UNE PROMENADE EN BATEAU
mère ; la fillette était poursuivie par deux jeunes poulains, qui prenaient leurs ébats. Une badine agitée en Fair suffît pour leur faire rebrousser chemin aussitôt. Voyant cela, l'enfant rit elle-même de sa grande frayeur.
En arrivant à la maison, tout le monde déjeuna de fort bon appétit, on se répandit ensuite dans le jardin ; mais bientôt notre petit monde ne se contenta plus d'admirer les fleurs, dévaliser les arbres fruitiers du verger parut beaucoup plus intéressant à nos lutins. Poiriers, pommiers, pruniers furent visités tour à tour; il en serait même résulté plus d'une indigestion, si M°^^ Lermont n'était venue déranger les gourmands. Pour son compte, la petite Rose, assise au milieu d'un carré de fraises, se contentait de grappiller autour d'elle. Ce fut à regret que les petits gourmands quittèrent la place.
La journée étant très chaude, il fut décidé que la promenade serait dirigée vers les premiers ombrages de la forêt. Avant d'y arriver, comme on traversait un champ
MADEMOlSEl
de luzerne, oii les faucheurs étaient en train de couper ce que l'on nomme le regain :
— 0 mère ! s'écria Charles, laisse-nous jouer dans les foins, on va si bien s'amuser?
Et, sans attendre une réponse affirmative, le jeune garçon prit sa course vers un énorme tas d'herbe coupée, l'escalada d'un bond et, lorsque Jeanne et la petite Rose furent arrivées près de lui, il se mit à leur en jeter de grosses poignées sur la tête. Plus les fillettes criaient grâce, plus il s'obstinait dans ce jeu ; la présence de sa mère put seule ramener notre lutin à l'ordre.
jyjme Lermont, s'étant assise à l'ombre, trouva, du reste, un excellent moyen pour réunir tout ce petit monde autour d'elle. Ce fut de leur raconter des histoires. Le temps passa ainsi et, lorsque la chaleur fut moins forte, on se remit en route. Cette fois le trajet se fît en voiture, au grand désappointement des enfants et de Charles en particulier, qui s'était réjoui
UNE PROMENADE EN BATEAU. lOÎ
d'avance à l'idée d'une seconde promenade en bateau.
— Je suis fâchée de vous contrarier, dit ■^me Lerniont à son parent ; mais je serai plus tranquille ainsi; les enfants sont trop turbulents ; un malheur pourrait arriver, et, le soir, ce serait plus épouvantable encore.
On fît atteler la voiture, qui prit le chemin le plus long, ce dont personne ne songea à se plaindre, car sur tout le parcours la campagne était magnifique.
Lorsqu'on arriva chez M^^ Lermont, la soirée s'avançait ; la fatigue d'une journée en plein air et le cahotement de la route aidant, les enfants dormaient tout debout. On s'empressa donc de les faire coucher.
Quelques petites excursions dans les environs, à Viarmes, à Luzarches, deux endroits où l'on trouve les sites les plus pittoresques, marquèrent encore le séjour de M°^^ Lermont chez son amie ; il fallut ensuite songer à revenir à Paris.
Ce qui coûta le plus à M"^ Pourquoi, ce fut de quitter la ferme et toute sa ménagerie. Si les enfants de M""^ Lermont l'eus-
MADEMOISELLE POURQUOL
des
fût
sent écoutée, la moitié aes journées passée parmi les moutons ou les poulets ou bien encore à jouer aA^ec les petits chats ou les jeunes chiens. Jeanne n'avait pas les mêmes goûts, mais Charles s'entendait très bien avec la fillette pour cela. Ce qu'il aimait surtout, c'était les oiseaux; chaque jour, il en apportait de nouveaux, achetés souvent aux petits paysans. Pierrots, pinsons, merles, bouvreuils, tout était bon ; il n'y regardait pas de si près ; tout l'argent qu'on lui donnait y passait.
— Bientôt, disait parfois M""^ Lermont toutes nos cages n'y suffiront plus ; il faudra faire construire une volière, et prendre une domestique de plus pour soigner tous ces oiseaux-là.
Cependant, le jeune garçon fut bon prince ; dès que le départ d'Alice fut décidé, il chercha une petite cage, mit dedans son plus beau pinson et en fît cadeau -à la fîl lette. La fermière, de son côté, lui arrangea dans un panier une belle poulette blanche, M""^ Lermont joignit à tout cela une bourriche de ses plus beaux fruits. Les voya-