts de neige?

— Ils se cachent pour la plupart dans les trous des vieux murs, en attendant une température plus douce.

— Pourtant, il faut bien qu'ils mangent.

— Sans doute; les plus hardis sortent de leur cachette pour chercher leur nourriture> mais elle n'est pas facile à trouver sous la neige, et souvent ces petits imprudents meurent de froid.

— Tous les arbres que nous voyons sont morts aussi, n'est-ce pas, petite mère?

' — Qui te fait croire cela ? est-ce parce le leurs rameaux sont noircis, desséchés? Ils ne sont pas morts pour cela ; au contraire, l'influence de la neige sur la conservation des plantes est un fait reconnu. Elle les garantit contre le froid, et donne plus d'action à la végétation, que le printemps développe ensuite.

— Alors, les marronniers, les lilas et

toutes ces jolies plantes refleuriront encore?

— Certainement, dès que le soleil viendra réchauff'er la terre, elles pousseront cavec une vigueur nouvelle.

Mais hàtons-nous, ajouta M'"*^ Monval,

si tu veux que nous arrivions à temps pour voir les patineurs prendre leurs ébats sur le lac.

Quoique M'^"" Pourquoi eut encore plus d'une question à adresser à sa mère, elle se mit à courir devant. Déjà une foule nombreuse entourait la pièce d'eau, sur laquelle des jeunes gens, des jeunes filles, en élégants costumes garnis de fourrure, glissaient dans tous les sens, les uns sur leurs patins, les autres poussés dans de jolis traîneaux.

Ce spectacle était très attrayant; malgré cela, M"^® Monval, craignant que sa fille ne prît froid, donna bientôt le signal du retour. On gagna donc le chemin de fer, qui ramena en quelques minutes les promeneuses au centre de la ville.

Le lendemain, quoique le temps fut aussi rigoureux, la maman d'Alice, ayant quelques visites à faire, emmena la fillette avec elle. Cette fois, la promenade fut dirigée du côté des Tuileries. En traversant les allées principales, l'enfant s'arrêtait devant chaque statue, et paraissait réfléchir.

— Voyons, dit à la fin M'"^^ Monval, il fauirait marcher plus vite ; si tu es déjà fati- ;uée, nous allons rentrer, car il ne fait pas >on de rester immobile par ce froid glacial.

— Mère, observa notre questionneuse, alors pourquoi laisse-t-on là toutes ces belles dames? elles doivent être transies; regarde, la neige est restée sur leurs manteaux et jusque dans leurs cheveux.

— Chère enfant, répondit la maman d'Alice, ces belles dames, comme tu les appelles, sont des reines, des princesses, qu'un sculpteur a taillées dans du marbre ; presque toutes sont des chefs-d'œuvre, et c'est de là que vient ton illusion. Mais les statues ne peuvent ressentir les atteintes du froid. Ceux qu'il faut plaindre, par cette température de glace, ce sont les malheureux, les mendiants, qui n'ont pas de quoi se chauffer, se vêtir.

Au même instant, comme on approchait de l'une des sorties, une petite voix, que le froid rendait tremblante, répéta à plusieurs reprises derrière M"^^ Monval :

— Achetez-moi quelque chose, ma bonne

MADEMOISELLE POURQUOL

dame ! pour un sou seulement, ça vous portera bonheur !

Lorsque la mère et la fille se retournèrent, elles virent ime petite fille de sept ans à peine, grelottant sous une robe d'indienne fanée, et tenant à la main quelques cartes remplies de ces épingles à tête noire, que l'on emploie pour la toilette. Trop pauvre, sans doute, pour en avoir un plus grand assortiment, la pauvrette avait hâte de placer sa marchandise, car elle poursuivait tous les passants de son refrain monotone:

— Achetez-moi quelque chose ! . . .

Touchée de l'air souff*rant et vraiment

malheureux de lapetite mendiante, M"'^Monval s'arrêta.

— Voyons, dit-elle, si je t'achetais toutes tes épingles, que ferais-tu des sous que je te donnerais?

— Je les porterais à ma pauvre maman,, qui est bien malade, répondit la petite.

— Est-ce bien vrai, cela?

— Oui, maj^bonne dame, vous pouvez venir avec moi, vous verrez que je n'ai pas menti, affirma l'enfant.

La mamaa d'Alice réfléchit un instant, [puis elle reprit :

— ïu demeures loin, peut-être ?

— A Montmartre, tout en haut de la rue Lepic, près des Buttes.

Comme il y en avait pour plus d'une demi-heure de chemin, et que le moment du dîner approchait, M'°^ Monval mit quelques sous dans la main de la petite, en promettant d'aller le lendemain visiter la pauvre malade.

— Maman, observa Alice, tu ne lui demandes pas son nom.

Puis, courant à la petite marchande :

— Comment te nommes-tu? fît-elle.

— Maria Lebon, répondit la pauvrette.

— C'est bien, va, mon enfant, conclut jyjme jvioQval, qui avait écrit le nom et l'adresse sur son calepin ; retourne vers ta mère.

Aussitôt, la petite Maria se mit à courir, comme si elle avait hâte d'annoncer cette bonne nouvelle à la malade ; tandis que Alice et sa mère prenaient une voiture pour rentrer chez elles.

Page 1