LE PRÉ ET SES OMBRAGES
Pastorale.
Les lecteurs n’attendent pas de nous une description du Pré-Catelan. Celte description existe dans toutes les notices du Bois de Boulogne.
— Ce sont les jardins d’Armide, dit le compagnon du chevalier.
— Oui, moins les dragons ; quant aux nymphes, elles ne font pas défaut ici. Le poète, notre ami, aurait besoin, je crois, du bouclier de diamant.
— Monsieur, reprit M. Delaunay, ce bouclier d’Eubalde était un pauvre moyen de triompher. Vaincre au moyen d’un talisman! la belle affaire! Mais traverser les tentations sans y tomber, par la seule vertu de la raison et de la voionté, oh! voilà ce qui honore.
— C’est vertueux, dit le chevalier.
On arrivait à ce magnifique hémicycle de verdure et de fleurs, entouré lui-même de pentes boisées, et dont les lumineuses profondeurs laissent entrevoir au delà d’autres hauteurs couvertes de forêts. C’est un paysage d’un horizon vague, infini, laissant à l’œil étonné des échappées ravissantes. Ici, c’est avec la nature elle-même qu’on a décoré la nature. Le Pré-Catelan est à l’Opéra ce qu’une vallée de la Suisse, ou plutôt de l’Andalousie, serait à un panorama de toiles peintes. Les eaux jaillissent et courent en zone argentée à traversles méandres couverts de plantes marines; de grandes futaies se dressent çà et là, abritant des chalets ; dans des anses retirées, au fond d’un carrefour, apparaissent tout à coup d’énormes touffes de fleurs formant la corbeille; des lianes incommensurables, agiles, serpentines, s’élancent de branche en branche, courant et secouant leurs eftilés de neige et de feuilles vert tendre, à travers la forêt. A ce luxe de végétation, à cette savante et harmonieuse disposition des terrains et des massifs, ajoutez la féerie d’une illumination telle, que tout cet ensemble, la nuit, étincelle des splendeurs d’un arc-enciel qu’on dirait tombé en poussière sur cet abîme de verdure.
Dans la grande allée circulaire, les groupes de promeneurs étaient nombreux, ce soir-là. On allait, on venait avec ce calme et en quelque sorte ce bien-être physique et moral que donnent l’absence des ennuis de la ville et les douces influences d’une belle nuit. Les orchestres, cachés dans des massifs, se répondaient d’un
bout à l’autre de la forêt magique. La foule n’existe pas au Pré-Catelan; vingt mille personnes peuvent circuler à l’aise dans ce jardin, tant les allées et les sentiers y sont tracés d’une main sûre et intelligente.
— Monsieur, dit Guillaume à son guide, il me semble que nous avons ici fort belle et fort bonne compagnie.
— Ne vous y trompez pas, reprit le chevalier, le Pré n’est pas un jardin public comme on en trouve beaucoup à cette époque. L’effronterie n’entre pas ici , et si le vice vient s’y mêler aux honnêtes gens , il met toute son habileté il imiter la distinction et à se parer d’élégance. Ici, la bonne compagnie et la vertu même peuvent marcher'en sûreté. Elles ne trouveront sujet ni de rougir, ni de baisser les yeux. Toute la société parisienne est au Pré ce soir, ajouta le chevalier.
— Eh! dit M. Guillaume, qu’est devenu notre compagnon le poëte ? il nous a perdus.
— Volontairement, reprit en riant le chevalier. Il est à la recherche d’une étoile. Oh! c’est un fier astronome, allez.
— De qui donc est-il épris si fatalement? demanda M. Guillaume.
— De qui? Eh parbleu ! d’une beauté qui, dans ce moment-ci, donne des vertiges aux plus fiers lions de Paris. Le hasard nous sert bien, mon cher compagnon. Regardez ce groupe de dix il douze personnes qui s’avancent à pas lents, à droite <fé l’allée.
M. Guillaume vit, en effet, une ravissante théorie ■,
comme on eûl dit à Corinthe, qui s’avançait lentement, au pas de promenade et aux clartés des globes de cristal qui bordaient l’allée. Trois femmes formaient le centre du groupe ; elles étaient en compagnie de plusieurs sportmen, jeunes, élégants, d’une suprême distinction, la fine fleur du turf. L’une d’elles était une femme de. quarante ans environ, très-forte et parée comme une châsse; les deux autres étaient dans tout l’éclat de la jeunesse; grandes et sveltes toutes les deux, d'une démarche légère et majestueuse toutes les deux , arcades ambo ; mais leur beauté mutuelle avait des contrastes des plus marqués et des plus heureux par conséquent. L’une était parée d’une superbech evelure noire; elle avait le teint brun rosé, les traits fins et réguliers , le type étrusque : on l’eût prise pour une Florentine, et cependant’ elle était bien Française. Elle portait une robe de la plus belle soie vert tendre, avec des joints de satin blanc aux reflets vifs. Elle se drapait d’une admirable façon dans un cachemire des Indes. Jamais chapeau de paille d’Italie d’un meilleur goût n’avait coiffé une tête plus aristocratique. Elle se nommait, disait le chevalier, la comtesse de Tully.
