‹ Mademoiselle PourquoiChapitre 6 sur 32 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'éducation en famille. — Une histoire de singes. — Pourquoi les chiens ne parlent pas.

^ A sept ans, on ne veut plus rester ignorante. Cependant, M"^^ Monval, trouvant sa fille trop jeune pour lui faire suivre des cours, exigeait qu'elle eut chaque jour deux heures de lecture et de récitation.

Cette leçon avait lieu le matin ; c'est le moment de la journée oii Ton risque le moins d'être dérangé par les visiteurs. A moins d'une indisposition, ou de quelque contretemps imprévu, Ahce ne manquait donc jamais de se rendre à l'heure indiquée dans la chambre de sa mère. Il est vrai que M"^^ Monval savait donner chaque jour USX nouvel attrait au programme. Lorsque fa fillette avait bien lu ou bien récité sa

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leçon, elle lui lisait ou lui racontait quelque belle histoire, instructive et intéressante tout à la fois.

C'est ainsi qu'un jour, ayant récité d'une façon satisfaisante la fable le Thésauriseur et le Singe ^ sa mère, la faisant asseoir près d'elle, ouvrit un livre, signé de l'un de nos bons auteurs, et commença ainsi :

(( De tous les animaux, le singe est celui qui possède au plus haut degré le talent d'imitation ; moins capable d'attachement que le chien, il étudie mieux tous nos mouvements. Il y a une très grande variété de singes ; parmi les plus intelligents on cite le sapajou et le chimpanzé.

(( Un jeune créole en avait élevé un de cette dernière espèce; sa taille était celle d'ini chien barbet. Son poil brun et soyeux devenait plus clair autour de la face, qui se trouvait ainsi encadrée d'une énorme paire de favoris. »

— Mère, je me rappelle en avoir vu un tout semblable au jardin d'acclimatation, interrompit Alice.

(( Chaque jour, reprit M""^ Monval, l'en-

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faut lui apprenait de nouveaux tours d'agilité ; il gambadait par toute la maison avec une telle légèreté que son jeune maître lui donna le nom de Bamboula. L'animal obéissait au moindre signe, sa soumission était si grande qu'elle eût pu servir d'exemple à beaucoup d'enfants. Au premier commandement il partait, sans que l'on eut jamais besoin de répéter un ordre.

« Avant chaque repas, le singe venait se placer debout devant son maître, une serviette sur le bras, comme un petit domestique, et par une pantomime expressive il semblait lui dire :

(c — Parle, que veux-tu que je te serve aujourd'hui?

(c Si c'était le mathi, le jeune garçon répondait le plus souvent :

(( — J'ai envie de manger un œuf à la coque, va voir si cocote a pondu.

(C Bamboula se rendait aussitôt au poulailler, et faisant au besoin déranger la poule de son nid, il revenait joyeux, rapportant délicatement un bel œuf dans ses doigts.

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(( — Sans le casser? interrogea Alice.

(( — Certainement, il prenait assez de précautions pour cela.

ce Si par hasard le panier de cocote se trouvait vide, le singe rentrait la tête basse et montrait ses deux mains avec un air piteux qui disait clairement : Il faut nous en passer.

(( Après le déjeuner, si le temps était mauvais, le jeune garçon disait :

(( — Bamboula, nous ne descendrons pas au jardin ce matin, va me chercher le livre que je suis en train de lire. Le chimpanzé courait alors du salon à la bibliothèque, cherchant, remuant, examinant tous les volumes, puis revenait en présenter un, avec un mouvement de tête qui voulait dire :

(( — Est-ce bien ça?

(( Si Bamboula s'était trompé, il repartait, mais au second voyage en rapportait deux, dont Tun était pour son propre compte.

(c — Comment cela? demanda AHce. Il y a donc des singes qui savent lire?

« — Non vraiment, mais tu vas voir, ré-

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