‹ Madrid, ou, Observations sur les moeurs et usages des Espagnols au commencement du XIXe siècle, faisant suite à la Collection des moeurs françaises, anglaises, italiennes, etc (volume 2)Chapitre 16 sur 48 · LE COMBAT DE TAIJBEAUX · texte numérisé non relu

LE COMBAT DE TAIJBEAUX

voisine da ckque... C'est là que sautent les bandilleros poursuivis ; c'est là qu'on voit flotter le manteau noir et les plumes ée Talguasil ^ui reste à cheval sous la loge du corrëgidor ;* c'est là que les combattans , drapés dans leurs voiles de soie qu'ils agiteront en fuyant , attendent le moment de paraître dans la lice.

Cette galerie est défendue de l'approche de l'animal par une barrière de six pieds... et presque toutes les fob cette barrière est franchie par quelque taureau.

L'ensemble du spectacle est beau. Ce cirque immense , cette foule attentive , ce beau ciel qui s'arrondit sur vôtre tête , ces costumes antiques , ce roulement de timbales , ces cris que poussent à la fois huit ou neuf mille spectateurs , font une forte impression. Elle s'accroît; car la porte

pesante s'ouvre Tous les yeux cherchent le

taureau attendu. Il parait ; il s'élance

C'est un animal redoutable. Le ruban jaune qui tombe sur son cou annonce qu'il a brouté la bruyère des environs de Valence. Ses contes sont perçantes comme les tr^U les plus a^us ; des yeux de feu .brillent sous son front large et noir. Il frappe et jette sous lui la teire qu'il creuse d'un pied furieux.

76 ht COMBAT DE TAtJRBAUX.

H ardëji assoû^sa rage. Débairassë éé sancaralier que lés i^hs ont sam^é-an iàéyeû dtf feord maiïfeàfiDt t^tii atHreM l'éiiiienl d'im atili^ cdtë . un éhtif^I-, atiec ses fiance ouverts, court dans Tatèue ; l'autife tombe frapf^é tf'tine atteinte plus certame... H ne se Relèvera paë.

On applaudit. « ^aittaûte! » s'écrie le peuple avec enthousiasme.

Le picador est aiissi délivré , et tandis qu'il se

relève tout froissé de sa chute , le taureau , plus furieux , poursuit le manteau qui donne le change à sa fureur

L'adroit coureur s'élance ; il a sauté la barrière. Le taureau... c'était le plus. léger que depuis long-tems l'on eût vu ^ franchit l'obstacle... il est dans la galerie , dans la galerie la plus voisine du cirqjue.

Dés cris s'élèvent : ,.

« Sauvea&rvous!. $au>/^-v^u$! »■ ' .^ « .liHeù! Diett! un enftntl »

« H^ «'aura ^a» le kiem&.v. !»

H II est perdit... Aéchirë.^r mMrt ! ^ Des soldats françiiis se lev^ent avèe uâri rû6nvemetil d'horreur.

« raillante ! » s'écria un homme de la place

LE COMBAT pf IA,UftËAVX. 77

éloignée qu'il occiq>ait , et en frappant la balnst^de de son bâloiL

Une reiime> à c6U de lui, devmt pdie et tremblante. Elle croyait (jue cette petite veste rayée... Elle chetcha, avec on monveAent difficile à rendre, 4aw si podie... Elle se rassit tranquillement. Sa mam avait rencontré la clé de sa maison..... Elle attendit, sans inquiétude, la lin de la course des taureaux.

M® IX. — 17 août 1823.

Dâmuslieà fmttM

HOB.

Ses chanis sont « son pa jt

Tontes 1rs romances populaires re<lisent encore leur*

espioits glorieux Lorsque le marbre s'écroule, lora-

qnc les registres de l'histoire sont perdus , les chanta des bergers immorlati^ent nne renommée en danger d« pe'rir.

BvKon.

Il était au^ arrêts, je crois, l'aimable auteur qui nous fit un si joli voyage autour de sa chambre. J'y voudrais être à ce prix, et je bénirais une captivité de vingt-quatre heures qui enrichi-* rait mon livre de quelques pages aussi originales que les siennes.

Ma chambre en Espagne , voilà le sujet d'un livre tout trouvé ! Quel joli cadre pour une pein-

