ÉPILOGUE
Une heure environ après cet événement, Rosemonde se trouva dans un état plus calme. M. Guillaume lui fit demander la permission de la voir, et il eut avec elle une conversation tête à tête. La jeune fille lui raconta en peu de mots comment avait eu lieu la scène violente qui avait été suivie d’un enlèvement si inattendu. Ses pleurs avaient coulé, et c’était pour elle un soulagement qui la sauva d’une erise dangereuse.
— Mademoiselle, lui dit M. Guillaume, il est des accidents fortuits qui déroutent tous les plans. Nous venions de signer un charmant traité de paix; nous, étions trop heureux, grâce h la bonté, à la générosité de votre cœur. Un nuage est venu, mais il sf^élèvera un bon vent qui emportera ce nuage. La fortune de M. de la Rochefemey est compromise sérieusement; il a fait des folies, il les expie; il n’en fera plus, j’en suis certain. Il vendra une partie de ses biens, et s’il veut accepter
mes services, je chercherai à lui conserver un patrimoine suffisant pour vivre dans l’indépendance et dans le bonheur. «
— Oui, dit Rosemonde, vous avec raison, monsieur. Mais être arrêté et jeté dans une prison comme un criminel 1 Oh I monsieur Guillaume, c’est affreux!
— La prison de la dette ne déshonore pas, reprit Guillaume. ' *
— N’est-ce pas toujours la prison, monsieur? quel horrible supplice !
— Sans doute, dit l’ami de M.^ Talamon; mais cette réclusion sera de courte durée, on payera les dettes.
— Quand ? demanda Rosemonde avec vivacité.
— Eh ! quand on aura vendu des terres, des fermes.
— Mais quand âura-t-on vendu? répéta la charmante jeune fille en rougissant d’impatience.
— Mon Dieu! dit à dessein cet impitoyable Guillaume, quand on aura trouvé des acquéreurs et rempli toutes les formalités judiciaires...
— Mon Dieu, mon Dieu! s’écria Rosemonde, cela peut durer trois semaines.
— Dites six mois, un an, mademoiselle.
Rosemonde se leva pâle, frémissante; elle courut à
une petite table sur laquelle se trouvait un bureau portatif et contenant tout ce qui était nécessaire pour écrire. Elle traça rapidement quelques lignes; elle data et signa sa lettre, puis elle la présenta ouverte à M. Guillaume.
MADEMOISELLE' ROSALINDK
— Monsieur, dit-elle avec fierté, j’ai ma dot... Oh! j’ai une dot, monsieur! Mon père ne m’a pas tout à fait abandonnée... Soixante mille francs pour une paysanne comme moi, c’est trop!...
M. Guillaume jeta un cri. Ce reproche lui avait été droit au cœur.
— Vous abandonner ! reprit-il. Ah ! mademoiselle, je sais, moi, que monsieur votre père vous aime à l’adoration.
— Laissons cela, dit Rosemonde, dont les yeux brillaient de larmes; voici ma lettre pour mon tuteur. Je renonce à tout. ..‘je suis bien maîtresse de ma dot, j’espère, puisqu’on me l’a donnée. Vite, vite, monsieur, partez pour Paris, je vous en supplie; je vous le demande à genoux, s’il le faut. Qu’on paye cette horrible lettre de change et qu’on rende la liberté à celui...
— A celui qui vous aime, dit Guillaume. Je pars, mademoiselle. Mais avant tout, je vous demande une grâce, un très-grand honneur : permetlez-moi de vous baiser les mains.
M. Guillaume s’inclina sur les belles mains blanches et fines qu’on lui tendit, et il les porta à ses lèvres avec un respect, un attendrissement qui surprirent et émurent beaucoup la niece de bernard.
Une heure après, il était en route pour Paris.