Mais comment décrire la beauté de sa compagne, plus jeune qu’elle, on le voyait, de deux ou trois ans? Nous échapperons à ce danger en disant tout simplement le nom de cette triomphante beauté : elle s’appelait Rosaliude de Villefort. Nous connaissons ce visage ravissant, cette grâce incomparable, cette grande tournure que l’école vénitiemffe eût admirée, ce regard doux et hautain qui fascinait, cette démarche cavalière et
du meilleur ton, ce sourire dangereux au cœur et aux sens, ces mains d’une perfection de forme idéale, ces magnitiques cheveux qui , déployés , eussent couvert les épaules et retombé jusqu’aux pieds comme un riche manteau tissé d’or. Nous connaissons Rosalinde, cette jeune fille, Indienne par sa mèré, Française par son père.
Quant à sa toilette, ce soir-là, elle était d’une simplicité, mais d’une élégance luxueuse à désespérer les plus à la mode. Elle portait une robe aux grands plis abondants, blanche et mate comme le duvet du cygne ; sur ses épaules était jetée une mante de satin, doublée de soie bleu de ciel , qu’elle laissait couler avec une royale indifférence. Si Rosalinde était coiffée du plus élégant chapeau de femme qui fût en Europe, on ne s’en doutait pas, car sa chevelure captivait toute l’admiration.
M. Guillaume s’était arrêté, ému et contemplatif, comme si une apparition céleste passait devant lui. Son compagnon ne voulut pas troubler par un mot cette extatique impression; seulement, il se retourna pour rebrousser chemin et fit à Guillaume un signe d’intelligence qui voulait dire :
— Nous sommes entraînés, nous aussi. Suivons à distance.
Et ils se mirent à marcher à la suite du groupe, mais à dix pas en arrière, de manière à tout voir et à tout entendre. Le chevalier connaissait assez exactement le personnel de cette cour d’sdorateurs que Rosalinde menait à sa suite.
— Vous êtes étonné, ravi! disait-il à M. Guillaume. II y a de quoi. Cette femme est une jeune tille qui n’a pas vingt ans encore et qui déjà exerce une domination incroyable sur ceux qui se vantent le plus de leur indépendance. Ils sont là huit ou dix amoureux dont elle ferait à peu prés ce qu’elle voudrait. Ces sportmm, ces lions du grand monde, ces yentlemen-riders sont pour elle autant d’esclaves plus ou moins utiles à sa réputation et à ses succès. Ils savent tous qu’à sa merveilleuse beauté elle joint une fortune princière; ce qu’ils adorent en elle, c’est la grâce, la jeunesse, la suprême volupté, et les beaux yeux d’or de quinze ou vingt millions de dot dans l’avenir. Elle est fille et héritière d’un père puissamment riche, qui habite encore les Indes ; il a des- possessions et des comptoirs à Madras, à Calcutta et dans la présidence de Bombay. C’est un très-grand excentrique. J’ai entendu beaucoup parler de lui aux Indes et en Europe. Je vous conterai son histoire; elle est incroyable...
— Vraiment! disait M. Guillaume. Je serais très-curieux de la connaître. C’est l’histoire d’un honnête homme cependant, n’est-ce pas ?
— Peuh! dit le chevalier de Barabas. C’est ;Thistoire d’un homme heureux qui a gagné quinze ou vingt millions. Passons.
— Oui, passons, répéta Guillaume, qu’une petite crise nerveuse faisait éternuer malgré lui. Mais, quel est, reprit-il, ce persbnnage un peu sur le retour de l’àge, mêlé à l’escadron jeune et galant qui entoure celte Rosalinde ?
— C’est un vieux fou, dit le , chevalier, mais un fou -de haute lignée. C’est un prince allemand, «riverain d’un petit État, dont le nom’ est tellement hérissé de z -et de th, qu’il m’est impossible dq le prononcer. Figurez-vous deux voyelles étranglées par dix-huit consonnes. Aussi, est-on convenu de n’appeler le prince Ludolph que par ce nom de baptême, qui est le sien. ■C’est un homme de cinquante ans, avec de hautes iprétentions à la fashion, grâce à son tailleur et à son •coiffeur. Il est amoureux de M ,lc de Villefort, et, trois ou quatre fois la semaine, il lui fait offrir, par son chancelier, sa principauté, ses tours souveraines, son manteau ducal de drap d’or écartelé de l’aigle noir tqutonique, aux deux têtes, sur écusson flamboyant.