LA GUl'ÏÀEfi. 79

tttre des moeurs de ce p^ysl Cfaaeim de ses meubles , chacim de ses omemens sertti une ii^urce inëpoisable de tmts , d'^necdales et d'observations...., Les gHvitfes du Jkm-Qmh^ii ne me mettr^îentr^les pfis k même 4e pnite- de la UttéfatuFe? Ife trouverMS-je pas tontes les traditions naticmales^et font ie charme des récits des soirée^ d'biver, autour dex^e brasier qm la £imiUe ^tonre dans la mauvaise saison? La madone {HroteiPtrice n'est-elle pas là pomr noi» faûe admirer l'attaçbement inébranlable de' ce pi^ple i }a foi de ses pères? Poittrait-on regasder cette natta de jonc ét^iie à nos pieds , sans rap* peler les Maures et leur poétique doipâiationr Et cette guitare ne pourrait r- elle pas inspirer

quelques lignes originales et touchantes? Le

long n^n qui l'attache a-trfl retenu , dans son tems , les cheveux d'ébène de quelque ^s que ses sons attendrirent? Ses plaintes se sont-relles mêlées au géimssement du vent dans quelque vaisseau de Femand-rCorteiK ou de Christophe Colomb ? Que de feus , cachée sous la cape brune, elle s'achemina vers le balcon oè Ton attend la sénénade promise f Que de fois , au milieu d'un cercle attentif, elle unit son murmure

8b lA GITITARE.

uniforme aux refrains tratnans de quelque longue romance!

La romance a de tout tems occupe un rang^ important dans la littérature espagnole , et c'est ui^ genre que l'esprit rêveur de notre siècle a (ait passer, chez nous, des derniers rangs de notre poésie aux premiers. La mode des renversemens devait nécessaii^ment pénétrer de la société dans la littérature , qui smt tous ses mouvemens , et se ressent de toutes ses révolutions. La romance est ce qu'on peut appeler une parvenue ; mais la rêveuse a tant de grâces , elle est si séduisante avec son chapeau et sts liserons de bergère « dans ses voiles de dçuil ou sous le panache du trouvère ; ses accens sont si doux près de la lampe de la veillée ; si mélancoliques sur les débris des cloîtres et sous la croix des tombes ; s^efifrayans , à l'heure de minuit , dans les ruines où se traînent les chaînes des fautâmes ; si fiers dans la lice où joûtenjt les fils des preux; si galans sous le balcon de la châtelaine , qu'on lui pardonne sans effort sa fortune et ses succès! Cette muse d'amour et de rêverie peut marcher à présent sans sa harpe ; elle n'a plus besoin qu un d'Alvimare , un Romagnesi lui prêtent It

LA GDITAKfi. 8l

dunne fMttssant de lears aceends! Obvisk teuA nos rectteîb de vers 4 ceux qui ont jm récbauffiMr 1» flisUnt , parmi nous , ie giaùt. àe la poésie , n'oBtnk pas éié tnsj^ës par elle ? Sans parler de ce singidîer Byren, qui, chez nos voisins, n'a fait que àe longues ballades , nos jeimes poètoa ne^ibercfeenl'rfls pas ses notes rieuses , ses tons Hiagiqnes , sa teinte neïgieiise , sa csmpe amr Wfi^^ se$ Hngmem^ns bnsqnes et dramatiques?

Ij^Ltowmc^ I conune ^e realends , est k genre à U «Ipde. Cbose siagufière! ce cpii ocenpa ks prewers bégayenns des Mnses vient encore 2mi€r leurs derniers accens ! Ces filles célestes charment leur vieOles&e av<ec les chants du pce*

ly^ ifp ! Elles se réveBlèrenjt po]yfr célébrer

la cjpm^ aes lieras et le iems mag^M des ionfi^s MMMffs et ides «utreprises avcnftnreBses ; e^ s^icndiKnnent «ntonr&es de lens p^qnc»

et jiannopienix sonvenirs !

J41 leligian 9 cette première conaelaArice de l'ibnume , esjt descendu^ du del pour ne point le quitter. L'ailiéisme , dais l'édat de son usurpatMM (éphémère , envahk «es teilles et k chaisse de ses trtees d'or et d'airain... Au défevt , sous

le chaume de Thennitage , sous les mousses des forêts , elle ëlèyéra des autels plus durables , et honorés par des cœurs plus chauds et plus purs. Des législateurs ineptes , des rhéteurs déhon^ tés y des professeurs de scandale effaceront son nom des tables de la loi , élèveront leurs tribunes de mensonge contre sa chaire de vérité; sufçliante , elle ira heurter, et ne sera point repoussée , à la porte de ces vierges qui, c<Hnmi elle , exilées de leur patrie divine , ont , pour se consoler, le mystère et l'harmome, et dont le sourire , suave comme le sien , fait oublier à ceux qui les recherchent l'ingratitude des hommes et les ennuis du monde.

La religion , de notre tems , s'est réfugiée

dans le temple des Muses Leurs accords se

ressentent de la douce hospitalité qu'elles lui <mt accordée : celle qui entoura son berceau de bergers, qui soupira dans le désert, qui gémit sur les hauteurs du Calvaire , a ajouté sur leurs lyres des cordes naïves , tristes et graves , dont les tons appartiennent à la romance.

