‹ Mademoiselle PourquoiChapitre 14 sur 32 · HISTOIRE DU PETIT MAURICE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU PETIT MAURICE

Pris tout jeune, et élevé dans un milieu plus civilisé, le terre-neuve devient doux comme un mouton, aimant tout le monde, et se laissant caresser par le premier venu.

— C'est très vrai, cela, approuva M^'*^ Pourquoi; te souviens-tu, mère, de celui que nous avons vu chez M'^^ Belmont? Il jouait tout le jour avec les petits garçons qui en faisaient ce qu'ils voulaient.

— L'eau est le véritable élément du terre-neuve, reprit M"^^ Mouval, il s'y jette avec bonheur, avec enthousiasme, déployant dans cet exercice sa grâce, sa vigueur, sasouplesse. Alors, ses mouvements sont pleins d'aisance, son œil, languissant d'habitude, s'anime et lance des éclairs. Tout ce qu'on jette à l'eau, tout corps flottant, devient l'objet de sa sollicitude ; il le saisit dans sa gueule et le ramène au bord, quelque lourd qu'il soit. C'est là son mérite, sa gloire même, et si on le regarde, si on l'encourage du geste et de la voix, il devient superbe.

— Oh ! que je voudrais voir nager un

MADEMOISELLE POURQUOL

terre-neuve ! s'écria Alice, au comble de l'admiration.

— Mais cette qualité, ce talent spécial du terre-neuve, conclut M""^ Monval, a son mauvais côté; si vous vous baignez en compagnie de l'un de ces chiens, c'est un ami maladroit, qui vous ramènera forcément à la plage. 11 faut être très bon nageur pour éviter son zèle malencontreux.

— Pourquoi cela ? demanda la fillette.

— C'est que l'instinct du sauvetage étant chez lui une habitude presque machinale, c'est plus fort que lui, il ne peut y résister.

La leçon s'étant prolongée au delà de l'heure habituelle, M""^ Monval ferma son livre et se leva, au grand regret d'Alice, qui en avait oublié l'heure du repas.

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