MARIA DEVIENT SAVANTE
va donc faire ta commission ; ta maman te grondera, cria à son oreille la voix d'un petit apprenti pâtissier qui rentrait de course, avec sa bannette vide posée sur sa tête.
L'enfant tressaillit ; sa mère ! elle l'avait oubliée. Cet avertissement la sauva. Serrant dans sa main la petite bourse rose :
— Je vais tout dire à maman, c'est elle qui décidera, fit la petite, qui se mit à courir vers sa demeure.
La décision fut que la maman de Maria, sans même vouloir attendre au lendemain, et sans s'arrêter aux protestations de sa fille, reporta chez M"^^ Mon val non seuleent la bourse et son contenu, mais aussi \a robe, se doutant que ce riche cadeau vait été fait par Alice, sans l'approbation de sa mère.
]yjme jvionval, très touchée de cet acte de probité de la pauvre femme, voulut lui faire accepter l'argent et la robe, mais elle ne put y parvenir.
— Ce n'est pas une toilette de notre rang, dit Touvrière, M"^ Alice est trop jeune
pour y avoir pensé. Pour la bourse...
— C'est encore une preuve de son désordre, elle croyait l'avoir perdue, j'ensuis sure, interrompit la maman, et pour l'en punir, je tiens à ce que votre petite Maria en profite. Vous lui achèterez une robe plus simple avec cet argent : prenez-le.
— Mais, madame, voulut répliquer la brave femme, cet argent, je ne l'ai pas gagné.
— Qu'importe? Je vous le donne.
Il fallut accepter. Alice était sortie avec sa bonne ; dès qu'elle rentra, la première chose que vit la fillette ce fut cette robe, dont elle se croyait débarrassée.
— Maria n'en a donc pas voulu, demanda notre espiègle.
— C'est sa mère qui l'a rapportée, répondit M"'' Monval.
— Pourquoi? J'en avais fait cadeau à Maria.
— Bien qu'elle soit un peu fanée, cette robe^ par ses ornements, sa façon, n'était pas de son rang ; cette femme avait du reste une autre raison pour la rapporter.