— Et que répond M ,le de Villefort ? demanda Guillaume.
— Elle -rit aux yeux à lunettes du chancelier, sans se priver du plaisir de rire au nez du prince. U serait trop long, poursuivit le chevalier, de vous donner des détails biographiques sur chacun des poursuivants de cette Bradamante en crinoline. D’ailleurs, nous n’avons qu’à nous promener dans le voisinage de ce groupe de grande fashion. On y parle assez haut et sans gêne. Vous entendrez ce que vous serez curieux d’apprendre.
— Vous êtes un excellent cicerone, monsieur, dit M. Guillaume. Vous avez donc fréquenté cette compagnie?
— L’année dernière encore, j’avais assez d’argent pour
courir ce monde-là. Depuis lors, je ne le vois que de profil et par ricochet.
Nos deux compagnons se mirent donc à suivre sans affectation l’escadron volant de ces belles dames, se mêlant à la foule quelquefois, mais ne le perdant pas de vue.
— Vraiment, disait la comtesse, la brune compagne de Rosalinde, on dirait que, ce soir, nous avons donné rendez-vous à tout notre monde. Voilà vingt personnes de ma connaissance que je vois passer.
La jeune femme aux beaux cheveux noirs avait bien aussi ses adorateurs, mais, à côté de Rosalinde, ils étaient moins enthousiastes. Heureusement, M me de Tully avait un excellent caractère et les succès de son amie l’amusaient sans la piquer au vif. Elle avait bien de l’espri par conséquent.
— Prince, disait Rosalinde à son berger allemand, j’ai un très-grand service à vous demander... Oh! ne vous précipitez pas à mes pieds! Ce service consiste à vous prier de nous donner une chasse dans les bois que vous avez loués cette année dans le pays Chartrain.
— Fixez le jour, mademoiselle, répondit le prince et donnez-moi une liste d’invités de votre main divine.
— Non pas, reprit Rosalinde. Ce serait vous donner de mon écriture et vous me compromettriez horriblement. Ah I prince charmant, on vous dit très-fat !
— Le prince est un homme à grands succès, ajouta
un dandy qui grasseyait comme une fille de quatorze ans.
— Clier ami, répondit le prince Ludolph, toutes les victoires de Frédéric II aboutirent à des revers que lui fit éprouver une femme, Marie-Thérèse.
Et, croyant l’allégorie charmante et d’un grand effet, le prince Ludolph coulait un regard à Rosalinde.
Un jeune homme de vingt-huit ans environ s’approcha de M ,le de Villeforl et trouva moyen de lui dire dans un aparté :
— Décidément, Rosalinde, n’y a-t-il pas un moyen de se débarrasser de ce souverain welche ? Pour mon compte, j’en ai par-dessus les épaules.
— Écoutcz-moi, duc de Réalmont, répondit-elle avec un air demi-sérieux, je vous défends, d’abord, de m’appeler par mon nom de baptême, comme vous feriez si vous parliez à une comédienne. Est-ce que je vous ai jamais autorisé à ces familiarités-là, par exemple? En second lieu, veuillez ne pas vous occuper de ceux qui sont de mon cercle, et contentez-vous d’en faire partie en y tenant une place discrète.
— Allons donc, reprit le duc d’un ton cavalier, n’allezvous pas monter sur vos grands chevaux? Est-ce que vous ne savez pas que je vous aime et que vous m’avez permis de vous le dire?
— Criez-le sur les toits si vous voulez, monsieur le duc, dit Rosalinde avec une suprême insolence, mais ne me cornez pas cette chanson aux oreilles quand je viens me promener pour mes plaisirs!
— Ali! ah! reprit le duc piqué au vif, vous faites fi de mes chansons! je ne les écris pas en assez beaux vers, n’est -ce pas? Dame! tout le monde n’a pas un brevet de poésie sans garantie du gouvernement.
— Que voulez-vous dire?
— Qu’il vous manque probablement votre ménestrel et que vous ne pouvez vivre sans quelques rimes à vos grâces, à votre beauté, à vos charmes divins! Dieu! que c’est fade tout cela, Itosalinde ! N’en avez- vous pas une indigestion?
M lle de Villefort lui tourna le dos et revint à son amie, la bonne comtesse de Tully. Le duc passa son bras sous le bras d’un sportman de ses amis, et lui dit assez haut :
— Si cela continue, je déserte ; ça commence à être un peu mêlé par ici. Et puis, je suis fatigué de mâcher à vide. Si elle ne veut pas de moi, qu’elle le dise. Je trouverai assez de femmes : j’ai ma rouille d’aristocratie et quatre-vingt mille livres de rente.
— Tiens, on te répond, dit l’ami au duc. As-tu vu par quel regard de dédain on te donne congé?