Pour connaître tous ses charmes , pour savoir à quel degré d'élévation sa voix peut monter, il faut lire les chants consacrés par les bardes du

LA GtlTAKÈ. 83

Midi, à leurs héros et à leurs triomphes *. En Espagne , comme je l'ai déjà dit , la romaiice a de tout tems occupé un rang important dans la littérature ; elle a même été long-tems à elle seule la littérature tout entière. Les Espa|[nols ont ainsi conservé le souvenir de tous les événemens marquans de leur histoire , depuis la fondation des Goths jusqu'à la prise de Grenade par Ferdinand. Elles pourraient servir, si les chroniques étaient perdues , à recomposer l'histoire du peuple espagnol. La langue qu'il parle n'eut point d'enfance : comme Minerve , elle parut , à son origine , dans toute sa force et dans toute sa pompe. Bien en elle n'a vieilli ; la conservation de ces chants est donc facile à expliquer* En France , au contraire , le tems , en changeant notre manière de nous exprimer , n'a pu rious apporter les accords du luth brisé de nos mé^ nestrels , et c'est en vain que l'on interroge les échos de ce tant beau pays où , dit Brantôme , oncques ne manquèrent les belks , ks preux et ks

* M. Creuse de Lesser a imité avec beaucoup de talent les romances sur le Cid. M. Abel Hugo^ en iSaa, a publié une traduction estimable de ces chants historiques.

64 l'A GUITARE.

bfiofix cAflnf^rs paur ctiébrer /<«r gçntHle^se,

leur çifillmce etprud'hçmnm Toi^t , ji^gi^'^ux

échçj$ de R^eyaiix , a oublié H^ bymufl? ^fÀ ^daient Bios \^i»s dam le3 danç^ , jçtt les, s^hkaiL0L ^près }|emr yktpire. Les E^p^pJ^ 4ont pUls beiirciu que upus. Us sjont à j^uste r^^9 figrs de leurs romances^.. EU^ fout sûip^ei: Iç^^s Xieia héros. Nulle part ou nç les yoit plus brayçs. y phu superbes , plus 44i^îutéres6ëA d^. IjKf çaufps ; plus $impl^$ , plus ^éuéreui^ , plus i^^ au foyer domesti(}ue. Nulle part ou ue j^tv^ mieux copnaitre tout le p^ti qu'où peu^ tii:ei^, en l^sie , du caractère et des usages des cbevaliers de Taucien tei^s.

Four les célébrer , la romance , eu Espagne > z, pris tous les i^tt];ib|its des ])Iuses« Tantôt elle e]i)dtu)uche la troippette héroïque t tantôt; ellf^ s'af^ic^^ d^ant le marbre de Clio ; c'est Iç poignard de la tragédie quelle. aiguise muaint^nant ; eljlie soupirera tout à l'heure sur la flûte d'Erato.

Elle ne chante pas toujours des héros yéritablés ; elle a beaucoup de morceaux consacrés à des éyénemens imaginaires , k des personnages inconnus. C'est alors la romance cheyaleresque , car elle a pris presque tous sts sujets dans les

LA CUXTARE. 85

YÎeux ram^^s â^ chey^erie. Quoîqiie $ouvenl ses inyenjtion^ spiçnt i^tér^saaote^ 9 ^^ ^^ biep supëriçuse ^^ms $e$ cqmpositioixs bistoriques , et c'est a|Qr$ q^'e^e; s.e poutre à la ffk simple > grave et s^hUî^^*

Il npus semble qu'un peuple qui cou^^erve aussi fiilèleiive^t les traditions de son pays, et qui a été b^rçé 411 refir^iin glorieux des hauts {aits de ses pren^iers pripLces ot dje ses anciens guerriers. > 4oit porter dans son amour pour la patrie y et dans son attachement à ses vieilles institnffiNis , un caractère religieux qui leur donne plus de durée et d'énergie. Familier avec l'histoire de son pays , il respecte ces vieux souvenirs qui se confondent avec son herceau. Ces héros qu'il chante lui sont chers ; U a appris leurs noms de la bouche de sa mère; il sourit à l'idée qu'un jour il pourra aussi hs^ dire à ses enfans. Personne ne niera l'attâidki^diiient de TEcossais pour ses montagnest q#ili<tifiB|iiJHi^ent encore des chants de leur Ossian , eft HM^ «e sercms pas les der^ niers à rendre un juste hommage à cette héroïque nation qui déjà brisa les chaînes de deux usurpations fameuses , et qui, dans ce moment « se lève pour se débarrasser de la troisième , plus

86 LA GtlITABE.

faible et aussi crinûnelle qoe les deux antres. Tandis que de dégoAtantes copies de nos dégoûtans sans-calottes tnlnaient dans les boues de Madrid leurs guenilles triompbales et leurs hymnes d'nn jour , de valeureux paysans armés , comme nos Vendéens , de la croix des aïeux , couraient j avec les souvenirs et les chants delà vieille Espagne , se ranger sous l'étendard de la foi, et nous avons vn si l'infâme Tmgala a fait oublier les chants csnsacrës À la mémoire du Cid et de Pelage!

N® X. — 20 août 1823.

IMITATION LIBRB D^UNB VIEILLE BOMANCS BSPA6N0LB.

iVum€ pulsamda TtUus. ..^,

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