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CHAPITRE X

Maria devient savante. — Tentation, La probité du pauvre.

En peu de temps, la petite Maria fit des progrès surprenants. Bientôt M"^'^ Monval put la citer comme modèle à sa fille.

— Cela fait plaisir, disait-elle parfois, de voir avec quelle ardeur cette petite s'est mise à apprendre.

C'était, en effet, une chose surprenante ; chaque fois que l'enfant venait avec sa mère faire visite à ses bienfaitrices, la mère d'Alice, pour constater ses progrès, s'amusait à lui faire hre quelques pages. Un jour, elle fut si satisfaite, que, ne sachant quelle récompense lui donner, elle laissa sa fille libre de choisir pour l'enfant le cadeau qui lui serait le plus utile, et en même temps le plus agréable.

M"^ Pourquoi fut d'abord assez embarrassée. Des jouets? elle en avait tant donné que sa petite protégée commençait à en être encombrée à son tour. Des livres? ceux qu'onlui avait achetés jusque-là étaient trop beaux, trop riches. Quoi donc alors? Alice ne savait plus. Tout à coup il lui vint une idée, et profitant de ce que sa mère avait été demandée au salon pour une visite, la fillette courut à sa chambre et, choisissant parmi ses robes celle qui lui plaisait le moins, en fit un paquet, puis revenant près de Maria :

— Tiens, dit-elle, voici une belle robe, je ne la mets plus ; si ta mère la trouve trop longue, elle l'arrangera.

L'enfant, toute rouge de plaisir, regardait le paquet, assez mal attaché du reste, et n'osait le défaire pour admirer plus à l'aise.

— Non, non, ce n'est pas la peine, fit Ahce, devinant son intention. Va vite chez toi, il est tard, ta mère te gronderait.

La petite obéit à regret ; mais en route l'épingle se défit, la robe se déroula. S'ar-

MARIA DEVIENT SAVAxNTE.

rêtant sous une porte, Maria la retourna de tous les côtés. Lorsqu'elle eut bien regardé les volants, la garniture, les nœuds de ruban, une pensée lui vint, et cherchant la poche, elle y plongea la mahi.

— Oh ! oh ! fît l'enfant en retirant une bourse en peluche rose, M"^ Alice a oublié quelque chose.

Longtemps elle la retourna entre ses doigts. La tentation était forte. Fallait- il la reporter sans l'ouvrir? La bourse paraissait si légère! Peut-être était-elle vide?

— Si je regardais ce qu'il y a dedans, fît à la fîn la pauvrette, qui appuya sur le ressort d'acier. Aussitôt une belle petite pièce de cinq francs en or tomba dans sa main.

— Cinq francs !... comme on pourrait acheter tout plein de belles choses avec cela!... pensa Maria.

C'est que jamais la petite marchande ne s'était vue en possession de pareille somme, même lorsqu'elle faisait son commerce d'épingles noires. Quelle belle boutique on eut monté avec cet argent! Il ne s'agissait plus de cela maintenant, on allait à Técole.

86 MADEMOISELLE POURQUOL

Tout en réfléchissant, l'enfant avait roulé son paquet sous son bras, mis la petite bourse dans sa poche, et s'était remise en marche. Au bout de quelques pas, quelqu'un l'ayant poussée contre une devanture de magasin, l'enfant leva les yeux. Devant elle resplendissait l'étalage d'un grand pâtissier. Tartes de toutes sortes, gâteaux appétissants, petits-fours, crèmes, biscuits, l'eau vous en venait à la bouche.

A cette vue. Maria, qui n'avait pas goûté, et peut-être assez mal déjeuné, se sentit tentée de plus belle.

Les yeux pleins de convoitise, une main dans sa poche, elle ne bougeait plus.

— Entre donc, qui le saura? disait son estomac.

— Si tu entames les cinq francs, c ment faire ensuite pour les rendre ? lui murmurait son bon ange.

Pauvre Maria! à sept ans, on ne résiste guère à dépareilles occasions. Quiallaitl'emporter? la gourmandise ou la conscience?

— Allons ! allons, petite, que fais-tu là?

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