— Congé! reprit M. de Réalmonl, mais c’est moi qui le donne, le congé ; je n’attends jamais qu’une femme me remercie.
Un jeune homme de vingt-cinq h vingt-six ans s’approcha du duc et lui dit en riant beaucoup :
— Vous ne savez pas ce dont on me charge pour vous ?
— Non, qu’est-ce?
— Je suis invité à vous demander de quelle couleur •sont vos talons. On vous saura un gré infini de montrer aussi votre dos, et plus de gré encore de ne remontrer jamais votre visage.
— Ali! la drôlesse! dit le duc entre ses dents; elle prend des allures de fille, ma parole d’honneur ! Si elle n’avait pas des millions, je' lui ferais demander son -prix...
— Mais, comme monsieur le duc a du respect pour les millions, il ne veut pas pousser trop loin l’insolence envers la femme, dit une voix.
— Eli ! reprit le duc en tournant la tête, qui parle ainsi? Tiens, c’est M. Delaunay I Oh! pardon! Mais la phrase était si coquelichonne que j’ai cru entendre
M. Prudhomme dans un de ses beaux moments. \
— Monsieur le duc, dit Delaunay, tout le monde n’a ipas votre esprit.
— Pardieu ! je le sais bien, reprit Réalmont, et surtout je ne voudrais pas, moi, avoir l’esprit de tout le inonde.
— Quel est cet esprit, monsieur? demanda Delaunay -en se gourmant un peu.
— C’est celte toquade philosophique qui consiste à donner des conseils à tort et à travers, à propos de tout, à propos du respect dû aux femmes, par exemple (aimable banalité !), et il propos des égards dus aux petits chats de ma portière.
— Monsieur Delaunay, dit la voix de M ,ne de Tully, venez ici, on vous demande.
Le poëte qui, depuis cinq minutes, avait rejoint le groupe des amis de Rosalinde, se hâta de tourner à gauche et de passer du côté où on l’appelait. Là, M«»e d e Tully lui dit sérieusement :
— Êtes-vous devenu lou ? Allez-vous engager une querelle?...
— Madame, on est insolent pour une personne...
— Qu’est-ce que cela vous fait ? reprit la comtesse. Cette personne vous a-t-elle chargé de la défendre ?
— Oui, dit Rosalinde à son tour, qu’est-ce que cela vous fait, monsieur Delaunav?
— Cela me fait bondir le cœur, mademoiselle, répondit le poëte.
— Ma chère, dit à voix basse la comtesse à son amie, celui-là vous adore. Vous verrez qu’il se fera pour vous quelque mauvaise affaire.
— C’est un niais de génie, reprit tranquillement Rosalinde, et je serais vraiment fâchée qu’il lui arrivât malheur; il m’adresse des vers ravissants.
Cependant, le prince Ludolpb, qui avait causé en manière de passe-temps avec la grosse femme excessivement parée, avec la tante Plock, sa compatriote, le bon prince vint demander à ces dames si elles n’avaient pas le projet de se reposer un peu.
— Ah! oui, dit Rosalinde, tante Plock doit avoir bien soif!
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— J’ai tout prévu, belles dames, ajouta l 'imprésario princier, et j’ai fait retenir un petit boulingrin de verdure pour dix personnes. Seulement, j’ai voulu des tapis de soie verte sur les bancs de gazon.
— Qui, naturellement, sont verts aussi, ajouta llosalinde; de sorte que nous aurons vert sur vert. Le prince a le sentiment de la couleur très-développé.
— En effet, ajouta le bon Tudesque , j’ai d’assez beaux tableaux dans ma galerie de...
— Surtout si vous les avez choisis, mon prince, ajouta la railleuse fille. Allons donc nous mettre au vert, puisque Son Altesse nous y convie. •
— C’est charmant, ajouta la comtesse. J’ai toujours adoré le vert gazon recouvert d’un tapis de soie verte.
— Dites donc, prince Ludplph, dit un jeune homme à côté de lui , savez-vous que vous avez un fameux succès! Elles sont folles de vous, parole d’honneur!...
— Ah! cher ami, reprit le prince, si je le savais, je donnerais la moitié de ce que je possède en Allemagne.
— Donnez-m’en le qpart, dit l’ami dévoué, et je vous donnerai en échange la preuve comme quoi elles vous trouvent charmant , surtout si nous trouvons au boulingrin un gueuleton de glaces.
— Oui, cher ami, reprit le doux souverain allemand. Tout a été prévu, et mon chancelier a donné des ordres pour que les meilleures glaces de Paris fussent servies au boulingrin dès que nous arriverons.
— Voilà un amoureux modèle! disait M mc de Tully
à M. Delaunay. Vous le voyez : il est calme, discret, attentif, prévoyant...
— Et prince souverain, ajouta Delaunay. 11 a toutes les vertus.